‹ Antiquités grecquesChapitre 305 sur 567 · Hérodote, 1. I, c · texte numérisé non relu

Hérodote, 1. I, c

2. Il est à peine nécessaire de remarquer que ce travail sur les oracles n'a pas la prétention d'être complet. En admettant qu'une pareille tâche fut possible, elle serait sans utilité. Il y a eu beaucoup d'oracles dont nous ne connaissons que le fait de leur existence en tel ou tel lieu. Nous en citerons ici quelques-uns, parmi lesquels il y en a que l'on ne sait pas même dans quelle catégorie ranger. Pausanias (1. IX, c. 24, § 3 et 1. VII, c. 21, $ 12), mentionne à Hyettos en Béotie et à Patrae deux oracles, l'un appartenant à Héraklès, l'autre à Déméter, qui rendaient la santé aux malades. Dans ce dernier, un miroir suspendu à une corde très fine était descendu à la surface d'une source. Après avoir prié et sacrifié à la déesse, on regardait le miroir qui représentait le malade vivant ou mort. Pausanias (1. II, c. 32, § 6) parle encore d'un temple de Pan, à Trézène, où l'oracle révélait l'avenir par des songes. Le même dieu avait, au rapport du scholiaste de Théocrite (I, v. 121). un autre temple sur le mont Lycée en Arcadie. Il y a trace dans Strabon (1. VIH, p. 380) d'un oracle de Héra Akraia, près de Corinthe. Enfin nous trouvons encore dans Pausanias (1. IX, c. 22, § 7) la mention d'un oracle de Glaucus, à Anthédon, en Béotie, sur lequel on peut consulter un article de

pollon. Il n'en est pas dans le nombre qui ait exercé plus d'influence était subsisté plus longtemps que l'oracle de Delphes. Apollon, d'après l'hymne homérique qui lui est consacré, en était lui-même le fondateur. Le Dieu descend de l'Olympe et traverse différents pays ; nulle part il ne trouve d'emplac» ment à son gré pour s'établir, jusqu'au moment où il arrive à Krisa, au pied de Parnasse. C'est là qu'il se décide à élever son temple ; lui-même en trace les fondements, sur lesquels travaillent les architectes Trophonios et Agamède, tous deux fils d'Ergïnos, roi d'Orchomène . A peu de distance coulait la source où avait autrefois séjourné Python, le dragon femelle (3poxatva qui avait nourri Typhon, monstre enfanté par Héra dans un jour de colère, etavait désolé la contrée, jusqu'au moment où il fut vaincu par Apollon. Dans le concours de ces circonstances il faut voir une allusion à des eaux stagnantes et à des vapeurs pernicieuses, que dissipe le dieu de la lumière, revenant au printemps avec une force nouvelle l, bien qu'à la vérité cette nature insalubre n'ait pas de rapport essentiel avec l'institution de l'oracle. Python est le symbole des eaux croupissantes : Typhon représente les vapeurs mortelles. Héra, qui nous apparaît dans cette fable comme la déesse de la Terre, a engendré ce monstre, et Python l'a nourri, parce que les vapeurs putrides sont produites et entretenues par la lerre et les eaux stagnantes. Après avoir établi son sanctuaire à celle place, Apollon, cherchant des hommes qu'il puisse préposer à son culte, et choisir pour intermédiaires entre lui et les mortels, aperçoit un vaisseau monté par des ('.reluis de kimssos, qui naviguaient pour all'aires de commerce. Il se change en dauphin, saule sur le vaisseau cl le dirige vers Krisa, puis il s'évanouit et reparaît sur le rivage aux yeux des matelots, sous la forme d'un bel adolescent. Là, il leur révèle sa nature divine et leur ordonne de lui élever un autel sous l'invocation

Leutsch, dans l'Encyclopédie der Wissenschaften undKUnste, t, 68, p, 208, et (1. V, c 14, S 1(5) celle d'un oracle consacré à la déesse la Terre, qui était situé à Olympie. La prétresse de la môme déesse prédisait également l'avenu- ô /Egira, après avoir bu quelques gouttes de sang de taureau; voy. Pline, Hist. natur., I. XXVIII, c. 9, p. 209, éd. Gronovius. I. Voy. Preller, Griech. Mythologie, t. I, p. 187 el 188.

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d'Apollon delphinien.U Les conduit ensuite au monl Parna dans le temple déjà existant, qui doit devenir leur demeure, «'i leur promet une existence facile, grâce aux présents de ceux qui viendront visiter le sanctuaire el consulter l'oracle. — évidemment l'auteur de cet hymne se propose de rattacher l'oracle a l'île de Crète, et, en effet, il esthors de doute que ce lien exista jadis, que la Crète exerça sur l'oracle une influence considérable, et que des colons crétois, fixés sur la côte de Krisa, furent propriétaires ou du moins co-pronriétaires du temple. Peut-être môme fut-ce du milieu d'eux que sortit la race sacerdotale qui prit une part prépondérant.' à l'organisation et à la direction de Foracle \ Mais on n'est pas autorisé à conclure de là que le sanctuaire ait été à l'origine une fondation Cretoise. L'hymne homérique se borne à faire coïncider l'institution de l'oracle avec l'établissement d'une colonie venue de Crète, et cette tradition môme peut être révoquée en doute. Elle repose, en effet, sur cet unique témoignage, et d'autres légendes relatives au même événement ne font aucune mention des Cretois2. D'après JEschyle, c'est à Gœa TrponôiJ.avT'.;, comme il l'appelle, qu'appartint en premier lieu l'oracle de Delphes; elle le transmit à sa tille Thémis qui, à son tour, s'en démit en faveur de sa sœur Phœbé, de qui Apollon le reçut en don, à sa naissance 3. De cette succession, on peut inférer qu'avant l'introduction du culte d'Apollon, Delphes avait dû au caractère particulier du paysage sur lequel nous reviendrons d'être choisi comme centre prophétique, et que le soin de dispenser les oracles était attribué àGiea; mais on est libre d'y voir aussi un essai pour expliquer comment un oracle dont la vertu reposait sur une force souterraine pouvait apparte-

I.Voy. Scbœmann, Opasc. Academ., p. 3i4; Welcker, Gœtterlèhre, t. I, p. 503.

2. D'autres nommaient à sa place la déesse de la Nuit ; voy. le scholiaste de Pindare, dans VHypothesis des Pythiques. Euripide (Iphigénie en Tauridc, v. 1259 et suiv. éd. Didot) parle d'un antique oracle par iequel la Terre annonçait l'avenir à l'aide des songes, qui provoqua de la part d'Apollon une protestation favorablement accueillie par Zeus. Voy. aussi Wolff, Ueber die Stiftungdes Delphischen Orakels, dans les Verhandl. der philolog. Versamml., Augsburg, 1862, p. 64.

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