‹ Antiquités grecquesChapitre 339 sur 567 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Il était dans l'essence du paganisme que des dieux en si grand nombre, faits à l'image des hommes et partout en contact avec eux, fussent disposés à user de leur puissance pour intervenir dans le cours naturel des événements, et à témoigner aux mortels, suivant l'occasion, leur bienveillance ou leur ressentiment. Aussi les fidèles croyants invoquaient-ils l'assistance surnaturelle de la divinité, lorsqu'ils reconnaissaient l'insuffisance de leurs propres forces et des moyens dont ils disposaient. Tant qu'ils attendaient patiemment la réalisation de leurs prières, et s'en rapportaient aux dieux du soin déjuger s'ils étaient dignes de l'appui qu'ils réclamaient; il n'y avait rien de contraire aux principes de la piété païenne (eoséêeu). Mais s'ils se figuraient qu'il y avait des moyens d'amener la divinité, en dehors des mérites qu'ils avaient pu se créer, à satisfaire leurs désirs, sans qu'elle s'inquiélàtde savoir si l'objet de leur demande était bon ou mauvais, juste ou injuste, là commençait la superstition, qui n'était pas moins condamnable aux yeux des païens qu'à ceux des chrétiens ou des juifs. A vrai dire, le paganisme rendait la confusion d'autant plus facile qu'il n'imposait pas à ses dieux les conditions de sagesse, de justice et de sainteté qui semblent leurs attributs nécessaires. La pente fut surtout glissante depuis que fut admise l'existence de démons intermédiaires, sans doute fort inférieurs aux dieux en dignité, doués néanmoins d'une puissance surhumaine, dont ils pouvaient se servir, à leur gré, pour le mal et pour le bien. La croyance

que riiomme avait la faculté de mettre en mouvement, suivant sa fantaisie, les forces divines et démoniaques, ou même de se les assujettir d'autorité, est le point de départ de la sorcellerie, ^ayeia, Ce nom, qui parait trahir une origine orientale, se trouve pour la première fois dans Sophocle1, et selon toute apparence, n'était pas en usage longtemps avant lui, hien que la chose même, au moins dans ses pratiques élémentaires, ne fût pas inconnue des Grecs. La sorcellerie était aussi appelée u.ayyavs'a, mot dont la dérivation ne saurait être fixée d'une manière certaine, mais qui semble appartenir à la même famille que w/xrr, et pjxavasôai2. Un troisième nom yoï;Ts(a, de yoajôai, fait allusion aux formules d'incantation qui, dans la bouche du sorcier (yoïjç), ressemblaient à des gémissements3. Le mal avait déjà fait des progrès dans Athènes, au temps de Platon, si l'on en juge par les divers passages où il prend à partie les imposteurs qui prétendent par leurs sorcelleries, contraindre les dieux à se faire leurs serviteurs (uxrçpe-ceïv)4. Déjà, avant ce philosophe, Empédocle se faisait fortdeguérirles maladies et de prolonger l'existence à l'aide de sortilèges, même d'évoquer les âmes et de déchaîner les ouragans5; mais l'homme qui contribua le plus à répandre chez les Grecs les pratiques de la magie fut un Perse nommé Osthanès, qui accompagnait Xerxès, lors de la seconde guerre médique, décrivit, dit-on, sur cette science 6.Démocrite, qui peu après y l'ut initié par un Egyptien, Apollobéchès, de Koptos, passe

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