‹ Antiquités grecquesChapitre 183 sur 567 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

KDlFIf.ES RELIGIEFX

Les dieux, au moins la plupart d'entre eux, ont leur domicile sur l'Olympe que les poésies homériques nous représentent comme une montagne s'élevant à perte de vue dans l'élher, et au sommet de laquelle Héphaïstos a bâti la cité céleste. Plus tard l'Olympe se transforme et devient la voûte azurée qui domine la terre. Quelques dieux aussi se plaisent k habiter les domaines spécialement soumis à leur empire ' : Poséidon et Amphitrite, Nérée et les Néréides dans les profondeurs de la terre ; les dieux fluviaux et les nymphes, aux sources des rivières et des ruisseaux; les Dryades, les Oréades et d'autres encore, clans les bois et sur les montagnes; enfin à l'intérieur de la terre les dieux infernaux2. Mais tous ou presque tous, outre leur domicile propre, ont des lieux préférés où ils font de longs séjours. Quelquefois aussi ils aiment à chang-er d'air et partagent leur temps entre dif-

1. Dans Homère (Zï., 1. XV, v. 185). Poséidon, exposan' 'e pnrtage du monde, dit que Zeus a reçu l'empire du ciel, Hadès celui dis enfers, et que la mer lui est échue à lui-même, après quoi il ajoute : yaïa Ss tôt xoivï] itav-ciov xa\ uav.pô; "O/vjtto:. La propriété indivise de la terre repose, suivant la remarque judicieuse de Welcker, sur ce l'ait que tous les dieux y sont également l'objet d'un culte, que tous peuvent influer chacun dans leur sens sur les affaires humaines et être pour les hommes une source de bien ou de mal. L'Olympe de son côté est aussi une propriété commune, parce qu'il est le centre où se tiennent imites les assemblées générales des dieux, et parce que la plupart de ceux mêmes qui résident d'habitude dans leurs domaines respectifs ont aussi leur habitation sur l'olympe. [Iliade, I. XI, v. 77.)

2. xaTorçOivn» (//., I. IX. v. 157) ou x86viou. (Hésiode, Théog.,v. 767, Œuvres et Jour*, v. •'(>.">.) Des écrivains postérieurs, tels que Porphyre {de Anlr. Nympharum,c. 6) et l'auteur de ['Etymol. magn. p. 367. 29] distinguent les dieux en deux classes,les ^66vcoc ou âmxOôvtoi et les gno^oivioi, ceux qui régnent sur la terre ou dessous. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les vues divergentes des mythologues modernes sur ce sujet.

férentcs résidences i ; les contrées qui leur agréent le plus sont naturellement celles où ils sont le plus haut placés dans la hiérarchie divine2 ; mais dans chaque région il y a des lieux qui les attirent davantage et où l'on peut espérer qu'ils feront plus volontiers acte de présence, car la première prière qu'on leur adresse, en les invoquant, c'est de s'approcher3. Ces emplacements privilégiés sont en général situés sur les hauteurs et les montagnes, dans les huissons et les forêts, à distance des lieux où s'agite la vie journalière des mortels ; c'est pourquoi Ton choisit aussi pour les honorer les montagnes et les forêts. Plusieurs divinités devaient aux sanctuaires qui leur étaient consacrés sur les hauteurs le surnom d'axpioi ou d'àxpatot 4. Les forêts et les buissons étaient, par leur ombre mystérieuse, propres à éveiller dans les âmes le pressentiment de la présence divine. L'existence même d'un arbre unique, qui frappait les regards par sa grandeur et sa beauté, témoignait que quelque divinité avait adopté ces

1. Ces pérégrinations d>s dieux sont appelées lmlr,\j.îai ou àiroor,u£a'.. Apollon, en particulier, quittait Delphes l'hiver, pour aller s'établir clans les régions hyperborées. Voy. Ménanrlre, de Encom., dans les Rhéteurs de Walz (t. IX, p. 139); cf. Spanheim, dans son édit. de Callimaque (hymne à Apollon, v. 13 ; à Diane, v. 226), et Preller, MythoL, t. I, p. 191.

2. D'après une légende souvent mentionnée, les dieux, lorsqu'ils se partagèrent la puissance, après l'avènement de Zeus, tirèrent au sort les différentes contrées; voy. Platon, Crittas, p. 109 B ; Pindare, Olymp., VII, v. 55 (101). C'est ce qu'Heraclite appelle ô xXîjpoç ô [iu6eu6(i.evo; èv Eixuùvi (Alleg. homer., c. 41); voy. Schœmann, Opnsc. acad., t. II, p. 272. De là aussi les expressions d'Hérodote (I. VII. c. 53) : Tt)v -/^p^v eîXïj-xoTsç 6eo(, et autres semblables. La légende faisait naître aussi la plupart des dieux dans leur pays de prédilection, par exemple Zeus en Crète, Héra à Samos, Apollon àDelos, Hermès en Arcadie, etc.; mais la foule inclinait à croire que chaque divinité se. partageait en autant de personnes qu'il y avait de lieux différents consacrés à son culte, et par suite d'aspects divers sous lesquels elle pouvait être envisagée. Voy. plus haut, p. 184.

3. Les exemples sont partout. Si quelques expressions, telles que SsOp' 'ùS=, sont devenues plus tard des formules de convention, il est certain qu'à l'origine elles supposaient la présence réelle, bien que ne tombant pas sous les sens, de divinités favorables. Voy. Iliade, 1. I, v. 67 et 423 ; Odyssée, 1. III, v. 435 et Hymne à Cérès, v. 28.

4. Il est facile de trouver des exemples et des preuves, en s'aidant de l'index joint à la Mythologie de Gerhard. Au même ordre d'idées appartient l'épithète de ô'yxa, surnom d'Athêna chez les Thébains, ainsi qu'on fa vu déjà dans le premier tome de cet ouvrage, p. 15.

lieux l. Les grottes, ouvertures béantes donnant accès aux sanctuaires des dieux infernaux2, étaient les retraites préférées de la déesse Rhéa, qui régnait au sein de la terre3, ou des nymphes qui s'y livraient à leurs travaux dans le silence et l'obscurité \ On révérait encore d'autres localités que tel ou tel caractère particulier rendait dignes d'être visitées par les dieux, ou dans lesquelles leur présence et leur force s'étaient déjà manifestées par quelque phénomène, comme par exemple les endroits où la foudre était tombée, et qui de ce fait étaient appelés kvrikùaia, 5.

Il était naturel de choisir, pour rendre hommage aux dieux, les emplacements ainsi signalés, partout où ils se rencontraient, mais on comprend que tous les cultes ne pouvaient pas être établis dans des conditions aussi favorables. On ne trouvait pas partout des lieux si bien appropriés, ou les régions dans lesquelles ils se présentaient devaient être laissées de côté pour d'autres motifs. Les obstacles n'étaient pas rares dans les villes; aussi les populations urbaines devaient-elles se contenter de choisir pour leurs édifices religieux un entourage qui ne les rendît pas trop indignes de la majesté divine. La place des édifices consacrés aux dieux, dit Aristote, doit être apparente, isolée des autres parties de la ville ; il faut que leurs approches soient protégées. De même Xénophon fait dire àSocrate que les lieux découverts et à l'abri de la foule sont les plus convenables pour les autels et les temples6. — Chez les Athéniens, la plupart des sanctuaires et les plus

1. « Simplicia rura etiam nunc deo praecellentem arborera dicant, nec magis auro fulgentia atque eborea simulacra quam lucos et in ipsis silentia ipsa adoramus. » (Plin<j, Hist. natur,, 1. XII, cl.)

2. Il y avait près de Méthydrion, en Arcadie, un <mrî).;x'.ov ir,; Péaç, où les prêtresses de la déesse avaient seules accès ; voy. Pausanias, I. VII, c. 36, §3.

3. On connaît d'après la description d"IIomère (07., 1. XIII, v. 102-112), la grotte des nymphes à Ithaque, sur laquelle Porphyre nous a laisse ses laborieuses conjectures.

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