‹ Antiquités grecquesChapitre 154 sur 567 · L ÉTAT ET LE ( ULTE · texte numérisé non relu

L ÉTAT ET LE ( ULTE

sophiques les plus éloignées des croyances populaires, pourvu qu'elles ne s'attaquassent pas à des conventions qui avaient force de loi, c'est-à-dire au culte et aux institutions religieuses. Jusqu'à quel degré d'invraisemblance pouvaient être portées les facilités laissées pour tout le reste, c'est ce que nous révèlent les poètes de l'ancienne comédie; on sait les aspects ridicules sous lesquels ils ne craignaient pas de faire paraître les dieux. Chez Aristophane, les habitants de l'Olympe bloqués par la ville de Néphélococcygie, que les oiseaux ont bâtie entre ciel et terre, souffrent misérablement de la faim, faute d'être réconfortés par les sacrifices et les offrandes des mortels. Ils envoyant en ambassade Posidon et Hermès escortés d'un dieu barbare, pour négocier avec les oiseaux, et la conclusion de ces pourparlers est qu'ils doivent renoncer au gouvernement des hommes. Dans Plutus, la famine sévit encore en haut lieu, parce qu'on ne sacrifie plus sur la terre qu'au seul dieu de la richesse, qui vient de recouvrer la vue; Hermès est réduit à déserter l'Olympe et à louer ses services dans ce bas monde, afin de gagner sa vie. Enfin dans les Grenouilles, Dionysos est le plastron de la populace athénienne, charmée des coups de bâton qu'attirent à un dieu sa sottise et sa poltronnerie. \J Amphitryon, de Plaute, imitation d'un original grec, reproduit sous les formes les plus légères les amours de Zeus el d'Alcmène. Zeus entre en scène sous la figure d'Amphylrion, el Hermèsjoue son rôle de valet de la façon la plus bouffonne. On se demande comment la comédie pouvait user de telles licences, sans être accusée de blasphémer ; el ce n'était même pas là un simple divertissement de société. La comédie faisait partie d'une fêle religieuse instituée au nom de l'État. Les pièces étaient soumises à la censure, avant d'être jouées, el l'Etat fournissait les moyens d'exécution. Une seule explication est admissible, à savoir que l'on croyait n'avoir rien à redouter pour la religion de ces spectacles irrévérencieux, et en effet des hommes intelligents ne pouvaient croire que le poète comique s'imaginât les dieux tels qu'ils les faisait paraître sur la scène, et qu'il voulût en donner cette idée grotesque au public. Il était dans le caractère de l'ancienne comédie de pousser a la caricature; elle vivait surtout deplai-

santerie ol de gaieté, el de même que l'on peul faire la charge «les hommes des plus considérables sans leur rien ôter de leur dignité, plus 1< s dieux étaient confiants et assurés dans leur majesté, plus ils étaienl en droit de dédaigner ces travestissements burlesques. <m eroyail n'avoir ,i craindre ai qu'ils en prissent outrage nique la bonne opinion du peuple en pût être diminuée1. Avait-on raison de penser ainsi? Ces1 une autre question, à laquelle on peut être tenté de répondre négativement. Quoi qu'il en soit, l'ancienne comédie est 1»- produit d'un temps où la religion avait déjà rc(;u de nombreuses atteintes, et elle a aidé à lui porter les derniers coups2.

L'Etat voyait avec moins d'indulgence les innovations apportées au culte. Le principe exprimé dans un vers d'Hésiode3 que, en fait de service divin, il faut s'en tenir aux principes adoptés par l'Etat, et que l'ancienne coutume est la meilleure (oj; v.i r.ïi.'.z péÇflffi" vd;x:ç o' à?/a?c; apercoç), fut recommandé par les anciens législateurs comme Dracon, aussi bien que par l'oracle de Delphes4. Tel est aussi le sens des paroles que Xénophon met dans la bouche d'Euthydémos, à savoir que la meilleure manière de témoigner aux dieux sa reconnaissance est de les honorer conformément aux lois fondées sur la tradition" : il serait facile de multiplier ces témoignages R. En y

\. On peut rappeler à cette occasion les mystères chrétiens du moyen âge : « Dans ces mystères, dit Lewes (uber Gœthe, t. U, p. 370 de la trad. allem), on est surpris de voir à côté de choses qui révèlent un sens moral très élevé, des grossièretés qui, dans les idées modernes, pourraient être facilement prises pour une injure faite à Dieu. Les choses sacrées étaient livrées en pâture à la bouffonnerie populaire et devenaient la matière de plaisanteries et de contes qui de nos jours feraient frémir les lecteurs dévots. Assurément personne ne songeait à mal. Les mystères étaient des œuvres naïves, que les assistants accueillaient avec la même naïveté. » Ce que dit Bernhardy (Griech. Litter., t. -II, p. 548) contre le rapprochement des mystères et de l'ancienne comédie n'empêche pas qu'il n'y ait analogie sur ce point. » Voy. aussi Welcker, Gœtterlehre, t. II, p. 97.

2. Voy. Naegelsbach, Nachhomer. Théologie, p. 475, et Zeller, Philos. dev Griechen, t, II, p. 23.

3. Porphyre, de Abstin., 1. II, c. 18; voy. aussi Gœttling, dans sonédit. d'Hésiode, fr. n° 185, p. 293.

4. Sur Dracon, on peut consulter Porphyre, ibid., I. IV, c. 22 : sur l'oracle de Delphes, Cicéron, de Legibus, 1. II, c. 16 et 40.

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