Eschyle, Euménides,, v. 1 et suiv
nir non pas à la Terre, qui pourtant avait des oracles ailleurs, mais bien au Dieu de la lumière. ïhémis n'est qu'une autre figure de Gœa ; elle est la Terre elle même, considérée au point de vue moral et non seulement comme la source des choses matérielles, mais comme la régulatrice des lois en vertu desquelles ces choses suivent leur cours. Phœbé, à qui .Eschyle accorde une simple mention, paraît n'avoir été intercalée qu'à cause de son nom, afin d'expliquer d'une manière naturelle la transmission volontaire de l'oracle à Phœbus Apollon, qui est censé l'avoir reçu en même temps que le nom de la donatrice, tandis que, suivant d'autres récits, il aurait enlevé violemment l'oracle à Gcea1. Il s'est conservé une autre légende, d'après laquelle Poséidon aurait partagé l'oracle avec Geea, symbolisant ainsi l'alliance des eaux et de la terre2. Sans rechercher quelle part revient dans ces fables à l'observation de la nature physique et à la tradition, nous nous bornerons à dire que, historiquement parlant, autant que l'histoire peut être invoquée en semblable matière, l'oracle de Delphes ne nous est connu que comme l'apanage d'Apollon 3.
La particularité géologique qui semblait désigner ce lieu comme le siège par excellence de la divination était un gouffre, d'où s'échappaient des vapeurs froides, ayant la propriété de jeter dans l'état extatique ceux qui les respiraient \ Ce gouffre était situé au haut d'un plateau, sur le versant méridional du Parnasse, à plus de mille pieds du niveau de la mer, et à huit cents pieds au-dessous des roches Phœdriades et des monts Hyampeia. Le temple avait été bàli de manière à enfermer le gouffre dans son adylon. 11 en remplaçait un antre qui avait été construit, suivant la tradition rapportée plus haut, par Trophonios et Agamédès, et qui fut brûlé en 548 ^ Mynip. i.vm. 1). Ce fut alors que lesAmphictyonsen firent ériger un nouveau.
1. Voy. Schœmann, dans s"s notes sur 1rs Euménides d'Eschyle, p, 163.
2. Pausanias, 1. X, c. 5, $ G, et c. 24, S i. Voy. aussi Bœumlein, dans la Zeitschr. fur die AUerth. Wissensckaft, 1839, p. 1211.
4. Pour ces détails et la plus grande partie de ce qui suit, il suffit de renvoyer à la 2° partie du substantiel mémoire de Preller sur Delphes, dans la Real-Encyclop. <li% Pauly,
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plus magnifique que le premier. Les promoteurs de l'entreprise furent les Alcmaeonides, alors bannis d'Athènes; qui confièrenl La direction des travaux ;i un Corinthien nommé Spintharos. Dans l'adyton, coulait une source appelée Kassotis qui, sortie du sol à peu de distance <lu temple, venait se perdre en ce lieu. Un liant trépied était placé au-dessus de l'ouverture du .uoutl'riî et supportait une sorte de bassin arrondi etéchancré :/;..- . surmonté lui-même du siège ou la prophétesse prenait place. Devant le trépied se tenaient deux aigles d'or, à droite et à gauche de l'Omphalos, pierre blanche de forme conique, qui marquait le point central de la terre où, en effet, s'étaient joints jadis deux aigles envoyés par Zeus à la rencontre l'un dr l'autre, du levant et du couchant1. La. prophétesse, nommée Pythia ou Pythias, était dans le principe une fille à la (leur de l'âge; mais, un enlèvement, dont se rendit coupable un certain Echécratès de Thessalie, décida à prendre de préférence des femmes qui avaient dépassé la cinquantaine, tout en leur laissaut, comme souvenir de l'ancien usage, le costume des jeunes Mlles2. Les familles dans lesquelles on les choisissait devaient être honorables, sans tenir le premier rang par leur fortune ou leur condition. Du vivant de Plutarque, la Pythie appartenait à de pauvres campagnards, »et n'avait point reçu une éducation distinguée; elle ne se recommandait que par une origine irréprochable et par la sévérité de ses mœurs 3. D'abord, la Pythie ne montait qu'une fois par an sur le trépied ; c'était dans le mois que les habitants de Delphes appelaient Bysios et qui tombait vers l'équinoxe du printemps ;. Ce mot Bysios estime forme dialectique pour Pysios ou Pythios et signifie le mois des consultations, d'après la même dérivation qui a fait donner
1 . C'est pour cette raison que la Pythie est appelée par Pindare {Pythiqy.es, J-Vi V. /) ^pyaiwv atYjT&v ïcâpeSpoç.
2. Diodore, 1. XVI, c. 26. Cet historien n'indique pas le temps où vécut Echékratès ; il se borne à dire : êv toï; vsoulpocç -/P^ot,-. Un passage d'.-Eschyle (Euménides, v. 38) et un autre d'Kuripide (Ion, v. 1339) dans lesquels" la Pythie est présentée comme une vieille femme, ne contredisent pas l'assertion de Diodore, puisqu'on peut supposer qu'elle avait vieilli dans l'exercice de ses fonctions.
3. Plutarque, de defectu Oraculorum, c. 51, et de Pythix oraculis, c 22.