Clément d'Alexandrie, Prutrept., c
CULTES OFFICIELS El SOLENNITÉS RELIGIEUSES 1)07
sous la ligure d'un jeune homme, amant (l'Aphrodite, blessé;! mort par un sanglier, emblème des puissances hivernales. Aphrodite est inconsolable de sa perte, mais les dieux promettent que l'empire des morts lâchera sa proie. L'ancienne mythologie grecque, bien qu'Aphrodite lui soit connue, ne fail pas mention d'Adonis ; son nom apparaît pour la première fois dans un poème attribué à Hésiode et dans des vers de Sappho '. Il est possible cependant que l'amant d'Aphrodite ait trouve place dans des cultes locaux, mais sous un autre nom. Eu Laconie, où la religion de cette déesse fut introduite de bonne heure, grâce au voisinage de l'ile de Cvthère, son amant aurait eu nom Kiris. Il est vrai que le passage sur lequel s'appuie cette conjecture est très vraisemblablement corrompu-; le nom de Kiris semble plutôt avoir une origine cypriote. — Dans l'Attique, il n'y a point trace d'une fête d'Adonis avant la guerre du Péloponèse; encore est-il facile de voir que cette fête n'avait point un caractère public ; elle était célébrée par des âmes pieuses, en particulier par des femmes, agissant de leur propre mouvement ; l'État se bornait à la tolérer'. Il ne paraît pas en avoir été autrement à Argos. .1 Samos, ni à Rhodes4. La solennité commençait par des gémissements sur la mort d'Adonis. On portait en procession des statues représentant le Dieu et des caisses ou des pots, dans lesquels on avait semé des laitues, du fenouil avec d'autres plantes, et que l'on appelait les jardins d'Adonis; ces jardins étaient ensuite jetés dans des fontaines. A la tristesse succédaient des témoignages de joie ; on l'était la résurrection et le retour d'Adonis '. Ces quelques traits suffisent à marquer le caractère des Adonies6. Dans les villes grecques de l'Asie,
1. Apollodore, I. 111, e. 14, ,i t; Pausanias, I- IX c, 29, §8; Sappho, lïagm. ''13, p. 306, dans le Delectus <]<■ Schneidewin.
2. Cela résulte à peu près certainement de la comparaison entre un pa: sage d'Hésychius, s. v. et l'Etymol. magn., p. 515, 12.
3. Aristophane^ Lysistrata, V. 389; Plutarque, Nicias, c. 13, el Alcibi c. 18.
1. Pausanias, I. Il, c, 20, §6; Athénée, I. X. c. 7i, p. 151. .">. Voy. Meursius, Grsecia feriata, s. v. 'A8wvi«. 6. C. F. rlermann établit, dans son édition du ChariklOs de Becki i t. |, i>. :'><H), que les fêtes tombaient, citez les Athéniens, au printemps.
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où ce culte étail indigène, H à Alexandrie, où il fui adopté siiiis les Ptoléméea, 1rs frics étaient aaturellemenl plus brillantes el les cérémonies plus variées. Notre plan ne nous pei mel pas de nous étendre davantage sur cette question.
Dans la mythologie poétique, la maîtresse d'Adonis étail aussi la mère d'Eros, bien qu'Éros soil souvenl représenté comme plus ancien etmême comme le plus ancien des dieux, puisqu'on lui devrait le développcneiil ensmogoniqne de-, éléments, leur forme et leur liaison. Il était adoré en Àttique el avait des autels dans plusieurs gymnases, en particulier dans l'Académie, où allumaienl leurs torches les Éphèbes qui, dans les Panathénées, prenaienl part aux himpadophories. Aucune fêle toutefois, autant que nous pouvons le savoir, n'était célébrée en son honneur ni dans PAttique ni en aucune autre partie de la Grèce l, si ce n'est dans la ville béotienne de Thespies, où il était, depuis la plus haute antiquité, le Dieu par excellence. L'image ou plutôt le symbole qui le représentait était une pierre brute. Sa fête, appelée Erotia ou Erotidia, revenait tous les cinq ans ; on y déployait une grande pompe, et les prix que l'on s'y disputait l'ont fait comparer aux jeux Olympiques, aux Panathénées et autres grandes solennités de la Grèce. Comme il est constaté qu'Éros était la divinité principale chez les Parianiens établis sur les bords de l'Hellespont, aussi bien qu'à Thespies, on peut en conclure que là aussi on célébrait des Erotidies. Dans ces deux contrées, Eros était incontestablement adoré comme le dieu qui préside à l'union des sexes et au phénomène de la génération ■ ; chez les Athéniens au contraire, et dans quelques autres Etats, son culte avait surtout un caractère éthique; on adorait en lui la puissance qui rapprochait les âmes des hommes faits et des adolescents dans l'amitié et dans l'amour. Aussi les Spartiates et les Cretois lui offraientils des sacrifices, au moment de livrer bataille. Les Samiens lui avaient consacré un gymnase et avaient institué des Eleuthéria, dans lesquelles ils sacrifiaient à Eros comme au dieu qui enflammait le courage des hommes et des jeunes gens, et
i. Voy. Schœmann, Opusc. (tend., t. II, p. 87, n. 53. 2. Voy. Schœmann, ibid., p. 83.
leur inspirait la force de demeurer inébranlables dans le combat pour l'honneur et pour la liberté '.
Les Charités, que la mythologie poétique associe volontiers à Aphrodite, étaient assurément l'objet d'un culte à Athènes ; mais nous ne savons rien des fêtes qui leur étaient consacrées. Pausanias parle, sans indiquer leurs noms, de trois Charités, dont les statues étaient placées à l'entrée de l'Acropole, et auxquelles était rendu un culte mystique2. Les inscriptions signalent un prêtre des Charités et d'Artémis Epipyrgidia, «'t un autre du Démos et des Charités. Pausanias mentionne un sanctuaire du Démos et des Charités''. On donnait aussi le nom de Charités aux deux déesses Auxo et Hégémone qui se trouvaient comprises, avec Thallo, l'une des Heures, dans le serment prononcé parles Éphèbes, lorsqu'ils atteignaient l'Age de porter les armes '" . Cette association semble indiquer des divinités d'où procède, dans la nature, l'ordre et l'accroissement, et en effet les Charités sont invoquées ailleurs, bien que sous d'autres noms:;, comme des divinités de la nature chargées de dispenser les joies el les bienfaits. C'est seulement dans l'Orchomène de Béolie que l'on peut attester sûrement l'existence d'une fête en l'honneur des Charités: leur culte, suivant la légende, avait été institué dès la plus haute antiquité par le fabuleux Etéocle. Trois aérolithes étaient vénères dans le sanctuaire comme les emblèmes des Déesses1 : tout ce que nous savons de leur fête, désignée sous le nom de Charitésia, c'est qu'elle était l'occasion de divers concours artistiques 7. Athènes n'était pas non plus étrangère au culte des Muses8;