Julien, or. V, 176; Schol. de l'Iliade, 1. III, v
crée aux dieux. La communauté qui s'établit ainsi entre les dieux et les hommes sert à excuser ou à justifier le fait même de l'immolation1; car il ne faut pas rejeter légèrement la penser exprimée par d'anciens écrivains que le meurtre d'un animal, s'il n'avait d'autre but que d'en manger la chair, et n'était pas relevé par l'idée d'une offrande à la divinité qui en agréait une part et abandonnait le reste aux hommes, n'étailpas, pour les nations des temps reculés, une chose vraiment permise*. Ils n'ont pas tort non plus ceux qui croient qu'on ne se résolut que très tard à sacrifier les animaux qui venaient en aide à l'homme, en lui fournissant leur, lait, leur laine et leur travail, comme les chèvres, les moutons et les bœufs, et que l'on commença par les porcs qui ne concouraient que par leur chair à la satisfaction de nos besoins ;!. Il était interdit, dans une haute antiquité, d'immoler les taureaux soumis au joug, qui avaient été les compagnons de travail de l'homme4, et même depuis, d'anciens usages témoignent que l'on ne s'affranchit pas sans scrupule de celte défense. Les Athéniens, aux fêtes des Bouphonies et des Diipolies, répandaient de l'orge et du froment sur l'autel, après quoi, l'on amenait la victime; si elle mangeait le grain, devenu la propriété du Dieu, le prêtre, qui se tenait prêt, la frappait de sa hache pour la punir de ce sacrilège, et s'enfuyait en jetant son arme, qui était condamnée, par un simulacre de jugement, comme coupable de meurtre '. A une certaine solennité, où la coutume était de sacrifier des bœufs de travail, les habitants de Lindos, dans l'île de Rhodes, rem-
1. '1I-/o'jvto yàp ti)(T7rep auffffiTeïfftai toÏç 8eoï?, ilit le mê scholiasle ; OT1 lit
aussi dans saint Paul, Êpitre aux Corinthiens, I, c. 10, v. 21 : tpcmêÇtn Saijiovtwv \i.ixï/v.v.
2. Platon, les Lois, I. VI, p. 782 C; Plutarque, Qi^eU. conviv., I VIII, c. 8, §3; Porphyre, de Absiin.,]. II, c. 6; cf. Pausanias, 1. VIII, c. 2, § 3.
::. Varron, de Re rustica, I. Il, c. I, 9; Ovide, Vétamorph., I. XV, v. Hï; Porphyre, de Abstin., I. I, c. 14, et I. III, c. 20, avec les remarques de Cl r. On lit aussi dans Athénée, I. IX, c. 64, p. 101 : jOv olovel 80v, tov
Etç O'jaîav sÙOîtoOvtï.
i. .KiiHi, Var. Uistor., I. V, c. 14; voy. aussi Ménage, dans ses Notes sur Diogène Laërte, I. VIII, c. 20; Jacobs, dans son édition de ['Anthologie, I. IX. |». ::'.-' ; Lolicrk, \iji<tnphnum$t p. 677.
5. Pausanias, I. I, c. 28, § 10; <Elien, Var. Uisl., I, VIII, c. :;.
304 A\ï lui iris RELIGIEI SES
plaçaient le recueillement religieux prescril d'ordinaire
(ïjwjJ.-j.) par des invectives et «les imprécations contre le sacrificateur. Pour expliqucrcd usage, donl le sens échappait, on invoquait une légende : Béraklès avait un jour enlevé à un paysan et tué l'un des bœufs avec lesquels il cultivait son champ. Comme le paysan se répandait eu malédictions, le dieu ne fit qu'en rire, et en souvenir de cette scène, fut introduit l'usage que nous venons de signaler1. Il n'est pas bien difficile de démêler le sens de cette légende, non plus que de la coutume adoptée par les Athéniens-, l'une et l'autre tenaient à expliquer et à justifier la mort de la victime. Il esl probable que des pratiques semblables étaient en vigueur en d'autres pays, notamment dans le cas où l'on immolait des bœufs associés au travail de l'homme, ce qui, d'ailleurs, fut longtemps une exception8. Lorsqu'on expliquait le sacriii<c des porcs à Déméter et celui des béliers à Dionvsos par le dommage que les animaux causaient dans les moissons et dans les vignes, c'était là encore une tentative pour innocenter les meurtriers. On n'alléguait pas les mêmes excuses pour les victimes domestiques dont la chair n'était pas à l'usage de l'homme. Le choix était alors déterminé par quelque relation supposée entre la nature de ces animaux et les attributs des dieux, ainsi qu'on l'a vu pour les chevaux, les ânes et les chiens. Il est notoire que les chevaux, en particulier, représentaient symboliquement le dieu de la Mer et les divinités fluviales 3. Du moment où l'on admettait que les sacrifices étaient une chose agréable aux dieux, il était naturel de leur offrir de préférence les animaux qui, par suite de quelque analogie, semblaient devoir trouver auprès d'eux plus de faveur. Il ne s'agit plus ici des sacrifices suivis de banquets, qui devaient en même temps donner satisfaction aux dieux et aux hommes; les victimes étaient dévolues tout entières aux
1. Apollodore, 1. II, c. 5, § 11, 10; Conon, Narrât., c. 11 ; Philostrale, Imagines, 1. II, c. 24 ; Lactance, Institut, divinw, 1. I, c.21, § 31.
2. yElien, Var. Hist., 1. V, c. 14, avec les notes de Périzonius; Pausanias, 1. IX, c. 12, § 1; Jacobs, dans ses notes sur Y Anthologie, 1. il, 2, p. 232; Lobeck, Aglaoph., p. 677.