‹ Antiquités grecquesChapitre 246 sur 567 · Xénophon, Anabasis, 1. II, c · texte numérisé non relu

Xénophon, Anabasis, 1. II, c

les sacrtfic.es 309

sait pas, on les jetait dans la mer ou dans une fosse où le regard ne pouvait les atteindre », Autre ressemblance encore : on faisait servir aux sacrifices expiatoires les animaux que l'on n'avait pas coutume de manger, en particulier les chiens. Toutes les fois même qu'il est question, chez les Grecs, de chiens immolés, il est permis d'en inférer qu'il s'agit d'expiation ou de purification, et effectivement, en présence de la redoutable Hécate, à qui surtout ces sacrifices s'adressaient, on devait toujours se sentir quelque chose à expier. Le sacrifice de ce genre offert à Ilithye, dans Argos, dont il a été parlé plus haut, peut être considéré comme une purification à la suite des relevailles, et les chiens que les éphèbes de Sparte immolaient en l'honneur d'Ares, avaient aussi un caractère purificatoire 2, bien que d'autres interprétations aient été tentées plus tard, quand la véritable était perdue. De nombreux exemples, empruntés à l'histoire moderne aussi bien qu'à l'histoire ancienne, montrent assez comment le sens des usages traditionnels s'obscurcit, en traversant les âges, pour que personne ne s'étonne de ces altérations.

Nous ne devons pas non plus être surpris que les sacrifices humains, qui nous restent à considérer, aient donné lieu à des explications confuses ou fausses, tant de la part des anciens eux-mêmes que de celle des critiques modernes. Il est certain que les sacrifices humains n'ont pas seulement été en pratique chez les Grecs dans les temps les plus reculés, et que l'on en trouve des exemples isolés dans les siècles qui ont suivi3; mais il n'est pas moins sûr que les Grecs n'ont jamais été des anthropophages, et l'on a eu tort de dire que certains de leurs cultes trahissaient des idées à ce point bestiales qu'ils croyaient,

1. Hippocrate, de morbo sacro, p. 16 et suiv., éd. Diez; voy. aussi Pausanias, L. It, c. 31, § 8.

2. Plutarque, à propos de ces chiens (Qiisest. rom., n° 111), emploie le mot êvTl(ivEtv.

3. Plusieurs des exemples cités à ce sujet reposent sur un simple malentendu, en particulier ce que racontent Clément d'Alexandrie [Protreptica, c. 3, § 42, p. 36 éd. Potter) et Eusèbe [Prœpar. evangel., 1. l\ . c. 16 sur les trois cents victimes sacrifiées parle messénien Aristodème. 11 s'agissait en réalité d'un sacrifice d'actions de grâces, répété trois fois, à l'occasion d'une victoire dans laquelle cent hommes de l'armée ennemie avaient été tués; voy. Pausanias, I. IV, c. 19, S 3.

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en accompli ssanl des sacrifices humains, offrir à leur dieux une véritable pâture*. On peul affirmer, je crois, d'une manière générale, ainsi que nous l'avons déjà vu au commencement de ce chapitre, q u«' les sacrifices, sanglants ou non, n'onl

jamais élu servis aux divinités grecques comme de véritables repas, non plus qu'au Jéhovah des Juifs. Sans aucun doute, les dieux devaient avoir moins de goût encore pour la chair humaine que pour celle des chiens, des ânes, des loups ou des chevaux. Dionysos est appelé taupoç ayoç 2, mais le poète qui le qualifie ainsi ne prenait certainement pas ce surnom dans le sens littéral; il voulait dire que des taureaux étaient immolés en l'honneur du Dieu et consommés dans les repas qui suivaient les sacrifices. De même, les épithètes de Taupcxxcvo^ et de x,uvocr<payiQç, attribuées l'uneàCybèle, l'autre à Hécate 3, ne signifiaient pas, sans contredit, que ces déesses égorgeassent et dévorassent elles-mêmes des taureaux ou des chiens; les hommes leur en épargnaient la peine. Dionysos était adoré aussi sous le vocable de ù^tprfy; ou ùriioioq ; ce surnom prouve uniquement que, dans certaines fêtes, la chair des victimes n'était pas, comme d'ordinaire, rôtie ou bouillie, et que, suivant un ancien usage, elle devait être mangée crue. Si des sacrifices humains étaient offerts à ce dieu, ce qui, d'ailleurs, ne saurait être mis en doute4, on ne peut conclure des surnoms qui précèdent que les sacrificateurs aient touché à la chair des victimes, ni que les Grecs se soient fait de Dionysos l'idée d'un mangeur d'hommes. Il n'existe aucune raison de penser que les sacrifices humains fussent accomplis dans des conditions essentiellement

1. Voy. Hermann, Gœtterdienstl. Alterth., § 27. Sur les traces de sacrifices humains accomplis chez les Juifs, à qui l'idée de la mort expiatoire n'était nullement étrangère, voy. Duncker, Alterth. Geschichte, 1. 1, p. 170. Ou peut aussi consulter, sur les Hiudoux, Lassen, Indische Alterth., t. I, p. 717. et Weber, dans [a.Zeitschrift des Morgenl. Gesch.,l. XVIII, p. 262.

2. Sophocle, dans uu fragment de la tragédie de Tyro, cité par le Schol. d'Aristophane (les Grenouilles, v. 360) ; cf. Suidas, s. v. et Etymolog.Magn. p. 717, 49.

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