‹ Antiquités grecquesChapitre 334 sur 567 · Strabon, I. VI, p 284; Schol. de Lycophron, v · texte numérisé non relu

Strabon, I. VI, p 284; Schol. de Lycophron, v

en invoquant Agamède, frère de Trophonius. Agamède et Trophonius sont évidemment les personnifications de l'esprit chthonien, le dernier représentant, ainsi que son nom l'indique manifestement, la fécondité nourricière du sol, l'autre la puissance souveraine et par cela même divinatrice de la Terre !. Lorsque les signes s'étaient montrés propices, le consultant était mené à la rivière Hercyna, où il était baigné et frotté d'huile par deux garçons àg"és environ de treize ans, nés de père et mère jouissant des droits de cité à Lébadée, et qui, dans l'exercice de ces fonctions, étaient appelés Hermès.. Après le bain, on était conduit à deux autres fontaines, coulant l'une près de l'autre : à la première, appelée la fontaine de l'Oubli (à^ôyj), afin d'oublier tout ce dont on avait eu l'esprit occupé jusque-là, à la seconde, appelée la fontaine du Souvenir (jAvr^scrûvvj), pour retenir ce que l'on devait voir bientôt après dans le sanctuaire. On était admis ensuite à contempler une statue d'une haute antiquité, œuvre présumée de Dédale, que les prêtres laissaient voir uniquement aux pèlerins résolus à descendre dans l'antre de Trophonius. Devant cette statue, le consultant faisait sa prière, puis, revêtu d'une tunique de lin et ceint par-dessus de bandelettes, chaussé d'une manière particulière au pays, il était conduit au siège de l'oracle, situé sur une hauteur dominant le bois sacré. La plate-forme était entourée d'un mur circulaire en pierres blanches et avait la dimension d'une petite aire à battre le blé". La hauteur du parapet n'atteignait pas

1. Trophonius est quelquefois appelé ZeuSj quelquefois Hermès Slrabon, I. IX, p. 114; Gicéron, de Natura Deorum, 1. III, c. 21) ; ces deux appellations sont également justes ou également erronées. Pour les nombreuses légendes qui présentent Agamède et Trophonius comme les Bis du roi Erginus d'Orchomène, et les constructeurs du temple de Delphes, voy. l'Orchomenus d'O. Muller.

2. C'est là, il est vrai, une mesure très vague : ■ Aream modicam oporlet pro magniludine segetis », dit Varron, de Re rustiea, I. 1, c. 51. Pausanias a eu l'idée de prendre une aire pour terme de comparaison, parce que la plate-forme devait avoir, dans son ensemble, beaucoup de ressem blance avec une aire. Ces emplacements, en effet, riaient d'ordinaire élevés il entourés de murs; « robustis cancellis munitœ », dit Pulludius, I. 1.

c. 36, § 1. La Mule de la description dans Pausanias a été mal comprise

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imii à l'ail deux coudées, ou un mètre. Sur ce mur étaient fixés des piquets de cuivre, reliés entre eus par des traverses d(> même métal. C'est dans cette grille qu'étaienl ménagées les pintes. Au dedans de L'enceinte se trouvait une ouverture pratiquée de main d'homme yy.zj.y.-;^: . et ayant L'aspect d'un four à cuire Le pain, dont le diamètre était environne quatre coudées (--ç/v.z) et la profondeur de huit. <m descendait dans celle ouverture à l'aide d'une échelle étroite et légère; au lias, sur l'un des côtés,, entre le sol et la maçonnerie,. on rencontrait une autre ouverture, large environ de deux spithames, ou d'un demi-mètre, et haute d'une spithame seulement. On se couchait alors à terre, en tenant à la main des gâteaux pétris avec du miel, et l'on avait à peine avancé les pieds dans le trou que tout le corps était entraîné par une force comparable à celle d'un tourbillon. C'est seulement à l'intérieur de cet adyton souterrain que l'avenir était dévoilé, et non pas à tous de La même manière. Les uns voyaient de leurs yeux ce qui devait leur arriver, les autres entendaient une voix. Les gâteaux de miel servaient à apaiser les animaux de toute espèce, les serpents et les monstres à figure de démon qui entouraient et menaçaient les visiteurs. Enfin, on se retirait par le mémo chemin, toujours les pieds devant. Au retour, les prêtres s'emparaient de nouveau des fidèles, les faisaient asseoir sur le siège de Mnémosyne, près de l'adyton, leur faisaient répéter ce qu'ils avaient vu et entendu, et les remettaient, épouvantés, presque sans connaissance, aux mains de ceux qui les avaient accompagnés, pour être reportés dans l'édifice consacré à Agathodémon et à Tyché. Tel est le récit de Pausanias ', qui ne fait que raconter ce dont lui-même avait été témoin, car il avait visité 1 oracle et était descendu dans l'antre. D'autres descriptions diffèrent sur quelques points

par Goettling (Gcsamm. Abhandl., t. I, p. 162) et par Wieseler (ueber dut Orakel des Trophonius, Gœlting., p. 9, 14 et 10). Ulrichs s'en est mieux rendu compte, dans ses Reisen und Forschungen in Griechenl., 1. 1, p. 170. 1. Pausariias, I. IX, c. 39; la caverne de Sainl-Patrice, à Dungall, en Irlande, décrite par JMeiners (Geschichle aller lieligionen,t. II, p. iOi) forme un pendant intéressant à l'antre de Trophonius.

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do la sienne, mais en confirment les parties essentielles '. Il est facile de reconnaître dans ces épreuves préparatoires des manœuvres combinées parles prêtres pour mettre les patients hors d'état de s'expliquer les apparitions qui devaient les frapper de stupeur, dans le sanctuaire souterrain. De quelle nature étaient ces phénomènes, par quels moyens étaient-ils mis en jeu? Naturellement, nous ne pouvons le dire2. Des critiques modernes ont pensé que les consultants étaient plongés dans une sorte de somnambulisme, mais aucun témoignage ancien ne semble confirmer cette hypothèse. Toutes les précautions étaient prises pour que l'adyton ne fût accessible qu'aux croyants et à ceux dont on n'avait pas à craindre qu'ils y regardassent de trop près. Si un témoin importun se présentait, il était facilement écarté par des signes défavorables, et en admettant qu'il forçat les barrières, il y avait toujours moyen de s'en débarrasser. C'est ce qui advint à un soldat de Démétrius dont, quelque temps après, on retrouva le cadavre ù une certaine distance. La'preuve que l'oracle de Trophonius était en crédit au temps de la seconde guerre médique, c'est que Mardonius l'envoya consulter3. Les Thébains v recoururent aussi avant la bataille de Leuctres, et reçurent, à ce qu'il parait, de Trophonius une réponse en vers*; on ne dit pas si elle fut verbale ou écrite. Suivant l'opinion judicieuse île Diodore, cette consultation fut une ruse d'Epaminondas, pour rassurer ses soldais '. Il est inadmissible qu'Épaminondas ou

1. C'était par exemple une opinion très répandue qu'en descendant chez Trophonius, on perdait, sa vie durant, la faculté de rire; de là le proverbe conservé par Zénobius (Cent. III, n° 61) : bîç Tpoçumou (lenâvcsutai ."àycHoTMv xai ffuvaxppuujjiévuv. Pausanias contredit cette assertion, au§ L3 d i passai cité plus haut. Le biographe d'Apollonius, Philostrate, raconte (l.VIII, c. 19] que ce thaumaturge, après sepl jours passés dans l'autre, avait reparu ù la lumière du jour près d'Aulis, rapportant un livre de doctrines pythagoriciennes.

2. Ce .récit que Pluturque met dans la bouche de rimarque (de genio Socratis, c. 22) serait fort intéressant, si l'on pouvait distinguer ce qu'il \ a de vrai el ce qui a été imaginé, sur le modèle peut-être du récit prête à Er par Platon (d Republica, l. X, p. 61 I I'. .

:'-. Hérodote, I. VIII, c. 134.

■ï. Pausanias, I. IV, c. 32, s' 5.

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