‹ Antiquités grecquesChapitre 358 sur 567 · C'est à quoi fait allusion Euripide, Rippolyte, v · texte numérisé non relu

C'est à quoi fait allusion Euripide, Rippolyte, v

sans la satisfaction préalable de l'Apéniaulismos, que tous les parents, ayant qualité pour cela,y consentissent à l'unanimité; l'opposition d'un seul rendait l'exemption impossible1. S'il n'existait pas de parents appelés à décider la question, les membres de la phratrie à laquelle le mort avait appartenu désignaient dix d'entre eux, choisis parmi les plus considérables, pour traiter, au nom de tous, avec le meurtrier et arrêter les conditions de l'accord. Il est vraisemblable que les mêmes délégués assistaient à la purification qui devait suivre, et y étaient parties intervenantes, bien que les détails manquent sur ce point2. La purification était accomplie par des xaôapTat de la race des Phytalides3. Le dieu invoqué en cette circonstance était Zeus Katharsios ou Meilichios, honoré aussi sous le vocable de çuçtoç, parce que, grâce à lui, le coupable échappait au châtiment'. Bien que les purifications eussent été instituées d'après l'exemple d'Apollon et les instructions données par son oracle, on n'offrait pas, autant que l'on en peut juger, de sacrifices à ce dieu, mais on pouvait implorer son entremise5. Du rôle que les Phytalides jouaient

1. Voy. ta loi citée par Démosthène, c. Macartalos, p. 1069. L'accommodement, ouô£<n;, auquel un membre est supposé s'opposer, ô xwXûwv xpateiv, ne peut évidemment s'appliquer qu'au cas exposé ci-dessus.

2. Les expressions ol à)Aot o\ ffTtXoyxveOovxeç, employées par Athénée (I. IX. c. 78, p. 410), peuvent bien être prises dans ce sens. D'après Cincius, cité par Lestus s. v. Subici, un bélier devait être donné aux parents de la victime pœnœ loco, c'est-à-dire comme équivalent de la rançon en argent, non comme un sacrifice offert en vue de ta purification ; voy. Servius, dans ses Notes sur Virgile, Georg., 1. III, v. 387; Bucol., IV. v. i."> Le meurtrier était encore redevable aux parents d'argent ou de divers objets : voy. Harpocration et les autres lexicographes au mot Û7to^ôv.a.

3. Pausanias, I. I, c. 37, §4; Plutarque, Thésée, c. 12. Athénée, ibid., cite un détail relatif au cérémonial de la purification et extrait des rcâTpia des Phytalides, car la correction de Lobeck(Aglaophamus, p. 185), $ut<x).i8ûv pour (->vyaTpi3wv, est plus vraisemblable que celle île Muller ri de Petersen (das heilige llccht, p. 13), qui proposent EùnarpiSûv, puisqu'il est acquis que les Phytalides remplissaient les fonctions de xaOap-Ta:'.

i. Pausanias, 1. [II, c. 17, §8.

5. D'après l'analyse du poème d'Arctinus par Proclus, Achille vaà Lesbos, offre un sacrifice à Apollon, à, Artémis el a Léto, avant d'être purifié par Ulysse. Un passage d'iEschyle, Agamemnon, v. 143-153 el un autre d'Euripide, Ion, v. 482, établissenl que les dieux étaient invoqués comme intermédiaires auprès d'autres dieux.

dans les purifications, il est permis d'inférer qu'une part était faite aux divinités chthoniennes , en particulier à Déméter, car de toute antiquité, les Phytalides étaient, de père en li's, voués au culte de Déméter, et l'autel de Zeus Meilichios étail placé sur les bords du Céphise,près du sanctuaire de Démêler et de Cora, auquel les Phytalides paraissent avoir été préposés1.

Les fautes et les souillures personnelles n'étaient pas les seules pour lesquelles la religion imposât des purifications et des expiations, à l'aide de sacrifices sanglants. Il y avait des cérémonies expiatoires, ayant un caractère public et pour ainsi dire officiel. De ces cérémonies, les unes revenaient à des époques fixes, les autres étaient annoncées suivant* les occasions. Les premières tiraient leur origine de la conviction que la vie de l'homme est remplie de fautes qui excitent le courroux des dieux; d'autant que plusieurs d'entre eux sont plus disposés à la sévérité qu'à l'indulgence. De là, la nécessité de les désarmer par des réparations et des expiations. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, dans le chapitre des Fêtes. L'exemple le plus connu de purification extraordinaire, nous est fourni par l'histoire d'Athènes. On crut la contrée tout entière souillée par le massacre des partisans de Cylon, et l'on reconnut la main des dieux dans plusieurs signes effrayants. Les purifications traditionnelles étant jugées insuffisantes, on fit venir le Cretois Epiménide2, qui passait pour être plus versé que personne clans la connaissance des moyens propres à fléchir la colère céleste. Epiménide ordonna de lâcher dans toutes les directions, du haut de l'Acropole, où étaifsitué le sanctuaire des Erinyes, des brebis blanches et des brebis noires, et après les avoir laissées vaguer en liberté, de les offrir en sacrifice sur les points où elles se seraient couchées. Les autels dressés pour cet usage ne devaient pas être consacrés à tel ou tel dieu, mais à qui 11 conviendrait, -m

\. Voy. Meier, de Gentibus atticis, p. 53.

2. Plutarque, Solon, c. 12 ; Diogène Laerte, 1. I, § 110 et H2 ; d'après ce dernier passage, ce fut Epiménide qui, le premier, apprit à étendre les purifications religieuses aux habitations et aux champs.

TrpcT/y/.cvTi, d'où vient que longtemps après on rencontrait encore en plusieurs lieux de l'Attique des autels qui ne portaient aucune dédicace et que l'on avait pris l'habitude d'appeler les autels sans nom ou les autels des dieux inconnus. Epiménide déclara en outre qu'un sacrifice humain était nécessaire, et l'on raconte qu'un jeune Athénien s'offrit spontanément comme victime '. — Les Argiens purifièrent leur ville à la suite d'un soulèvement, dans lequel le peuple avait surpris et massacré un bataillon permanent de mille hommes d'élite ; en dehors des autres moyens expiatoires, une statue, œuvre de Polyclète, fut élevée à Zeus Meilichios 2. — En Arcadie, les Cynéthéens, armés les uns contre les autres, avaient versé des flots de sang; non seulement. quelques-uns des coupables qui passaient par Mantinée en furent chassés par les habitants, mais des victimes expiatoires furent promenées autour de la ville et dans la campagne 3. — L'émotion ne fut pas moins grande chez les Athéniens, lorsqu'ils apprirent le massacre en masse qui avait coûté la vie à plus de douze cents Argiens, entre les plus considérables. Ils estimèrent que l'assemblée du peuple^ alors réunie, était souillée par le seul fait d'avoir entendu cette nouvelle, et crurent devoir renouveler les purifications qui avaient inauguré la séance, car, ainsi qu'on l'a vu déjà1, la coutume était d'immoler de jeunes porcs avant le commencement des débats et d'arroser le sol de leur sang5. Il est probable qu'une cérémonie semblable avait lieu au théâtre avant les représentations et dans toutes les assemblées réunies pour la célébration des fètesli. Les fêtes ayant pour but d'honorer la divinité, il était naturel d'effacer, au moins symboliquement, les souillures qui lui déplaisent, de même que chaque individu devait être purifié, avant de s'approcher (\r^ dieux ; toute-

i. Les indications d'Athénée sur ce point (I. XIII, c. 78, p. 602) sont plus précises que celles de I Vu ip'i.e ; il esi permis cependant de mettre en doute l'ensemble de ces faits. P lu tarque, Sol n, c. 12, n'enfuit pas mention,

2\ Pansanias, 1. 11, c 20, § t et 2.

\). Pôlybe, I. IV, c. 21, §8 et 9.

Page 1