CHAPITRE NEUVIÈME
L'existence des Étoliens est à peine sensible durant les beaux temps de la Grèce. Homère cite cependant parmi les chefs réunis devant Troie leur roi Thoas, fils d'Andraemôn, qui conduisait les bandes de Pleuron, d'Olénos, de Pylène, de Chaleis, de Calydon; et avant les temps de Troie, lâchasse du sanglier que poursuivit Méléagre, le roi Œnée et son autre fils Tydée, père de Diomède, avaient déjà fourni des sujets à la légende. Plus tard, les Etoliens apparaissent unis aux Doriens; partant de Naupacte, ils traversent avec eux le golfe de Corinthe, pour aller chercher, sous la conduite d'Oxylos, une nouvelle patrie en Elide, auprès des Épéens, auxquels ils étaient unis par une origine commune, tandis que les Doriens s'établissaient dans les contrées orientales et méridionales du Péloponnèse. Ceux qui étaient restés en arrière se mêlent et se confondent par la suite avec les émigrants barbares, venus du nord à travers l'Epire. Parmi les races qui, à l'époque où nous sommes parvenus, occupaient la contrée connue sous le nom d'Etolie, à savoir les Apodotes. les Ophionéens, les Eurytanes, les derniers parlaient encore, du vivant de Thucydide, une langue difficile à comprendre pour les autres Crées et les étonnaient surtout par l'habitude de manger de la chair crue, c'est-à-dire vraisemblablement fumée ou séchée au soleil1. Le pays, rude et montagneux dans sa plus grande partie, offrait cependant, en approchant de la mer, des plaines étendues et fécondes, <»ù l'on
i. Thucydide, 1. III, c. 94. Voy. cependant aussi Polybe,l. XVII, c. 5, § s, et Tite-live, I. XXXII, c. L, où 1rs Apodotes, les Agréons el les \va philoques sonl désignés comme n'appartenant pas à la Grèce.
élevait d'excellents chevaux '. Les mœurs des habitants étaient plus rudes encore que le pays. Quand depuis Longtemps les autres populations grecques avaient cessé de porter des armes dans la vie journalière, les Etoliens étaient toujours armés2. Les brigandages sur terre et sur mer étaient à l'ordre du jour, et provoquaient à chaque instant des querelles avec les voisins, en particulier avec les Acarnaniens. Les Etoliens servaient souvent comme mercenaires3. Ils étaient étrangers aux adoucissements de la civilisation, bien qu'amis du luxe et jaloux de faire servir les arts de la Grèce à la décoration de leurs demeures, ainsi qu'à celle de leurs temples et de leurs tètes religieuses *. Leur constitution était démocratique ; les Agréens, qui étaient restés en pouvoir de roi pendant laguerre du Péloponnèse s, n'avaient pas encore été annexés aux Etoliens 6. Il exista sans doute de bonne heure en Étolie une association des différents districts qui avaient pour centre religieux le temple d'Apollon à Thermon ou Therma, car Apollon était aussi le dieu par excellence de ces peuples, et Ton assurait que le mont Ortygia, situé dans leur pays, était bien son lieu île naissance ainsi que celui de sa sœur, et que ce nom avait passé de là à Délos et en d'autres lieux7. Les Etoliens avaient, grâce à la nature de leur sol, réussi à maintenir leur indépendance s. Philippe jugea de son intérêt d'entretenir avec eux de bonnesrelations, etpeut-être est-ce àlui qu'ils durent leur entrée dans le conseil amphictyonique. Néanmoins, lorsque, après la journée de Chéronée, toute la Grèce dut se courber sous le joug macédonien, ils conservèrent leur hère attitude et s'efforcèrent de rallier autour d'eux tous les Grecs sensibles encore
1. Strabon, 1. VIII, p. 388. Cet avantage avait permis aux Etoliens d'avoir une cavalerie bien montée ; voy. Tite-Live, 1, XXXIII, c. 7, § 13; voy. aussi Kruse, Hellas, t. II, p. 189 et suiv.