CHAPITRE OUINZIK.UI
Los cultes secrets que l'on peut désigner par le nom de grands mystères, pour les distinguer des mystères orphiques et autres de même famille, étaient beaucoup plus haut placées dans l'estime générale. Tandis que les mystères orphiques n'étaient qu'une occasion de réunir privément un plus ou moins grand nombre d'adeptes, les grands mystères formaient une partie essentielle du culte public, dont l'administration distincte était remise aux mains d'un clergé entouré de respect. Il doit être tenu pour certain que partout en Grèce il existait de ces cultes mystiques, bien qu'on ne puisse l'établir pour chaque Etat en particulier *. Les mystères sur lesquels nous possédons quelques renseignements, se divisenl en deux classes principales, suivant la façon dont on y procédait. La première comprend ceux où tout se passait entre un très petit nombre d'assistants; ils n'étaient célébrés que par les prêtres qui en avaient reçu mission spéciale et par [es quelques personnes attachées au culte ; tout le reste était tenu à l'écart. A la seconde appartiennent les mystères qui, sans être publics, avaient cependant une nombreuse clientèle. Cette classe se subdivisait elle-même en deux : ou bien les m\ s tères étaient accessibles uniquement a une certaine catégorie de citoyens, par exemple aux femmes mariées et jouissanl du (I roi i de bourgeoisie, à l'exclusion de toutes les autres, ou bien ils comprenaient indifféremment tous ceux qui s'3 étaient l'ail initier, moyennant certaines conditions. .Mais une même
1. Sur les sanctuaires inaccessibles, où des cultes secrets étaient seuls pratiqués, voy. plus haut, p. "-'('' '.
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loi étail imposée à tons; pion de ce qui se passait dans ces cérémonies, ni les usages sacrés qui leur étaicnl propres, ni les invocations adressées aux dieux, ni même les noms sous lesquels les dieux étaienl pris à témoin, rien enfin de ce qui avait trait à la liturgie, ne pouvait être révélé aux profanes. Quiconque transgressait relie défense était poursuivi comme coupable d'asébie. De là vient que nous sommes si mal informés de ce qui c >erne les mystères. 'Les points les plus
importants, que l'on tiendrait le plus à connaître, sonl précisément ceux sur lesquels nous devons renoncer à donner aucun détail certain, heureux encore lorsque nous sommes en mesure de proposer des conjectures vraisemblables. La question de savoir quelle était la cause du secret dont s'enveloppaient certains cultes n'est susceptible non plus d'aucune réponse satisfaisante. On a tenté de l'expliquer par cette considération que la prospérité des états et la protection des dieux étaient attachées à l'observance de ces cultes et qu'on refusait de les divulguer, afin de se réserver le privilège des faveurs divines, sans que les étrangers ou les malveillants en pussent rien distraire. Assurément cette interprétation s'applique à plusieurs religions secrètes1 : On admettait volontiers que les dieux avaient jadis contracté une sorte d'alliance avec les hommes, leur avaient enseigné certaines coutumes et confié certains gages qui, conservés mystérieusement, devaient préserver les dépositaires de tout danger. Mais. outre que l'on pouvait toujours se demander à quoi tenait celle différence entre les divers cultes, on ne saurait expliquer parla que les mystères enfermés dans un cercle étroit d'adeptes ou du moins dont la connaissance était réservée aux seuls nationaux, non ceux auxquels pouvaient prendre part les étrangers, sous des 'conditions faciles à remplir. Parmi les derniers, les plus célèbres étaient les mystères d'Eleusis et de Samothrace. On rapporte, il est vrai, que les Eleusinies, qui étaient originairement une fête spéciale aux Athéniens, devinrent plus tard accessibles aux étran-
l. Cela était vrai en particulier pour le culte de Sosipolis, à Elis; voy. Pausanias, I. VI, c. 20, § ?>.
LES GRANDS MYSTÈRES i-">3
g-ers ; l'ancienne loi aurait donc été méconnue. Mais alors, pourquoi le secret eùl-il toujours été commandé avec la même rigueur? En tout cas, il n'y a nulle raison de croire que les mystères de Samothracc aient été dans le principe révélés aux seuls habitants de ce pays1. Si donc l'explication est valable pour plusieurs mystères, elle ne peut l'être universellement,et il faut chercher ailleurs. Pour quelques-uns, on peut supposer que le culte des divinités qui s'entouraient de ces voiles remontait à des temps où le pays était occupé par d'autres populations, que lorsque la contrée fut envahie par des races nouvelles, il rentra dans l'ombre et s'enveloppa peu à peu d'une obscurité religieuse2. IL est vraisemblable qu'il en fut ainsi en particulier pour les mystères d'Eleusis el de Samothrace. Enfin, on peut admettre qu'une religion empruntée à l'étranger, et par suite enfermée entre un petit nombre d'adhérents intéressés au secret, ait passé à l'étal de mystère3. Laquelle de ces raisons s'applique le mieux à tel ou tel culte, nous serions fort embarrassé de le dire. Même dans l'antiquité, les crovants ne s'en inquiétaient guère ; il leur suffisait de penser que les choses divines différaient en elles-mêmes et par la nature des divinités de qui elles émanaient, que les unes devaient être révélées ;i tout le momie ri d'autres à un certain nombre seulement d'initiés: ils ne se mettaient pas en peine de chercher le pourquoi. Les choses étaienl ainsi ; ils n'en demandaient pas davantage, et il l'aul bien que cela nous suffise.
^ I . — Les Êleusinies.
l*anni lous les mystères de l'antiquité, si nombreux qu'ils fussent, aucun n'obtinl plus de renom que les Eleusinies ;