Plutarque, de Iside etOsiride, c
2. Métamorphoses, l, XI, c. 16 ; d'après ce passage, les religiosi sont, par opposition avec les profani, ceux qui venerandis penetralibus pridem fuerant initiait. Le récit suivant est également extrait d'Apulée.
LKS GRANDS MYSTÈRES 4-83
détails matériels d'un intérêt médiocre : « Les cérémonies achevées, je m'avançai couvert de douze robes sacerdotales (stolae) , et l'on me fit gravir une estrade dressée devant la statue de la déesse. Sur mon vêtement de lin étaient peintes des fleurs ; de mes épaules descendait derrière moi jusqu'aux talons une chlamyde précieuse, sur laquelle étaient figurés des animaux de diverses couleurs, dragons de l'Inde et griffons hvperboréens ; les prêtres donnent à ce vêtement le nom d'oh/mpiaca stola. Je portais de la main droite une torche enflammée ; ma tête était couronnée de palmes qui rayonnaient tout autour. Un rideau tomba subitement et je me trouvai exposé aux regards de la foule assemblée. Je fêtai ensuite mon initiation par un banquet, et le troisième jour les mêmes cérémonies se renouvelèrent, terminées également par un repas religieux. » Si à la suite de ce récit d'Apulée, on se demande en quoi consistaient proprement les mystères d'Isis, on doit reconnaître qu'au fond ils ressemblaient beaucoup à ceux d'Eleusis. Toute la différence consiste en ce qu'aux noms de Déméter, de Perséphone et de Iakchos sont substitués ceux d'Isis, d'Osiris et d'autres divinités égyptiennes, soit que ces divinités aient été identifiées d'une manière plus ou moins complète avec les grecques, soit que l'on ait reconnu en elles une expression plus vraie et plus caractéristique des idées que personnifiaient les unes et les autres. Isis surtout était pour ses adorateurs la déesse qui embrasse toutes choses, à laquelle sont soumis le ciel, la terre et les enfers, qui commande à la vie et à la mort; d'elle dépendenl les destinées humaines ; c'est elle qui récompense et punit les hommes selon leurs mérites. Ceux qui s'étaien t voués à son servi ce el sciaient fait admettre dans la société secrète de ses Myslai, étaient tenus d'observer pour leur vêtement el pour leur régime des règles ascétiques. L'affiliation, telle qu'elle vienl d'être décrite, ne pouvait évidemment être octroyée à un grand nombre. Ceux-là seuls y pouvaient prétendre, que la Déesse avait choisis, en envoyant un song-e aux néophytes el aux piètres; il fallait en outre avoir les moyens de subvenir aux frais de la cérémonie , qui étaient assez considérables pour entrer en ligne de compte. Aussi les inities étaient-ils admis
48i ANTIQUITÉS RELIGIEUSES
non par centaines comme dans les Éleusinies, mais isolément,
comme cola se passait pour les Orphéotélestes, <l ont il a été parlé plus haut. Il yavail cependant cette différence que, dans les mystères des Orphéotélestes, les dépenses étaient mises a la portée des classes inférieures, auxquelles il s'adressaient
de préférence Les Mystères orphiques avaient eux-mêmes, dans le principe, un caractère plus exclusif et plus élevé et n'étaient tombés que peu à peu dans l'état d'abjection où nous les avons vus. Même dans le culte d'Isis, il y avait, à côté des affiliations auxquelles ne pouvaient aspirer qu'un petit nombre d'élus, des cérémonies accommodées à toutes les fortunes. Les prêtres faisaient des tournées comme les Orphéotélestes et les Motragyrtes , et offraient à prix réduit les consécrations, les purifications et ce qui s'ensuit, à savoir les bénédictions et les indulgences. D'un ordre plus élevé, les mystères d'Isis , auxquels se rattachaient ceux d'Osiris et de Sérapis1, étaient recherchés aussi par des hommes d'un esprit cultivé qui, ne trouvant pas dans les cultes traditionnels, dépouillés peu à peu de leur sens profond par la poésie et l'art anthropomorphiques, la satisfaction de leurs aspirations religieuses, cherchaient des formes plus intellectuelles et des images plus propres à représenter l'essence divine dans son unité et sa diversité 2. Les mystères étaient la dernière ressource du paganisme aux abois, le dernier refuge où il pût tenter de se défendre contre le christianisme^triomphant.
1. Apulée, Métam., 1. XI, c. 26 et 27. Le fait d'avoir fait venir de Thespies un prêtre de Mithra (voy. plus haut, p. 475), prouve que !e culte de cette divinité avait aussi trouvé accès en Grèce. Sur la façon dont il se répandit dans d'autres parties de l'empire romain, voy. Preller, Rœm. Mythol., p. 759.
2. Outre les mystères que nous avons mentionnés, il y en avait d'autres moins célèbres, dont le nombre ne fit qu'augmenter avec le temps. Apulée (Apol. s. de Magia, c. 55) se vante de. s'être fait initier à la plupart des cultes secrets de la Grèce : « Sacrorum pleraque initia in Graecia participavi, » et presque aussitôt après : « Multi juga sacra et plurimos ritus et varias cerimonias studio veri et officio erga deos didici ». Une inscription de Lemnos, publiée par Conze (Rapporta, etc., p. 96) prouve qu'il existait des mystères d'Hermès, et Varron, cité par Nonius (p. 409, éd. Jos. Mercier) mentionne des myslagogues de Zeus, à Olympie, et de Minerve à Athènes. Dès le temps de Théophraste (Charakt., c. 25), le fait de n'être initié à aucun mystère était un indice de sentiments irréligieux.