Plutarque, de defectu Oracul., c. ii
était produit par des fantômes entrevus en songe, et que l'incubation jouait un rôle dans ces sorcelleries. L'oracle de Trophonius n'aurait donc pas différé essentiellement de tous ceux qui prédisaient l'avenir par les songes, en particulier des oracles de son petit-fils Mopsus, à Mallos, et d'Amphiaraiis, à Oropos. Il est tout naturel qu'Homère, en le supposant même au courant des pratiques de Tirésias, n'ait pas fait passer Ulysse par l'incubation et les visions du rêve, puisque ces opérations ne pouvaient s'accomplir que dans le sanctuaire et sur le tombeau du devin. Or, Ulysse n'avait pas cette ressource; il ne pouvait que se rendre à l'entrée du royaume des morts où il devait rencontrer et interroger l'âme de Tirésias. Il est liors de doute que l'incubation fut un procédé habituel aux oracles qui exerçaient la divination par les morts l. Cela ne veut pas dire, néanmoins, que tous sans exception y eussent recours; il y avait des cas où, même à l'état de veille, une âme, je ne dis pas celle de tel ou tel prophète mythologique, mais une âme quelconque, pouvait être mise en demeure de répondre aux questions qu'on lui posait2. C'est ainsi que les choses se passaient à Cume, dans la basse Italie, sur les bords du lac Àverne. Ce lac, d'après la description de Slrabon, était enfermé entre des rivages escarpés et couverts de forêts, dont l'aspect était propre à jeter dans Les esprits une terreur religieuse. On parlait de vapeurs pestilentielles qui s'élevaient des eaux et frappaient de mort les oiseaux qui volaient au-dessus ; c'est ce qui avait donné L'idée déplacer près de là l'entrée des enfers. ( >n ne s'embarquait pas sur le Lac Averne sans avoir préalablement tenté d'apaiser les divinités souterraines par des sacrifices que dirigeaient des piètres pi >■ posés à l'oracle. Les prières, les libations et les sacrifices accomplis, on évoquait rame que L'on voulait voir face à face. Elle apparaissait sous une forme vague el vaporeuse, mais avait cependant l'usage de la parole, et pouvait répondre aux questions qui lui étaient posées. Du temps de Strabon, l'oracle de Cume avait disparu; Ephore toutefois signale encore son