Voy. 0. Muller, Orchom., p
leur était permis aussi de consacrer leur portrait dans le sanctuaire de la déesse1.
L'union de Zeus et de Héra était représentée sous une forme très originale, dans la fête béotienne des Dédalies ou des Statues de bois, qui se célébrait aux environs de Platée. On racontait à ce sujet la légende suivante 2 : Héra boudait un jour contre Zeus et s'était refusée à ses embrassements ; il imagina une ruse pour la ramener. Le bruit se répandit qu'il avait le dessein d'épouser une autre femme. Une statue taillée dans un tronc de chêne et habillée en mariée fut placée sur un char et conduite sous une nombreuse escorte, avec accompagnement de chants d'hyménée, jusqu'au Cythéron, où Héra était allée cacher sa mauvaise humeur. Ne pouvant contenir sa jalousie, la Déesse s'élança sur sa rivale prétendue, déchira ses vêtements et trouva une statue de bois; la colère tourna en rire. Héra, réconciliée avec Zeus, monta dans la voiture de noces, et institua en souvenir la fête où cette histoire devait être représentée. A la légende qui explique l'origine des cérémonies, nous pouvons ajouter les détails suivants : dans les temps historiques, la fête n'était plus annuelle ; elle n'avait lieu que de sept en sept ans et n'était célébrée que par les Platéens ; c'étaient alors les petites Dédalies ; mais quand revenait la soixantième année, elle reparaissait sous le nom de grandes Dédalies, et toute la confédération béotienne y prônai1 part. Il est probable que cette combinaison reposait sur l'addition d'une période intercalai]»' dont le calcul nous échappe, » <■ qui est d'autant moins surprenant que l'historien auquel nous devons les renseignements concernant les grandes Dédalies, avoue lui-même ne pas s'en rendit- compte3. Dans les petites Dédalies, on partait de Platée, pour se rendre à une forêt de chênes, située près d'Alalcomène, où l'ondéposail des morceaux de viande cuite sur lesquels s'abattaient des nuées de corbeau \ On observait sur quel arbre allait se poser le premier corbeau qui s'était saisi de sa proie. Du bois de cel arbre, on façonnail
i. Pausanias, 1. V, c. 16, S 2 et 3.
2. D'après Plutarque, cité par Eusèbe Pwepar, evang., I. III. c. I, $ 10.
et o, 2, § 1) ; cf. Pausanias, I. IX, e. 3, §1 et 2.
3. Voy. des conjectures à ce sujet dans O. Muller, Orchom., p. 217 (222).
bOO ANTIQUITÉS RELIGIEUSES
le h.'-. laie, c'est-à-dire la statue qui devait servir pour la circonstance. Dans les grandes Dédalies, quatorze statues, exécutées suivani le même procédé a l'occasion des fêtes qui avaient rempli l'intervalle, étaient amenées sur les lieux e1 distribuées an sort entre 1rs villes fédérées. Les autres cérémonies étaient, dans leurs parties essentielles, communes aux grandes et aux petites Dédalies. Les statues étaient baigné. -s dans t'Asopos, habillées, placées sur un char et conduites avec la pompe habituelle des noces sur le Cithéron. Au faîte de cette montagne existait un autel, formé de pièces de bois carrées, recouvertes de broussailles ; on y sacrifiait uue vache à Héra, un taureau à Zeus, et on brûlait les débris des victimes ainsi que les statues.
Dans l'île de Samos, qui se vantait non seulement d'avoir donné naissance à liera, mais d'avoir été témoin de son union avec Zeus, cet hymen était célébré à la fête de la Déesse, conformément à tous les usages des mariages humains, qui ne semblaient d'ailleurs avoir été adoptés qu'à l'imitation de ces noces célestes K La fête connue sous le nom de Toneia se rattachait-elle aux Herœa, ou avait-elle une existence indépendante : c'est ce qu'on ne voit pas clairement; la seconde hypothèse est toutefois la plus vraisemblable 2. Une légende peut encore ici nous aider à nous faire une idée approximative des cérémonies dont cette solennité se composait !. On racontait qu'elle avait été instituée en souvenir des efforts tentés par des pirates de Tyrrhénie pour enlever la statue de la Déesse. Ils remportèrent, en effet, jusqu'au vaisseau qui les avait amenés; mais lorsqu'ils levèrent l'ancre, le bâtiment resta immobile. Frappés de terreur, les pirates déposèrent la statue à terre, lui offrirent des gâteaux de sacrifice et mirent àla voile. Dans l'intervalle, les habitants, sur la nouvelle que la statue avait déserté son temple, s'étaient mis à sa recherche ; ils la trouvèrent sur le rivage, et persuadés qu'elle s'y était