Lycophron, Cassandra, v. 77 et
i. Voy. les preuves à l'appui dans Welcker, Gœtterlehrc , t. I, p. 444, et dans Preller, Mythologie, t. I, p. 542,
différentes de celles des autres. C'étaient aussi des sacrifices expiatoires, dans lesquels rien n'autorise à supposer que les sacrificateurs s'appropriassent tout ou partie de la victime, ni qu'ils se représentassent la divinité prélevant pour son compte les prémices de pareilles offrandes. Les légendes relatives à ce sujet décrivent assez clairement les sacrifices humains offerts à Zeus Laphystios d'Orchomène, comme des sacrifices expiatoires ', et, d'après les récits mythologiques qui nous ont transmis le souvenir de victimes humaines immolées aux dieux, telles que les filles d'Erechthée, Léon d'Athènes, Iphigénie à AuLLs, Ménœcée à Thèbes, et d'autres encore, ces sacrifices, sans exception, sont des moyens de regagner la faveur des dieux, de réparer des crimes ou de détourner un danger menaçant. Ce sont donc bien des sacrifices expiatoires, non des sacrifices honorifiques. — Il est certain qu'au temps de Pausanias, c'est-à-dire dans le second siècle de notre ère. des créatures humaines étaient encore immolées à Zeus Lycéen2. Cette fête paraît avoir été périodique; peut-être revenait-elle tous les neuf ans. L'expiation était accomplie sur le sommel de la montagne, dans une obscurité mystérieuse; étaient seuls présents les prêtres avec leurs auxiliaires. Aucune donnée certaine, touchant ce qui se passait, ne transpirait au dehors. On peut cependant soupçonner que l'on égorgeait, en même temps que les victimes humaines, différentes espèces d'animaux, et il paraît que celui des sacrificateurs que le sort avait désigné pour répandre le sang de ses semblables, était forcé de quitter le pays durant un laps de temps déterminé, neuf ans sans doute .
1. Voy. 0. Muller, Orchpmenos, p. 150(161); Bœhr et Stein, dans leurs Notes sur Hérodote, 1. Vil, c. 197. On ne v.mi pas clairement quelle idée doit être attachée à l'épithète Xa<p\5axio« qui a proprement le sens d'engloutisseur. Overbeck, dans tes Abhandl. der Sxchs. Gesellschaft der Wissench., t. IV, p. 41, y voit une allusion à l'absorption des nuages et tic l'humidité ; on peut aussi penser aux canaux de décharge dans lesquels s'écoulait le trop plein du lac Copaïs.
2. Pausanias, I. VIII. c. 38, § 7. I! résulte de plusieurs témoignages et entre autres d'un pa ige de la Cité de Dieu (1. XVIII, c. 17), dans requel saint Augustin cite pour garanl Varron, que l'on choisissait pour victimes de jeunes enfants. Voy. aussi Kettner, Varron. Studien, p. 74.
3. De ce que dit Pline (Hist. natur., I. VIII, c. 22, p. 516 éd. Gronovius), on peut conclure que le sort ne décidail qu'entre les membres «l'une □ famille [ex Antseioa A.nthi cujusdam geni .
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Dans le peuple, on se racontail que tout homme ayanl mangé de Ja chair humaine «''lait changé en loup, el que les victi maires qui goùtaienl les membres dépecés de la victime n'échappaienl pas au même sort. Ils erraient, disait-on, oeuf années sous cette forme, après quoi, ils reprënaienl leur premier aspect, pourvu qu'ils se fussent abstenus de cette abominable nourriture1. Le loup est le symbole du meurtrier fugitif . el bien que le sacrifice fût jugé nécessaire et commandé par les dieux, cette circonstance atténuante n'empêchait pas qu'il n'y eût un meurtre commis. Ce meurtre devait être expié par un exil temporaire. Les fautes du peuple avaient mérité la mort; le dieu voulait bien qu'un seul pérît pour tous; mais celui qui versait le sang de la victime expiatoire ne devait pas moins être puni comme homicide. Le crime pieux qu'il avait commis criait aussi vengeance ; le meurtrier devait errer comme un loup. Nous avons vu plus haut quelque chose de semblable à propos du bœuf immolé dans lesDiipolies. Un usage pratiqué, dit-on, dans l'île de Ténédos offrait plus d'analogie encore avec la légende de Zeus Lycéen. La plus belle vache était mise à part et consacrée au service de Dionysos ; lorsqu'elle avait mis bas, elle était soignée comme une femme en couche. On chaussait son veau de cothurnes et on l'immolait, mais le prêtre qui l'avait frappé était poursuivi à coups de pierres, et forcé de se sauver jusqu'au rivage 3. Il est visible que, à l'origine, on sacrifiait une créature humaine, et que l'on substitua plus tard un veau à un enfant ; mais les soins donnés à la vache, les chaussures dont on parait le veau comme autrefois l'enfant, rappelaient encore l'ancien usage ; c'est pourquoi le sacrificateur devait s'enfuir, comme faisait jadis celui qui avait versé le sang humain. La coutume avait existé aussi dans la ville béotienne de Potnise de sacrifier à Dionysos un jeune garçon, qui, avec le progrès du temps, fut remplacé par un chevreau4. De semblables substitutions eurent lieu chez d'autres
1. Platon, de RepubL, 1. VIII, p. 5(35 D ; Pausanias, 1. VIII, c. 2, § 6.
2. Voy. Ulrichs, Reisen und Forsch. in Griechenl., p. 62. 0. Jahn, ueber Lyhoreus, dans les Berichten der Sœchs.Gesellsch. der Wissensch, 1847, p. !:;.
3. iElien, démit. Animal, 1. XII, c. 34; voy. aussi Welcker, Gœtterl., t. I, p. 444.