CHAPITRE SEPTIÈME
On comprend sans peine que les sentiments de vénération, de reconnaissance ou de repentir, dont témoignent envers les dieux les offrandes elles sacrifices, aient dû s'exprimer aussi par des paroles et des invocations1, que même ils aient pu se manifester sous cette seule forme, sans accompagnement de présents ou de cérémonies. Cette forme est ce que nous appelons prière ou oraison, mots qui, si l'on s'en tient à l'usage habituel du discours, sans remonter aux étymologies2, répondent à peu près exactement au mot £•>//,, avec cette différence toutefois que le mot grec ne s'applique pas d'ordinaire aux prières dictées par la reconnaissance et, dans ce cas, est remplacé par
i. Pline, Ilist. natur., I. XXVIII, c. 2: « Viclimas cseJi sine precalione non videtur re ferre aut deos recte consuli. » Cette règle était appliquée chez les Grecs, aussi bien que chez les Romains.
2. Originairement le verbe e(fys<j8ai signifie d'une manière générale la confiance avec laquelle on affirme ce que l'on a intérêt à l'aiiv croire el s'applique spécialement, tantôt à une silualion personnelle que l'on veut constater, comme dans ce vers de l'Iliade (I. IX, v. 161): ysveîj itpoYevl(rrcpo< E#xo|utt gïvou, tantôt à des promesses pour lesquelles on réclame créance, quelquefois enfin à des prières que l'on lient à voir exaucer. Les mots :'y/«ù.rt et 5^x°« qui en sont dérivés se rencontrent aussi dans celle triple acception. Au contraire :■>/■/,, qui se trouve une seule fois dans Homère (Odyssée, I. X, v. 526), ne s'applique qu'aux invocations des puissances supérieures et aux vœux que l'on peut y joindre; de là l'expression sù^v «toroWeiv Voy. Diphilus, dans Athénée, I. VII, c. 39.
3. Platon (1rs: Luis, I. VII, p. 801) donne pour définition du mol
eu/ai ces mots itxpi 0:("ov atTr^Ei;. Ailleurs qi. H5 B), OH lit : :'J/',. ai :r,i:: àvOpf.iTCOt; àyy.Omv r, 8oXo0vTO)V Tïicpà BsÔVt Sur le mût STC3KVO;, Vn\. AristO-
|iliinie, Plutus, v. 745; Xénophon, Convivium, c. 4,§ t9, el Cyropédie,]. IV,
c. 1 ; cf. Sehii'inanu, dan.-; ses .\u|es sur tsée, p. 207.
318 \m l'.'i ITÉS RELIGIEl SES
La conscience d'avoir besoin partoul el en toute circona tance de la protection divine avait donné aux Grecs l'habitude constante de la prière. « Tous les hommes, dil Platon, pour peu qu'ils aienl de sagesse, implorent la divinité, soir et matin, par des libations, par la fumée de l'encens et par la prière1. » Il a été question, un peu plus haut, des libations e1 des invocations qui trouvaient place dans les ropas, et déjà nous avions vu que les débats du sénat, des assemblées populaire* et des tribunaux étaient toujours inaugurés par des prières.
Naturellement, les prières ne s'adressaient pas toujours aux mêmes dieux ; elles variaient suivant les circonstances qui inspiraient ces actes de dévotion et les dispositions de ceux qui les accomplissaient. Si la prière n'était pas dirigée vers un objet qui rentrât spécialement dans les attributions de telle ou telle divinité, on invoquait les dieux en général, comme le fait Démosthène, au début de son discours de la Couronne, ou bien on implorait Zeus, maitre souverain des dieux et des hommes, en lui associant surtout ses enfants, Atlièna et Apollon, qui représentaient la toute-puissance de leur père et étaient réputés les intermédiaires par excellence entre lui et la race humaine2. Celui qui voulait faire les choses régulièrement et sans rien omettre devait, au moins lorsqu'il appelait à son aide plusieurs dieux ou les dieux en général, commencer par Hestia3, à qui, suivant les témoignages, étaient dues aussi les premières et les dernières libations dans les festins de même qu'elle recevait une part au commencement et à la fin des sacrifices4. Mais ces usages n'étaient sans doute applicables qu'aux sacrifices et aux festins qui n'étaient pas consacrés à une divinité unique. L'expression proverbiale ko 'Ec7-(x; à'p/î70a'. a trait évidemment à ce privilège ; nous
1. Platon, Timée, p. 27 C ; Hésiode, Œuvres et Jours, v. 389. Voy. aussi Àrrien, Dissert. Epict., 1. III, c. 21, § 12.
2. Par exemple Iliade, 1. II, v. 371 : 1. IV, v. 288 ; 1. VII, v. 132 et 1. XVI, v. 97 ; Odyssée, 1. VIF, v. 311 ; 1. XVIII, v. 234, et 1. XXIV, v. 375,
3. Euripide, feagm. de Phaéton, v, 35 : 'E<7T:aç ëSoç, à?' ïjç to (7w5pùv Ttâv av ap-/ï<76ou ÔéXoi î-r/à; 7toieïff8ai.