Thucydide, I. III, c. 28, et 1. V, c
les prisonniers qu'ils faisaient en Béotie , les considérant comme des alliés en rupture de ban1. Lorsque le général athénien Philoclès, qui avait pris quelques galères aux habitants de Corinthe et d'Andros et jeté tous les équipages à la mer, tomba lui-même aux mains des Athéniens, on lui reprocha cette cruauté comme un attentat au droit des gens hellénique, et on la lui fit expier parla mort2. Le projet que l'on prêta aux Athéniens de couper le pouce de la main droite à tous leurs prisonniers, de manière à ce que, incapables de porter les armes, ils pussent cependant servir comme rameurs» ne souleva pas moins d'indignation3.
Dans la règle, on ne devait pas tuer les prisonniers, mais les garder pour les échanger ou en tirer rançon v, et ces prescriptions étaient le plus souvent observées. Entre certains états, le montant de la rançon était fixé par d'anciennes coutumes ou par des conventions spéciales : ainsi de tout temps les Corinthiens et les Mégariens avaient réciproquement adopté le tarif d'une mine par tête5. Ce prix était doublé entre les autres Etats
1. On ne peut nier que la guerre ne fût entre les petits États grecs plus acharnée et plus implacable qu'elle ne l'est entre les grandes nations des temps modernes ; cela s'explique d'ailleurs : chaque individu était dans l'antiquité beaucoup plus directement atteint par la guerre qu'il ne l'est aujourd'hui et voyait en quelque sorte dans l'ennemi un adversaire personnel, qui menaçait ses plus chers intérêts, tandis que chez les nations modernes, les causes générales de la guerre touchent peu les particuliers; aussi les armées s'attaquent-elles sans animosité personnelle. 11 en était de même au moyen âge; les combats que se livraient des bandes de mercenaires n'entraînaient pas une grande effusion de sang; au contraire, la guerre de sécession dans l'Amérique du Nord peut rappeler ies luttes des anciennes cités grecques.
2. Xénophon, Hellcn., 1. II, c. 1, § 32 : àp^f-cvo; z\; "EXXrjvaç napavo|ieîv.
3. L'accusation était-elle justifiée? elle est mentionnée par Xénophon (Hellen., 1. Il, c. 1 § 31) et par Plutarque (Lysandre, c. 90). Une prétendue mutilation du même genre qui ne serait pas restée à l'état de menace et aurait été réellement exercée par les Athéniens sur les ^-Eginètes est le sujet de déclamations sans fondement, de la part de Gicéron (de Of'fic, 1. III, c. n), voy. aussi Elien (Var. Hist., 1. 11, c. (J),
i. Sur l'échange des prisonniers, voy. Thucydide, 1. II, c. 103 et v, 3.
5. Plutarque, Quxst . gr. c. 17. D'après Androtion, cité dans un passage du Scliol. d'Aristote (Ethica, 1. V, c. 10), que Rose a signalé dans ['Hermès (t. V, p. 357), les Athéniens et les Spartiates s'étaient entendus aussi pour établir un taux uniforme.
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doriens du Péloponèse; des Athéniens se firent payer aussi deux mines par les Hippobotes de L'Eubée '. Démétrius Poiioroèteétail convenu avec Les Rhodiensde mille drachmes pour un homme libre, de cinq cents pour un esclave \ Il est fait mention di- fonctionnaires spéciaux chargés de taxer les prisonniers de guerre8; leurs évaluations se réglaient naturellement sur les prix-courants des esclaves, tout en tenant compte, dans une certaine mesure, «les situations personnelles. Pour les prisonniers considérables à quelque titre que ce soit, on exigeail souvent des sommes importantes. Au dire d'Eschine, un talent était une rançon modérée pour un homme d'une fortune médiocre*. Les pauvres étaient rachetés à l'aide de cotisations fournies parleurs parents ou leurs amis5; en général toutefois ce n'élail pas un don, mais un prêt remboursable dans le plus bref délai possible. D'après la loi athénienne, celui qui avait contrevenu à cet engagement devenait la propriété de ses libérateurs6. Les prisonniers qui n'étaient ni échangés ni rachetés appartenaient de droit au vainqueur, et étaient ordinairement vendus comme esclaves; mais on assure qu'ils ne pouvaient être cédés qu'à des Grecs, non à des Barbares7. L'usag-e était que l'Etat rachetât à ses nationaux ceux qui leur étaient échus8; il parait aussi que chez les Athéniens une loi disposait que lorsque les prisonniers passaient successivement en plusieurs mains, avis devait en être donné au premier acquéreur, afin que l'on put toujours, sur ses indications, retrouver le possesseur actuel, pour traiter avec lui de la rançon9.