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CHAPITRE NEUVIÈME

Considéré en lui-même, le serment n'est autre chose non plus qu'une invocation à la divinité prise à témoin et mise en demeure de punir le parjure l. La crainte du châtiment au devant duquel va le coupable est ce qui donne au serment la force obligatoire, exprimée par le mot grec opv.o:'' ; ce cbàtiment est souvent énoncé tout au long- dans la formule du serment. On jure par sa propre vie ou par celle de ses proches, c'est-à-dire qu'on en fait le sacrifice, au cas où Ton manquerait à sa parole ;!. On engage aussi comme enjeu quelque objel auquel on attache un grand prix et dont on fait le sacrifice, si Ton a menti. Ainsi le père jure par ses enfants, l'amant par sa maîtresse, l'ami par la tendresse qui le lie à son ami, l'hôte par le foyer, le sel et la table de son hôte, le prince par son sceptre, le guerrier par ses armes4; et comme le mot opxoç n'exprime, à proprement parler, que l'idée de contrainte, il en résulte qu'il est susceptible de s'appliquer aux objets par lesquels on se lie aussi bien qu'au serment lui-même, ('/est ainsi qu'Archiloque appelle \).v;xz bpxoç la table et le sel de sou hôle

I. On lit dans Plutarque, Qusest. roman., n" \\ : nS« 8pxo« =.\; xorrapav

teXeutà TÎjs £7:iopxéaç.

•'. Scholiastc de V Iliade, 1 I, v. 239, dans Les Anecdota de drainer, t. III, p. 129: Ttapà tô eî'pyto xô xoavm ■ suit/îtixo; yàp tô>v iC9cpa6aiv6vT(dv.Voy. aussi Buttmann, Lexilogus, t. Il, p. .'»2 et suiv., et Docderlein, Homer, glossar, III, p. 228.

3. Lysias, c. Erastosthène :ot4v\5vaiEÇ(âXEtaveauT<j>xa\Totcitai9\vènctpw|ttvov.

4. On peut voir des exemples de ces différentes Formules dans Euripide Hélène, v. 835; Xénophon, Cyropédie, I. VI, e, i, § 6; Archiloque, fragm. 94; Homère, Iliade, I. I, v. 233 ; /Eschyle, les Sept contre Thèbes, v. 510.

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et que le Styx esl L*opxoç des dieux. Ou comprend facilement,

d'après cela, que le mot opxoç désigne • •gaiement, par analogie, le dieu vengeur éventuel du parjure, qui doane force au serment l, et que les poètes aient imaginé un démon particulier, appelé encore du môme nom d'cp/.cr, à qui l'on s'enchaîne, pour ainsi dire, en jurant, et dont on accepte d'avance la condamnation. Dans la Théogonie d'flésiode, cet Horkosou dieu du serment est représenté comme le fils d'Eris, évidemment parce que d'ordinaire les serments viennent à la suite des querelles; et dans les Œuvres et jours, on lui donne pour compagne les Erinyes, chargées comme lui de punir l'impie qui a encouru la vengeance d'IIorkos (èraôp*oç) 2. Lorsque Sophocle 3 parle de l'Horkos de Zeus, il faut entendre par là un serviteur de ce dieu. De même chez Euripide4, Thémis est appelé cpx(a Zy}voç, comme ayant mission de veiller avec lui à l'accomplissement de la justice et à la sainteté du serment; car Zeus qui, en sa qualité de maître des dieux, domine toutes les relations humaines, punit aussi les manquements à la foi jurée ; aussi est-il appelé opxioç, de même que, à d'autres points de vue, il est adoré sous les surnoms de zvnzc, çi'Xioç, êwcipeioç, v.ï-tz;. Il ne faudrait pas en conclure qu'il fût le seul dieu que l'on invoquait dans les serments; on jurait indistinctement par toutes les divinités, et chacune d'elles avait le droit de punir quiconque avait juré en vain, bien que Zeus fût, par excellence, chargé de cette attribution, qu'il put l'exercer sans avoir été pris à témoin du serment, et alors même que d'autres l'avaient été.

!. Pindare, Pyth., IV, v., 166 : xapxepo? opxo; Sjijuv fjuipTU; ïftxia Ivjc, o

Y£vé6)>io; à|/.<porlpoi;, et JSéméenncs, XI, v. 30 : voùfAàyàp "Opxov ; Babrius, Fab. L, v. 18 : xov "Opxov où ?£Û|r, ; voy. aussi Schœmann, Comment, orit. ad Hesiodum, p. 61.

2. C'est, je crois, la seule manière d'expliquer la proposition lia. Si "Opxoç était pris dans le sens de serment, on s'attendrait plutôt à Tidcpopxo; qu'à êîcrôp* xoc ; voy. Doederlein, Homer. glossar,, III, v. 229. La forme liu'opxoi; est comparable à Èmxïjpoç, è7î![j.ojx?oc, èttitiplo;, ÈrctÇï)Xoç( èuxîtioç, etc. D'après Ebel, dans la Zeitschrift de Kuhh, t. VI, p. 204, èmopxoî s'applique à l'homme qui s'affranchit du serment qui gêne sa liberté et va directement en sens contraire de sa parole.

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