Hymne homérique, in Vestam, XXIX, v. i
ne sommes pas toutefois en état île déterminer, d'une manière plus précise, dans quelles occasions et daus quelle mesure il s'exerçait1. Un trait, qui marque bien la crainte religieuse des anciens, et que nous ne devons pas négliger, c'est que souvent, en appelant un dieu par son nom, ils se prémunissaient contre une méprise possible. « Nous autres hommes, dit Platon2, nous ne savons rien touchant les dieux ni sur leur nature, ni sur les noms qu'eux-mêmes se donnent et qui sont cependant les véritables, d'où vient que l'on a coutume, en les priant, de confesser cette ignorance et d'ajouter : de quelque nom qu'il vous plaise d'être appelés. » De même le chœur d'Agamemnon, dans ^Eschyle 3 : « Zeus, qui que tu sois, si ce nom t'agrée, c'est sous ce nom que je t'implore. » Les hymnes orphiques, quelle que soit leur date relativement récente,, témoignent, par les nombreuses épithètes qu'ils décernent aux dieux, le désir de définir leur essence à l'aide d'efforts répétés et en approchant de plus en plus de la vérité ; la variété même de leurs noms n'a pas en général d'autre origine. Il était difficile que des règles certaines fussent posées à propos de prières prononcées suivant les circonstances et les dispositions mobiles de l'âme. Toutes les fois cependant que cela était possible, et en tout cas, pour les prières solennelles qui revenaient à époque fixe, on se croyait tenu d'observer les coutumes traditionnelles. On devait au moins se laver les mains1 et l'on s'aspergeait avec de l'eau lustrale, s'il s'en trouvait dans le voisinage. Souvent aussion faisait des libations el on brûlait de l'encens, opérations pour lesquelles on avait soin dose mettre une couronne sur la tète. Si l'on invoquait les dieux du ciel, l'usage était d'élever les mains ri de faire face à l'Orient. Ceux qui s'adressaient aux divinités marines étendaient les mains vers la mer; on les abaissait vers le sol, lors-
1. Voy. la dissertation de Premier, die erste mil letzte St'elle 1er Hestia, Tubingue, 1862, où le sujet a été traité d'une manu re approfondie.
2. piaton, Cratyle,p. iOOD;voy. Schœmann, dans son introduction au Pro* méthée d'iEschj le, h Heindorf, dans son édition d'Horace, Sat., I. 11,6, v. 20.
.'5. ^Eschyle, A.gamemnon, v. 150, éd. Bothe i. Dans ['Odyssée (I. IV, v. 750), Pénélope est invitée à se lavéravanl de faire la prière et à revêtir des habits -an- tache.
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qu'il s'agissait d'implorer les divinités souterraines1. La prière était-elle faite dans un temple ou au pied d'uo aulel,on se tournait iialurellement vers l'image du dieu. Pour les prières provoquées par des conjonctures soudaines, les suppliants portaient à la main, s'ils en pouvaient trouver, une ixVnjpfôj c'est-àdire un bâton enveloppé de laine ou une branche avec son feuillage, le plus souvent une branche d'olivier2. Quelquefois aussi, ils s'agenouillaient et se jetaient le visage contre terre ou tenaient embrassés les pieds de la statue ; mais, en général, on priait debout. Souvent, on envoyait des baisers au dieu3, hommage que Ton exprimait par le mot rcpàffxuveïv, pris dans une acception spéciale, car il s'appliquait le plus souvent à l'action de se prosterner et de baiser la terre. Ce que dit Apulée'* de ses contemporains, que les gens pieux passaient rarement devant un sanctuaire sans porter la main à la bouche, était déjà vrai avant lui. Théophraste cite aussi comme un des traits de l'homme superstitieux, de se jeter à genoux et de faire acte d'adoration, chaque fois qu'il passe devant une pierre couronnée ou enduite de myrrhe et signalée par là comme sacrée5. Il y avait des sanctuaires où Ton observait, en priant, des usages très particuliers : dans l'île de Délos, par exemple, les marchands qui abordaient et demandaient au dieu de protéger leur trafic couraient, en se flagellant, autour de l'autel, et de là, se traînaient sur le dos, en s'aidant des mains, jusqu'à un olivier placé dans le voisinage, dont ils détachaient avec les dents un morceau d'écorce6. On expliquait cette singularité par diverses légendes.
1. Homère, Iliade, 1. I, v. 351 et 1. IX, v. 568; Hymne à Apollon, v. 333 ; Virgile, Mrkide, !, V, v. 233; 1. VIII, v. 08, et 1. XII, v. 172; Pscudo- Aristote, de Mundo, c. 6; Schol. de Ylliade, 1. XIX, v. 568.