‹ Antiquités grecquesChapitre 373 sur 567 · Polyen, Stratag., 1. III, c. 11, §2; Hésychius, s, v · texte numérisé non relu

Polyen, Stratag., 1. III, c. 11, §2; Hésychius, s, v

Généralement on choisissait l'endroit où la voie sacrée, conduisant à Eleusis, commence à côtoyer le rivage, non loin des Rheitoi, à un mille et demi d'Athènes1; mais on était libre de se se baigner ailleurs, au Pirée, par exemple2. Il paraît que, en dehors de ces ablutions, on avait, sinon le devoir, du moins l'habitude d'offrir des sacrifices de purification, où l'on immolait déjeunes porcs, purifiés eux-mêmes dans l'eau de la mer. Les jours suivants étaient remplis sans doute par divers exercices de piété, par des processions et des sacrifices dans les sanctuaires des dieux, héros de la fête; sur ce point les détails nous manquent. Comme il y avait aussi un Eleusinion à l'intérieur de la ville 3, on est autorisé à croire que ce monument était le point Central de la fête urbaine, à laquelle se rattachaient sans doute les Epidauries. C'était le jour des Épidauries que l'on admettait ceux qui étaient airivés trop tard pour prendre part aux cérémonies de rAgyrmos, coutume qui s'expliquait par cette légende qu'une fois Asclépios d'Épi daure ne se serait pas trouvé au rendez-vous de l'Agyrmos,et que l'on aurait en son honneur institué ce sursis*. Le vingt de Boédromion, les Mystai se rendaient solennellement en procession d'Athènes à Eleusis, pour y accomplir l'acte principal de la fêle'. La statue de Iakchos était tirée hors de son temple et conduite aux deux déesses, le long de la voie sacrée, par un prêtre ou par un auxiliaire nommé Iakehagogos, sous l'escorte de tous les Mystai, parés pour la circonstance et couronnés de myrte''. Il était permis aux profanes de suivre la foule.

1. Etymolog. Magn., p. 17'.), 19; Hésychiu?, s. v. ' l ';. to. .

2. Plutarque , Phocion, c. 28 ; scholiaste d'iEschine, -•. Ctësiphon, § 130.

3. Sur la situation de ce monument, voy. Leake, Topographie of Athens

t. I, p. II'.) cl, 296.

\. Philostrate, Vita Apollonii, 1. IV, <:. 18; Pausanias, I. 11. o. 26, s' T.

5. Une inscription de la période romaine, insérée dans le Philistor, t. II. p. 238, mentionne une procession fixée au 19 Boédromion, dans laquelle figuraient les éphèbes. La date du jour où l'on portait en triomphe statue d'Iakchos est donnée par le scholiaste d'AristQpbane, Hanse, v. 324.

G. Plutarque, Thémistocîe, <•.. 15, et Alcibiade, >■. ."i; Pollux, I. I, c.35; voy, aussi divers rapprochements laits par Sintenis et par Bœhr, à l'occasion du texte de Plutarque.

Wï2 w i n.'i 1 1 i.s Ri i.rr,n;i si:s

liicn qu'ils ne pusse'ril faire partie de la procesfcioYi ellemême Ce Jjotïr-là, plusieurs milliers de personnes encombraient la voie sacrée. Comme la distance était bien fte quatre lieues, lès gens aisés h Buftoul les femmes, si- faisaient

conduire en voilure mais ce lu.\(- fui interdit par nue loi de l'orateur Lycùrgxie, contemporain de Démosth'ènc2. Sur i ut le parcours existaient de nombreux sanctuaires; il eSI vraisemblal)lc que l'on faisait des stations à plusieurs d'entre eux et qu'on y accomplissait certaines cérémonies. Presque au sortir de la ville, on montrait l'endroit où Phytalus avait donné jadis l'hospitalité à Déméter, qui lui marqua sa reconnaissance en lui faisant présent du figuier-. Dans le même lieu se trouvait un temple de Déméter et de Cora, où éïaiéni honorées, conjointement avec ces deux déesses, Athèna et Poséidon, cl a peu de distance était le tombeau de Phytalus. On traversait ensuite le Céphise sur un pont-, ce passage était signalé par des plaisanteries échangées fort librement, car, quoique ces cérémonies eussent surtout un caractère sérieux, on ne se faisait pas faute d'y mêler quelques notes gaies. d'autant plus qu'on était à l'automne, et que les récoltes étaient rentrées. Près du pont, le cortège rencontrait un petit temple, consacré à Kyamitès, nom sous lequel il faut entendre Dionysos lui-même ou un héros dionysiaque. Bien que l'origine de cette appellation soit douteuse, elle éveille le souvenir des divinités éleusiniennes. En avançant, on voyait un autre temple, placé dans le principe sous l'invocation d'Apollon, mais où l'on avait ajouté depuis les images d'Athèna, de Déméter et de Cora, puis un autre élevé en l'honneur d'Aphrodite, après quoi l'on arrivait aux réservoirs salés, appelés 'Pv.-.oi, où commençait le territoire d'Eleusis. A partir de Là, le premier objet que l'on apercevait était le palais de Crocon, héros mvthique, désigné comme le gendre de Kéléos, et d'où était sortie la race sacerdotale des Croconides. Nous reviendrons plus loin sur le

1. Aristophane, Plutus, v. 1913 ; Pseudo-Piutarque, Vïtse dwem oratofum, c. 7.

2. Sur tous les sanctuaires qui bordaient la voie sacrée, voy. Pausanias, I. I, c. 37 et 38.

LES GRANDS MVSTÈRES 463

lien qui rattachait vraisemblablement lesOoconides aux mystères. Venait ensuite le tombeau d'Eumolpus. Tout près croissait un figuier sauvage, à côté duquel on montrait l'ouverture par laquelle Pluton avait jadis entraîné Perséphone dans les enfers. De ta, on arrivait à un temple de Triptolème. le favori de Déméteret son premier élève en agriculture, et à la source de Callichoros, où les femmes avaient, dit-on, pour la première fois formé des chœurs de danses et de chants en l'honneur de la Déesse. Le voyage se terminait enlin au champ Rharion qui, d'après la légende, avait reçu avant tous les autres des semences de céréales. Aussi choisissait-on l'orge qu'il produisait pour la répandre sur la tète des victimes et en composer les gâteaux des sacrifices. C'est là que se trouvaient l'aire de Triptolème et un autel dédié à ce héros.

Pour peu que le cortège s'arrêtât à chacun de ces sanctuaires ou seulement aux principaux, pour accomplir quelque acte religieux, comme ont coutume de faire nos processions aux reposoirs, le trajet, bien que la distance ne fût que de deux milles, pouvait bien prendre toute la journée, et les initiés, même en partant de bonne heure, ne devaient être rendus à Eleusis que très avant dans la soirée. Une fois à destination, la première cérémonie consistait à porter la statue de JaUchos dans le temple, à côté des deux divinités éleusiniennes. Les Perses avaient incendié, durant la seconde guerre médique, l'ancien édifice, bâti, suivant la légende '. par Kéléos, d'après l'ordre de Déméter, sur la hauteur qui dominait la source Calliehoros ; il fut remplacé, sous l'administration de Périclès, par un autre nommé Télestérion, dans lequel s'accomplissaient la plupart des actes qui, à proprement parler, pouvaient être qualifiés de mystiques, sinon tous. Le péribolos du Télestérion formait un pentagone irrégulier, long de trois cent quatre-vingt-sept pieds et large de trois cent vingt-huit ; il était lui-même entouré d'une double enceinte de murs8*

Nous sommes dans l'impossibilité absolue de retracer en

t. Hymne </ Déméter, v. 370. Il existait naturellement diverses traditions; voy. Krusc, Hellas, t. II, 1, p. 101.

2. Voy. Sainte-Croix. Recherches sur 1rs Mystères du Paganisme, 1*1 7> t. I, p. 134.

164 \n i [QUITÉS BEL1GIE1 SES

détail les cérémonies « I < ■ s jours suivants. Tout ce «j u <* nous apprennent 1rs témoignages anciens, c'esl qu'elles liaient de nature très diverse et pratiquées, tantôl avec une gaieté forl libre, tantôl avec un recueillement religieux, les unes en pleine campagne et dans Je voisinage du temple, les autres dans le péribolos et à l'intérieur du Télestérion. Celles-ci seules avaient, à proprement parler, le caractère mystique, et on n'y admettait que les adeptes ayant le titre d'Epoptai ou de Voyants, parce que seuls ils avaient droit de contempler les sanctuaires mystérieux et les actes qui s'y accomplissaient. Il est difficile de croire qu'il fût interdit aux profanes d'assister, du moins comme témoins, aux autres fêtes; la seule chose qu'ils ne pouvaient faire était d'y prendre une part active. C'était là le privilège des Mystai, qui se distinguaient des profanes, non seulement par les branches de myrte dont ils étaient couronnés, mais aussi par des fds, peut-être bien couleur de safran, enroulés autour du bras droit et du pied gauche l. Ces fils étaient appelés xp&cat, d'où l'on peut conclure sûrement qu'ils avaient emprunté leur nom au héros Crocon, et ce qui autorise aussi à supposer que le soin de les attacher (-/.poxouv) était dévolu aux Croconides, opération qui sans doute leur valait une rémunération. Dans Euripide2, le chœur dit qu'il a honte pour Iakchos, le dieu célébré par des hymnes sacrés, de ce que, près de la fontaine Callichoros, un jeune inconnu, Ion, voit briller le flambeau des Icades 3, tandis que le ciel étoile, la lune et les Néréides se livrent à des danses, pour honorer la déesse qui porte une couronne d'or et sa mère Déméter, objets de la vénération des mortels. Chez Aristophane4, un chœur d'initiés adresse, en dansant, cette invocation àlakchos : « lakchos, toi qu'on adore dans ce temple5, viens parmi les sectateurs

i. Lexicon Seguerianurri, p. 273, 25; Photius, s. v. xpoxoOv.

Page 1