Aristophane, Pax, v
4. Les principauxté ignages se trouvent dans Pindare, Fragm. Threnica,
8, dans un fragment de Sophocle conservé par Plutarque, de audiendis Poetis, c. 4, dans le Panégyrique d'Isocrate, c. 6, § 28, dans Qiodore, I. V, c. 48, et dans Cicéron, de Legibus, I. II, c. li : voy. aussi Lobeck, Aglaophamus, p. 51-64, 69 et suiv.
170 ANTImI II l.s Itl.l H.III Sl.S
qu'à l'expliquer. Il es! incontestable que Démêler, IVrséphone
el lakcllos, ci) l'honneur de qui étaient célébrés le- lu \ gfèrefl . étaient des divinités complexes, dont la [ni iss.inco se manifestait de diverses manières. Elles !•<•- n.i i c 1 1 1 a la fois sur le inonde d'eu liant et sur celui d'en bas. Des profondeurs de la l'ire, elles eu voyaient une plénitude de vie qu'elles ramenaient à elles, pour la dispenser de nouveau. Les ré-ions inférieureétaient devenues le séjour de la vie, aussi bien que le séjour de laniorl; les dieux qui les gouvernaient s'intéressaient non à la mort, mais à la vie. Comme dans les phénomènes de la nature auxquels ils président directement, la vie renaît de la mort, comme d'après les légendes sacrées, eux-mêmes, bien que frappés dans leur existence, sont éternellement vivants, ils ne peuvent permettre à la mort d'anéantir la vie humaine, et conservent la vie dans le royaume souterrain avec autant de sollicitude qu'ils en ont mis à la soigner et à l'entretenir sur la terre. L'homme ravi par la mort ne fait que passer d'une vie à l'autre, et celte nouvelle existence, malgré le changement de formes qu'elle entraîne, contient plus de vérité que la première. Si d'ailleurs d'autres dieux obtenaient des hommages, en raison des bienfaits particuliers que l'on était en droit d'en attendre, ou si l'on se croyait tenu vis-à-vis d'eux à des obligations spéciales, les divinités chthoniennes des mystères étaient mêlées plus intimement encore et d une façon plus générale à l'ensemble de la vie humaine; d'elles surtout dépendait la perte ou le salut; elles étaient les dispensait ices universelles des grâces et les juges que l'on devait le plus craindre d'irriter, puisqu'on se trouvait en leur puissance en deçà et au delà du tombeau. Que cette puissance divine, qui embrassait tout ce qui existe, sans négliger la vie terrestre, ne fût nulle part rendue aussi présente à l'esprit de l'homme que dans le culte des divinités chthoniennes et singulièrement dans les mystères d'Eleusis, cela est certain. En l'absence d'un enseignement dogmatique, qui n'existait pas plus là qu'ailleurs, les purifications et les consécrations rappelaient à l'obligation de la pureté morale, en même temps que les chants, les prières et les représentations des légendes sacrées faisaient naître la confiance que tout n'était pas fini en ce
monde, que chacun était puni ou récompensé selon ses mérites. A la vérité, comme l'instruction religieuse ne se communiquait guère qu'à l'aide d'images symboliques, les idées que ces emblèmes éveillaient dans les esprits dépendaient surtout des sentiments personnels, et l'influence religieuse ou morale dont on faisait honneur aux mystères témoignait plutôt des dispositions favorables que chacun apportait de chez soi que des effets réellement produits sur la foule des adeptes. Pour le grand nombre, les mystères étaient une source de grâces, comme le sont les sacrements dans l'Église chrétienne. On croyait, par l'observance de formalités extérieures, se créer un titre à la bienveillance divine et se l'assurer d'une manière durable par l'initiation, sans avoir à s'inquiéter de l'état intérieur. Cela explique pourquoi beaucoup de gens, qui n'étaient pas des esprits forts et des libertins comme Alcibiade et ses compagnons de plaisir, mais des hommes pieux, se montraient indifférents ou mêmes hostiles aux mystères1. Ils ne pouvaient rien en attendre que ce qu'ils trouvaient en eux-mêmes ; ils voyaient que ces cérémonies ne produisaient, au moins sur le grand nombre, aucun effet sensible, et que les adeptes se distinguaient des autres par une confiance déraisonnable dans la vertu de l'initiation, non par une conscience plus sévère. Les emblèmes que l'on offrait aux regards, les mythes que l'on interprétait ou que l'on représentait ne répondaient pas assez aux idées religieuses dont ils étaient censés être le voile. Les images étaient trop grossières, les scènes trop bouffonnes pour que la multitude De s'attachât pas plutôt cà l'apparence extérieure qu'au germe idéal qu'elles recouvraient. Même parmi les hommes réfléchis, il y en avait pour qui les expositions et les représentations mystiques étaient moins l'expression sensible des idées religieuses que l'histoire d'hommes divinisés, embellie et altérée par les légendes fabuleuses, à ce point qu'elles se prêtaient aussi à l'interprétation évbémérique, ainsi que le prouvent le témoi-
i. Lucien, Vita DemonactU, c. Il; Diogène Laeite.l. VI, §39; voy. aussi Wyltenbach, dans ses noies sur le de UUdtindti) Potti» d$ l MdUirque ^t. I, p. 101, Lipsiœ). Touchant le seirtimeut < te l'hitmi, voy. Ileniianu, Qffoh. und System, du- Platon. Philos., p. 302.
M'2 \n i IQl 1 1 ES REMGII i SES
gnage de Cicéron1 el plus clairemenl encore divers passages des apologistes chrétiens.
Il n'est pas douteux que les mystères d'Eleusis n'aient subi avec le temps les changements auxquels sont soumis imites les institutions humaines. Au cycle mythologique qui avail été jadis exposé aux initiés, sans le secours d'aucun artifice, se mêlèrent peu à peu de nouveaux éléments, empruntés à la théogonie orphique2. C'est ainsi que Iakchos fut admis dans la société des divinités éleusiniennes. Sa naissance, ses faits et gestes, sa mort et sa résurrection fournirent matière à des chants et à des représentations. Ces changements remontent au temps où Onomacrite et ses adhérents avaient perfectionné et popularisé la doctrine mystique, non sans porter atteinte au sacerdoce d'Eleusis. Bientôt aussi les représentations imitatives des légendes sacrées revêtirent une forme plus artistique ; le progrès de la mise en scène et du mécanisme, qui ajouta tant à l'éclat du théâtre athénien, ne fut pas perdu non plus pour la célébration des mystères d'Eleusis 3. Enfin, à mesure que les Mystai et les Epoptai, plus éclairés et plus religieux, sentirent le besoin de relever le sens des mystères, les prêtres , parmi lesquels existaient aussi des hommes éclairés et religieux, durent nécessairement s'efforcer de donner à leurs opytat, aux discours et aux chants qui s'y faisaient entendre, aux actes que l'on y accomplissait, une forme qui les rendit susceptibles de conceptions et d'interprétations plus profondes \ Ce sont là des conjectures qui, sans être confirmées par des témoignages positifs, portent en elles-mêmes le caractère de la vérité. Sans doute dans la période classique,
1. On lit dans les Tusculanes(\. I, c. 13) : « Quatre quorum demonstrantur sepulcra in Gracia; reminiscere, quoniam es initiatus, qua? traduntur in mysteriis. » Il n'est pas douteux que ce passage ne se réfère aux mystères d'Eleusis.
2. Voyez Preller, Demeter und Perseph., p. 138, et Eleusiniu, p. 92.
3. Athénée rapporte (1. I, c. 39, p. 22) que les prêtres d'Eleusis avaient pris pour modèle !e costume tragique introduit par /Eschyle. On peut supposer, d'après cela, qu'ils faisaient aussi servir aux mystères les machines, les décors et autres accessoires usités sur la scène.
4. L'opinion de Lobeck a été combattue, mais non réfutée par plusieurs critiques, entre autres par \iY cker( Nene Jahrbùcher fur PhUol.und Psedag., t. IX, p. 31).
LES GRANDS MYSTÈRES ïl'.\
et en général dans tout le laps de temps qui précéda l'introduction du christianisme, il n'y a pas trace d'explications instructives et d'allégories développées devant les assemblées des Mystai et des Époptai. C'est ce que les recherches de Lobeck démontrent clairement pour tout esprit non prévenu ; mais plus tard, lorsque le paganisme livra sa dernière bataille contre la religion nouvelle, et que des traités religieux furent introduits dans les écoles et dans les temples, ainsi qu'on l'a vu plus haut ', il est présumable que les mystères fournirent la matière d'ouvrages analogues, et que ces ouvrages n'étaient autre que le développement des allégories , approprié à l'état de la philosophie religieuse et au mode d'interprétation qui en était la conséquence pour la masse des initiés. L'exégèse devait se borner, pour le commun des fidèles, à de simples indications, destinées à rappeler qu'il y avait un sens caché au fond des mystères, et que le l'intelligence en était réservée à un petit nombre d'élus 2.
La célébration des mystères se terminait par l'accomplissement d'un rite symbolique. On remplissait deux vases d'argile déforme arrondie (-Ir^.oyix'.), et on les vidait, en les tournant l'un vers l'orient, l'autre vers le couchant, avec accompagnement de formules mystiques 3. Nous ne savons ni de quel liquide on se servait ni quelles paroles on prononçait ; le champ est donc ouvert aux conjectures, sur le détail aussi bien que sur le sens symbolique de ces cérémonies*.
Après que les initiés étaient rentrés dans la ville, où probablement ils retournaient aussi en procession, l'Archonte-roi demandait aux Prytanôs un rapport sur les fêtes. Les Prytanes rassemblaient le lendemain le Conseil des cinq cents, dans