Plutarmip, de Ei apud Delphos, cl
2. Alcée,cité par Himérius, Or. XIV, c. 10; cf. Matthiœ, dans son édition d'Alcée, p. 23.
sont ils appelés <)vi;.~-.t<vi [jurmeç1. < m comprend d'après cela que des hommes éclairés, l'uniini! Sucrnle cl ses pareils, avant conscience de la faiblesse humaine, aient demandé aux dieux, dans les occasions importantes, de leur prescrire ce qu'ils devaient faire ou éviter, pour pouvoir se flatter d'une issue favorable 2.
Une seconde raison explique le désir chez l'homme de révélations surnaturelles, c'est la croyance que les événements malheureux, la famine, les épidémies et tous les fléaux sont les effets de la colère céleste. Quand on ne savait pas au juste quel dieu on avait irrité, quel était le motif de son ressentimont, ni comment on pouvait l'apaiser, la première idée qui se présentait à l'esprit, c'était de s'adresser aux dieux mêmes et de se faire renseigner par eux. On peut citer, comme exemple la peste que, au début de V Iliade, Apollon courroucé a fait éclater dans l'armée des Grecs, et qui suggère à Achille la pensée d'interroger quelque devin, prêtre ou interprète des songes, par la bouche duquel les dieux puissent faire connaître les motifs de leur colère. De même, dans les maladies ordinaires, lorsque les secours humains étaient devenus inefficaces, on se remettait aux mains des dieux, et plus généralement, soit qu'il s'agît d'obtenir une grâce ou de détourner un malheur, on se tournait en fin de compte vers la divinité, pour savoir comment s'y prendre, ou pour lui demander au moins s'il y avait plus lieu de craindre ou d'espérer. Enfin, la conduite à tenir dépend souvent de circonstances inconnues, pour lesquelles les dieux peuvent nous fournir des éclaircissements que l'on attendrait vainement des hommes. C'est ainsi que, dans la légende d'Œdipe, ce prince va s'enquérir auprès d'Apollon du secret de sa naissance.
Les incertitudes qui nous laissent à la merci du hasard, et ne nous permettent pas, tant qu'elles ne sont pas résolues, de nous décider en connaissance de cause, sont les seules
1. Dans un vers de Pindare, cité par le scholiaste (Pythiques, IV, v 4) : AeX<po\ 8e(jucttwv ^devins; 'AiroXXumôai. Cf. Homère, Odyssée, 1. XVI, V. 403, et Hymne à Apollon, v. 75 et 115.
2. Xénophon, Memorab.,. 1. I, c. 1, § 6, et Anabasis, 1. III, c. 1, § 5 ; Cicéron, de Divinatione, 1. I, c. 45.
considérations qui expliquent raisonnablement le besoin cbez l'homme d'informations divines, propres à le remettre dans le droit chemin. De ce désir naît aussi la confiance que les dieux bienfaisants et amis des hommes, comme on se les représente avec raison, doivent être disposés à exaucer leurs prières et même à les aider de leurs révélations sans en être priés. C'est dans ce sens que Platon a pu appeler la Mantique l'ouvrière de l'amitié entre les dieux et les hommes1, et que les stoïciens ont tenté de légitimer cette science 2. S'il y a des dieux, disent-ils, et s'ils n'entretiennent pas de communication de ce genre avec les hommes, il faut choisir entre les conclusions suivantes : les dieux ne veulent pas de bien aux hommes ; eux-mêmes sont incapables de connaître l'avenir ; ils ne croient pas cette connaissance avantageuse aux mortels ; ils jugent au-dessous de leur dignité d'entrer en correspondance avec eux, ou bien enfin ils n'ont aucun moyen de nous révéler les secrets qu'il nous importerait de connaître. De ces hypothèses aucune n'est soutenable : les dieux veulent du bien aux hommes, et connaissent les choses qui nous sont cachées ; il importe aux hommes de pénétrer ces mystères ; il n'en coûte rien à la dignité des dieux de témoigner leur bienveillance pour les hommes en les éclairant ; les moyens de le faire ne leur manquent pas. Ainsi argumentaient les stoïciens, et il n'est pas douteux que les croyances populaires ne fussent d'accord avec ces raisonnements. Il n'y a pas lieu cependant d'être surpris que, une fois la croyance à la divination enracinée, des motifs moins avouables se soient fait jour, que l'on se soit hasardé à demander aux dieux des révélations qui n'étaient nullement un secours pour la faiblesse humaine et ne servaient qu'à satisfaire une curiosité indiscrète3. De là naquirent un grand nombre de pratiques frivoles, ridicules ou coupables, ayant pour 1ml d'arracher à la divinité des confidences inutiles.
1. Platon, Convivium, p. 188, C : »iXîa;8eûv xa\ àvOpwTrwv ^ti'.o-jpyô;.
2. Cicéron, de Divination*', 1. I, c. 38, et I. II, c. 49. Voy. aussi Wachsmutli, die Ansichten derStoiker ueber Mantik und Laemonen, Berlin, 1860.
3. Plutarque, de defectu Oraculorum, c 7; Athénée, I. V, c. 00, y. 219.
Les anciens distinguaient deux sortes de divination, la divination naturelle et la divination artificielle1. La première esl
celle par laquelle 1rs dieux se manifestent directement dans les rêves, ou même dans l'état de veille, Lorsque l'âme surexcitée arrive par l'extase à démêler plus ou moins clairement ce qui reste un mystère pour d'autres et à percevoir les révélations célestes. La divination artificielle, au contraire, consiste à interroger et à interpréter certains signes convenus, qui servent aux dieux à éclairer les hommes sur ce qui leur importe de savoir. De ces deux espèces de divination, quelle est lapins ancienne? nous ne saurions le dire. Dans les temps historiques, nous les voyons toutes deux en honneur chez les Grecs, comme chez les barhares. Le nom grec qui est en possession de désigner le devin ou le voyant, p,<rraç, vient de [Mctoeotiai 2 et exprime celte exaltation de l'âme qui permet à l'homme de recevoir les inspirations de la divinité. Le mantis toutefois ne se borne pas à prédire l'avenir sous le coup d'une impression momentanée et d'une suggestion directe ; il s'entend aussi mieux que d'autres à expliquer les signes par lesquels les dieux manifestent leurs volontés, de sorte qu'il n'est pas toujours facile de discerner si cette connaissance résulte d'une inspiration passagère et d'une observation pénétrante qui peuvent être considérées comme un don céleste et une illumination d'en haut, ou bien si elle repose sur des règles transmises par la tradition, si, par conséquent elle relève de la mantique artificielle. Ce que la poésie nous apprend touchant les devins célèbres de l'antiquité mythologique3 nous les fait envisager, tantôt comme des êtres possédés de l'inspiration céleste (ëvôeci, lyôoutnameç) qui dans cet état d'extase répèlent ce que leur dicte la di-
1. Plutarque (ou plutôt Porphyre) de Vita Homeri, c. 212 : t?,? [iofra*qs
tô |jlÈv te"/vcxÔv ipaaiv sïvat o\ StwVxoc, to Se 'âxv/yoM xa\ àoî8ay.TOv. CL Cicéron,
de Divinatione, 1. I, c. 18.
2. Platon, Phèdre, p. 244 C, avec les remarques de Ast, p. 279; Euripide, les Bacchantes , v. 299. Voy. aussi Davisius, ad Ciceronem, de Divinatione, 1. I, c. 1; Curtiiis, Griech. Etymolog., t. I, p. 429; Welcker, Gœtterlehre, t. II, p. 10. Sur la différence entre les mots aâvxtç et ^po^r/j;, on peut consulter Platon, Timée, p. 72 B, avec les remarques de Stallbaum.
3. En ce qui regarde Homère, voy. Schœmann, Antiq. grecques, t. I, p. 73-75.
vinité, et dont Cassandre, Bakis et les Sibylles nous fournissent des exemples, tantôt comme des interprètes des signes, tels queTirésias,dontle nom, dérivé de xépaç ou x&ïpxç, indique par lui-même cette vocation. Comme d'ailleurs le dieu fatidique par excellence, Apollon, est, suivant les expressions de Pindare, l'interprète des signes envoyés par Zeus *, nous sommes autorisé à commencer l'exposition des différentes espèces de Mantique par celle qui a pour objet les signes.
Les signes qui donnent matière à interprétation, et dont le nom général est -.ipz;, peuvent être répartis en deux classes : ou bien les dieux, pour les accorder aux hommes, attendent d'en être priés, ou bien ils les font paraître de leur propre mouvement. « Nous demandâmes un présage au dieu », dit Nestor, racontant les incertitudes des Grecs sur le chemin à suivre en partant de Troie, et il ajoute que le dieu leur en accorda un, sans indiquer le procédé dont il fut faiL usage 2. Il est présumable que parfois aussi on désignait l'objet qui devait servir à manifester la volonté céleste, et la marque à laquelle on la reconnaîtrait ; mais on supposait que les oiseaux avaient, sous ce rapport, les préférences des dieux, et cela nous amène à traiter d'abord de l'Oionistiqueou Oionoscopie.
Les oiseaux se meuvent dans les airs et s'élèvent dans les espaces où les dieux sont supposés avoir établi leur domicile 3. Ce seul rapprochement les désigne comme les messagers naturels des dieux', soit que les hommes implorent un signe de la volonté céleste, soit que les dieux l'envoient d'euxmêmes, sans en être priés. Avant de demander les signes par l'Oionoscopie, l'observateur a dû se placer dans un endroit favorable, pour observer quels oiseaux lui apparaîtront