De Mysteriis, p. 64, § 13t
4. Voy. Becker, Chariklès, t. II, p. 17. Voy. aussi sur les lutins, appliqués à jouer des tours de toute, espèce, comme Taraxippus qui effraie les chevaux, Syntrips et Smaragos qui cassent les pots des buveurs, et autres esprits malins, Lobeck, Aglaophamus, p. 970.
5. ^Eschyle, Euménides, v. 870 et suiv. Voy. aussi l'Inirod. de Sehœmann, p. 42.
6. Cornutus, de Nat. Deorum, c. 10, p. 33, éd. Osann : Ka-:x yàp nj» el; -îoù; àvOpoiito'j; EVj/ivôixv Tri; ç'jctîw; Sia-liaxTat ■/.%: to xi\v zovr,p:av
immuable, les exécutrices des lois absolues, sur lesquelles repose l'ordonnance morale du monde.
La foi dans le gouvernement des choses humaines par les dieux conformément aux principes de la bonté, de la sagesse et de la justice, et le sens moral qui se dégage de cette croyance n'étaient pas, chez les Grecs, le résultat d'une révélation d'en haut. Aussi ne doit-on pas s'étonner qu'un petit nombre seulement se soit élevé à une pareille conception et Tait maintenue dans toute sa pureté1. Toutefois, l'hypothèse contraire, d'après laquelle l'ordonnance du monde eût été livrée aux caprices individuels des dieux, sans autre règle que les décrets obscurs et aveugles du destin, ne saurait être considérée non plus comme la croyance générale du paganisme. La fatalité mystérieuse de la nature, d'où procède tout ce qui existe, ne peut assurément être confondue avec le gouvernement d'un dieu personnel, créateur du monde, toute sagesse et toute bonté ; mais de cette nécessité impénétrable peuvent dériver aussi les lois de la sagesse et de la justice, sur lesquelles repose la conservation du monde, et dont les dieux sont les exécuteurs reconnus. Pour tout être, homme ou dieu, les conditions générales de son existence, sa nature, ses dispositions et ses habitudes, ses faiblesses, les bornes qu'il ne peut franchir, sont fixées invariablement par les Moipat, filles de la Nuit ou de Zeus et de Thémis; mais dans la limite de ces prescriptions, il existe encore, pour les hommes comme pour les dieux, une sphère où ils peuvent se mouvoir librement 2. Les dieux ne sont pas tous égaux en puissance et en sagesse; tous n'ont pas conscience, dans la même mesure, des lois fondées sur la nécessité primordiale; eu général, cependant, ils agissent suivant ces lois. 11 existe entre eux un certain ordre social et comme une constitution.
1. Platon, Leges, p. 644 D. 0aO>a pàv exaaTov ■f|(jitbv ï|YYjer<i|i.eOa twv Çwuv Oeîov, zïxt wç7taîyvtov Èxetvwv eîre wç arco-jS?, tiv\ |vvs(j"r»)x6; ■ ou yàp 8y] rov Y'.yv<.'>axo[Asv. Sur les vues analogues d'Heraclite et d'autres philosophi s, yoy. les notes d'Ast et de Statlbaum. Les mots où YiyvcSffxojxev sont à remarquer. Le manque de certitude n'exclut pas la croyance à la s. 'émule hypothèse; en semblable matière, la foi peut ou doit suppléer à l'insuffisance des preuves.
2. Voy. les noies de Schcemann sur le Vromêthfie d' Eschyle, p. 38 el 108-111. Cf. Nœgelsbach, Nachhom. Théologie, p. 150.
lili ANTIQUITÉS RELIGIEUSES
Zeus 1rs domine Lous ; il esl le plus puissant, le plus sage el le meilleur ; il règne paternellement et par cette raison est appelé le père des dieux et des hommes. Tous les autres dieux doivent être attentifs à sa volonté. C'est lui qui leur a assigné leurs fonctions et a tracé le cercle de leur activité ; ils ne sont que ses auxiliaires et ses serviteurs dans le gouvernement du monde. Telle est à peu près la moyenne des croyances religieuses, chez les esprits éclairés de L'antiquité. Entre l'essence originaire dont il n'est pas permis de scruter ni d'embrasser la nature, que l'on ne pouvait se représenter comme un être personnel l, dans laquelle on se résignait à ne voir que la cause première, le germe et la possibilité des choses qui en sortaient par l'effet d'une nécessité innée2, entre cette essence, dis-je, et la nature humaine, l'intervalle était rempli par des êtres qui n'existaient pas dès le principe et avaient pris naissance un jour, êtres non pas absolus, mais contingents, personnels, semblables aux hommes et amis des hommes qui les appelaient leurs dieux, que chacun pouvait prier avec la confiance d'être entendu, vers lesquels les simples mortels levaient les yeux comme sur les arbitres de leur destinée, à qui ils attribuaient ce qu'il y avait de plus noble et de meilleur en eux, dont enfin ils ne pouvaient se passer, sous peine d'être réduits à l'impuissance. Que ce fût là l'opinion des hommes intelligents de l'antiquité touchant les dieux, cela ne fait de doute pour personne, mais nous savons aussi que, en Grèce comme partout, les hommes intelligents n'étaient pas en majorité. Si l'on eût interrogé l'un d'eux sur le fondement de sa foi, il eût sans doute répondu qu'il croyait aux dieux, parce que cette croyance lui venait de ses ancêtres, à qui
1. Arnobe, adv. Gcntes, 1. I, c. 3i : ((prima enim tu causa es. locus rerum ac spatium fundamentumque cunctomm, qutecumque sunt, infinitus, ingenitus, immortalis, perpetuus, solus, quem nulla delineat forma corporalis, nulla determiaat circumscriptio, qualitatis expers, quantitatis, sine situ, motu et habilu, de quo nihil ri ici et exprimi morlalium potis est significatione verborum : qui ut iutelligaris tacendum est, atque ut per umbrara te possit errans investigare suspicio, nihil est omnino mutiendum.
2. C'est ce que Heraclite appelle r{ t?,; xoafiixîjç yïvlaew? sIiiapixÉvr, {Alleg. homer., c. 48) et Denys d'Halic. (Ars rhetorica, I. X, c. 5):^t^« epvasw;
àviyxY) xai to vptov.
ces dieux s'étaient manifestés par des signes certains1. Car il y eut un temps, aurait-il ajouté, où les dieux, revêtus de la forme humaine, liaient commerce avec les hommes qu'ils affectionnaient, et de là date ce qui nous a été transmis de vrai et d'authentique sur les dieux. Si, poursuivant l'interrogatoire, on eût demandé au même personnage en quoi consistaient ces vérités certaines et comment on pouvait répandre encore sur les dieux tant de fables invraisemblables, il eut dit : Ce qu'il y a avant tout de vrai et de certain, c'est que les dieux existent, qu'ils ont la puissance et la majesté, la sagesse et la justice, qu'ils sont amis des bons et ennemis des méchants, et que les hommes leur doivent tout ce qu'ils possèdent de précieux. Leurs attributions, leur figure et les autres signalements offrent moins de certitude et rentrent dans l'ordre des choses dont l'homme ne peut sûrement pénétrer le mystère, mais tout ce qui ne peut se concilier avec la bonté, la sagesse et la justice divine est certainement faux. Ces faussetés se sont introduites dans les croyances, soit parce qu'on a mal compris les représentations symboliques des dieux, soit par suite de l'altération des traditions primitives, lorsque les poètes commencèrent à parler légèrement des choses saintes et à se laisser aller aux fantaisies de leur imagination, dans une intention irréligieuse et pour l'amusement des impies 2.
La conviction que les dieux n'étaient pas égaux en puissance et en dignité était commune à la multitude et aux esprits éclairés, mais les derniers se faisaient des divinités inférieures une idée plus élevée encore que celle de la huile sur les grands
1. Platon, Philèbe, p. 1G C, et Timée, p. 40 D ; Clément i l'Alex. p Stromata, 1. V, c. \3, §85; Eusèbe, Prsepar, evang., 1. XIII, c. I, § 3. Lactance, Instit. div., I, V, e. 19. Cf. Schœmann, ueb. das sittlicJi~relig. Verhalten der Griechen, p. 85 ; Nitzsch, zur i><{yss<'<>, t, II. p. t.")1'., et Nsegelsbach, Nachhom. Theol.. p. 15'.». Sur d'autres manières d'expliquer la formation des croyances religieuses, voy. Welcker, Gœtterlehre, t. H. p. i">.
2. Euripide, Herc. furens, 7.1346: 'Aotfiûv 5ûart»jvoi \6yo\. On peul affirmer que tout ce qu'ont inspiré aux apologistes chrétiens les impuretés du paganisme avait été dit longtemps avant eux par les païens intelligents, ainsi qu'eux-mêmes d'ailleurs l'ont reconnu; voy. Arnobe, adv. Gentes, 1. 111, e. 6.
dieux. Peu à peu la croyance s'accrédita que, en dehors des dieux propremenl dits, il existail une classe nombreuse d'êtres à part, qui tenail le milieu entre la divinité el l'espèce humaine. Ou pensaitque, <'ii leur qualité de serviteurs el d'auxiliaires des dieux, ces intermédiaires exerçaienl une inlluencc considérable sur les événements de la vie humaine, et qu'à ce litre ils avaient droit aux hommages religieux. Cette h\ piillièse trouva plus de laveur ;i mesure que l'on se fit une plus haute idée de la grandeur et de la majesté divines. Les dieux auraienl paru déroger eu admettant parmi leurs attributions des détails trop particuliers et trop mesquins; on les entoura donc d'un essaim d'esprits secondaires, auxquels ces soins furent abandonnés. Cette distinction put être aussi un moyen de dégager la religion et le culte de certaines responsabilités eboquantes. Les dieux, se disait-on, n'auraient pas fait cela, ce n'était pas eux qui exigeraient l'observation de tel ou tel rite; il fallait s'en prendre aux esprits subordonnés que l'on avait tort de confondre avec eux1. Ces êtres intermédiaires s'appelaient du nom général de démons, l-A- 'j.?n;, qui n'a reçu d'ailleurs cette application restreinte qu'après les temps homériques, qui même depuis pouvait comprendre tous les êtres surhumains, et souvent servait à désigner la divinité agissant dans l'exercice de sa puissance, aussi bien que ts Oeiov". Homère, il est vrai, met déjà en scène des dieux subordonnés et serviles : il présente Protée comme un serviteur de Posidon3; mais l'unique différence que l'on puisse saisir chez lui entre les mots (tes; et ca^cov est qu'il emploie de préférence le dernier, pour exprimer, non la personnalité individuelle des dieux, mais leur puissance et leur action. Aussi souvent il s'en sert, sans même avoir en vue telle ou telle divinité, et seulement pour donner une idée générale de la puissance divine en action. Dans la Théogonie d'Hésiode, Pbaéton, fils de l'Étoile du matin, est appelé, à l'endroit où
\. Plutarque, de defectu Orac , c. 14, 15 et 21 ; de Iside et Osir., c. 25 et 26 ; de fade in orbe Lunse, c. 29 et 30.
2. Voy. Wahrmiind, ueb. den Begriff Satjiwv und seine geschichtl. En'irickel., dans la Zeilschr. fur die Œsterr. Gymnasien, t. X, p. TOI, et sur' l'étymologie incertaine de ce mot, Welcker, Gœtterlehre, t. I, p. 138 et 731 et Preller, Griech. Mythol., t. J, p. 87.