LISTER ET SON ŒUVRE
Ses réunions par première intention étaient pain quotidien ; l'ouverture des articulations, qu'on redoutait si fort, se comportait comme la plus simple des interventions, et les fractures compliquées échappaient enfin à l'amputation 1
Malgré tout, on résistait, et ia nouvelle méthode resta longtemps lettre morte.
On alla même jusqu'à flétrir son auteur, le traitant sans examen de rêveur et de charlatan.
Mais la vérité entrevue devait rayonner malgré tout, et la logique du fait vaincre les résistances.
La voix partie de Glasgow invitait tous les curieux de la chirurgie à venir contrôler les résultats annoncés.
Quelques-uns répondant â l'appel se rendirent en Ecosse. Charmés par l'accueil du maître, ils furent bientôt gagnés par ses démonstrations écrasantes, et, pèlerins sceptiques hier encore, ils revinrent chez eux convaincus, annoncer la bonne nouvelle.
Mais ce qu'ils racontèrent semblait trop merveilleux pour être vrai.
A beau mentir qui vient de loin, avait-on l'air de leur dire.
Enthousiasme passager, coïncidences favorables ou faits mal observés... tels étaient les arguments qu'on opposait à leurs affirmations.
Il fallut à ceux qui prêchèrent alors la croisade antiseptique, une Foi robuste pour résister aux assauts d'ironie dont ils furent l'objet.
Lucas Championnière écrivit son livre, véritable guide du chirurgien antiseptique. Il prit, on peut le dire, par la main ceux qui voulurent le suivre, et sut les conduire au port.
Bientôt toute une jeune école se saisit de la méthode de Lister et la répandit autour d'elle. Cette courageuse phalange gagna peu à peu du terrain, et ramena rapidement la chirurgie française au rang élevé qu'elle occupe aujourd'hui.
Rôle de l'air (S™ aï). et germas nuisibles.
Tuberculose. — Diphti
llùlo de l'eau. — Germes înoifensifs
- Gangrène gazeuse. — Tétanos. —
■ie. — La suppuration. — Action des
Accoutumance de l'organisme.
— Alléiiuation. — Le laboratoire el la clinique. — Défense .
de l'organisme vivant. — Lutte contre l'infection.
Si j'ai jugé utile de rappeler les travaux des savants du siècle passé pour accorder ensuite une place spéciale à Pasteur et à Lister, c'est qu'il m'a paru intéressant et équitable de mettre en relief les véritables créateurs de l'antisepsie et de l'asepsie dont nous apprécions aujourd'hui les bienfaits.
Maintenant que nous savons en qui placer notre reconnaissance, voyons quelle idée nous sommes arrivés à nous faire de l'infection.
Après avoir, sinon épuisé le sujet, du moins effleur4 les points qui confinent plus spécialement à la chirurgie, nous étudierons les moyens dont nous disposons pour mettre nos opérés à l'abri des accidents qui les décimaient jadis.
Alphonse (iaérin attribuait surtout ces accidents, qui venaient trop souvent troubler la réparation des pluies,
aux corpuscules vivants que contient l'air et qui souillent leur surface.
Cette opinion le poussa à s'adresser à un agent de filtration de l'air, capable de neutraliser ces principes sep tiques.
Le coton ayant déjà fait ses preuves à cet égard, ce fut lui qu'il choisit.
L'expérience réussit et les résultats s'améliorèrent rapidemement. J'en dirai les raisons à l'article Pansements, mais nous verrons aussi que les succès obtenus ne dépendent pas seulement de l'action filtrante du coton, mais encore de la salutaire influence que ce produit exerce sur les plaies en constituant un excellent moyen d'immobilisation, décompression et de soutien, lorsqu'il est maintenu par un bandage exactement appliqué.
Lister était aussi très préoccupé de l'influence de l'air comme véhicule des germes.
Nous le voyons prudemment opérer sous une compresse, qu'il soulève à peine pendant le temps nécessaire au passage du bistouri, et dont il recouvre vivement la plaie dès qu'elle est ouverte.
Dans l'application de ses pansements, même souci de préservation des tissus malades contre les atteintes des ferments qui pourraient tomber à leur surface. 11 multiplie les couches de gaze, les recouvre d'un mac-intosch et, dès qu'une humidité venue de la plaie se fait jour à la surface du pansement, il la désinfecte par des applications antiseptiques et l'entoure de nouvelles couches de tissus secs et protecteurs.
Faisant plus encore, c'est, comme je l'ai dit, dans l'air lui-môme qu'il poursuit l'ennemi et s'efforce de le pulvériser !
Nous avons vu penditul qnnli [ii c^ années fonctionner cette artillerie bruinée contre l'atmosphère dans le bu! de détruire ses hùtes septiques. Peu a peu cependant des expériences de contrôle vinrent infirmer des conclusions trop hâtivement prises, et prouver que l'action lu spray était moins efficace en pratique qu'en théorie.
On bouleversa même de fond en comble les idées du matlre, en prouvant que le meilleur moyen de faire tomber des germes sur les pluies, c'est précisément de les alourdir par des gouttelettes aqueuses qui les précipitent vers les parties inférieures.
Si encore les projectiles, plus ou inoins phéniqués qu'on leur décoche, avaient assez de puissance pour tuer, au vol pour ainsi dire, les germes qu'ils atteignent on pourrait conserver quelque espoir en leur efficacité; mais il n'en est rien! Les germes tombent uniquement en raison de la surcharge de poids dont ils sont affligés, mais non point parce qu'ils sont mortellement frappés par l'antiseptique. Ils tombent sur les plaies, vivants et septiques s'ils l'étaient, et les infectent peutêtre.
La pulvérisation, telle qu'elle fut comprise à l'origine, est donc moins qu'une sauvegarde, elle est un danger d'autant plus réel qu'elle donne une apparente sécurité.
(irace à ces constatations enregistrées par plusieurs expérimentateurs, la pulvérisation fut peu à peu abandonnée au cours de l'opération.
Mais puisque nous avons reconnu tout à l'heure sou action mécanique sur les poussières, il est parfaitement logique de l'utiliser encore dans certaines circonstances, afin d'assainir l'air de la salle d'opérations et de précipiter sur le sol les germes qui voltigent.
pour que nous puissions nous rassurer quelque peu relativement au danger que présente l'air.
On trouve d'ailleurs, même dans les milieux très insalubres en apparence, fort peu d'agents d'infection des plaies; on y rencontre en revanche de nombreux germes tout à fait insignifiants, et dont la présence ne trouble nullement la bonne marche de la réparation des tissus. Les données exactes que nous possédons ne nous permettent donc pas- de considérer le contact de l'air comme aussi redoutable que le jugeaient nos prédécesseurs, et nous engagent à chercher ailleurs les véritables causes d'infection.
Après ce que nous avons dit de l'air atmosphérique, il nous reste à voir ce qu'on doit penser de l'air expiré par le malade et le chirurgien, au point de vue de l'infection des plaies et de la transmission des maladies.
Gomme chirurgien et malades respirent forcément et constamment le môme air. il est fort intéressant pour tous de savoir quelle action ces produits de l'expiration peuvent exercer sur leurs organismes respectifs.
A priori, en ne faisant juge de la question que nos facultés olfactives, nous serions très enclins à admettre que l'impureté de certaines haleines et leur pouvoir infectieux ne font qu'un.
Cette fâcheuse impression, qui n'est dictée que par le dégoût que provoque toute mauvaise odeur, n'a rien de scientifique et doit disparaître devant les faits. Des expériences nombreuses sont venues décerner un laissez passer absolu aux haleines les plus déplorables, qu'elles doivent leur fumet atroce à la gangrène pulmonaire ou a la vulgaire gousse d'ail !
Le poumon semble même agir à la manière d'un
de l'infection j
filtre car, ainsi que l'a démontré Straus, l'air qui en sorl est dépouille de tout germe. Il va sans dire que je parle de l'air seul et que la proposition cesse d'être vraie du moment qu'avec, lui seraient entraînés par la tous des fragments de tissus, de crachats; l'examen microscopique de ces sécrétions montre assez journellement, ce qu'elles contiennent pour qu'il ne ]niis>'> subsister la moindre équivoque à cet égard.
Je rappellerai l'expeVience Je (^adéac et Malet qui, prenant des moutons sains et des moutons infectés de charbon et de variole, leur ont fait respirer, pendant fort longtemps, le même air à travers des tuyaux d'un mètre de long, sans réussir à déterminer l'infection des uns par les autres.
Ces expériences sont intéressantes et leur conclusion n'était guère à prévoir. Il en découle néanmoins cette tranquillisante certitude que la respiration des malades n'augmente pas le nombre des microbes contenus dans une salle d'hôpital, et que l'haleine du chirurgien ne compromet en rien l'asepsie des plaies.
Tous ces faits, instructifs au premier chef, nous montrent que l'air est en définitive un intermédiaire de contagion beaucoup moins direct qu'on ne le croyait à l'époque où l'on y pressentit l'existence de microorganismes. L'œil de l'observateur vit alors avec un verre grossissant les dangers q,ui menacent les opérés,
til fallut toute la précision des recherches modernes
pour ramener le praticien à une plus saine appréciation des choses.
Voyons maintenant ce qu'il faut penser de l'eau.
elativement a sa part d'influence dans le domaine de
infection.
36 ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIRUUniCÀLES
La queslion est pleine d'intérêt, puisque nous soram sans cesse appelés à nous servir ri 'eaux de diverses provenances, et en quelque sorte obligés de les porte au contact des plaies.
Grâce à la flltration due aux couches de terrain qu'elles traversent, les eaux de source peuvent êtr considérées eu m nie d'une pureté à peu près parfaite; et, s te chirurgien n'avait affaire qu'a ces eaux-là, il pourrai presque se tenir pour satisfait.
Malheureusement il n'en est rien; et le plus souvei les eaux dunt il dispose renferment des germes r luvux, qu'il est obligé de détruire.
Lors même que l'eaud'un lac ou d'un fleuve présent) à l'endroit de sa prise une pureté relative, on sait, pour l'avoir souvent contrôlé, combien, en cheminant le long des conduites, et surtout en séjournant dans les réservoirs, cette eau presque acceptable au départ devienl impropre à l'usage chirurgical.
Les micro-organismes pullulent avec une effroyable rapidité dansleseauxqui séjournent, et telled'entre elles, qui ne contenait qu'une centaine de germes par centimètre cube, en renferme des milliers vingt-quatre heures après. La chirurgie ne pouvait fermer les yeux sur îles dangers aussi sérieux, elle dovail s'efforcer de les conjurer.
Là encore nous retrouvons Pasteur, s'altachant i purifier l'indispensable liquide ; aidé de Chamberlnn, il fit un filtre qu'on crut irréprochable au début. On ne tarda guère cependant à reconnaître que ses bougies s'encrassent rapidement et laissent peu à peu passer les organismes inférieurs.
Le nettoyage des filtres est donc chose minutieuse, et
si on néglige de le répéter souvent, on n'obtient qu'un semblant d'asepsie, l'a défaut non moins grave à reprocher à cet appareil, c'est la lenteur avec laquelle il opère. Il faut de longues heures pour obtenir la ipiantité d'eau utilisée, au cours d'une seule opération, à moinsd'einploy er de nombreuses batteries, ce qui, outre la dépense, nécessite un entretien des plus fastidieux.
Ou a songé aussi à précipiter les germes dans le fond des récipients, en jetant dans l'eau des poudres inertes telles que sable, charbon, etc..
Mais cette sorte de filtre mobile qui est censé descendre à travers la niasse de l'eau, n'a qu'une action incomplète et laisse derrière lui nombre d'impuretés.
Quant à l'addition de suhstances chimiques à pouvoir microbicide, on sait combien elle doit être importante pour devenir efficace. Or il n'est pas indifférent de mettra les pluies en contact prolongé avec ces agents toxiques; d'ailleurs nous savons que celte manière d'annihiler les germes est sujette à caution et ne vaut jamais la désinfection parla chaleur; aussi est-ce encore ace moyen souverain que la chirurgie s'es t adressée pour avoir de l'eau pure.
Le procédé le plus simple, le plus à la portée de tous, tant des chirurgiens d'hôpitaux que de cens qui pratiquent à la campagne, c'esl la banal? t'bittlition. Son pouvoir stérilisant est suffisant pour détruire la plupart des microbes, et spécialement ceux que nous redoutons le plus pour nos opérés : les microbes pyngènes!
11 suffit, pour obtenir un résultai satisfaisant, de prolonger l'éhullition pendant une vingtaine de minutes. Pour faire mieux encore, on additionne l'eau d'une faillie quantité de chlorure de sodium (li: 1IMJ0), ce qui
38 ANTISEPSIE ET A.KKTS1K [.miRiritGK'ALES
élève légèrement son point d'ébullition, et constitue un sorte de sérum artificiel dont on se servira toutes le fois qu'il sera indiqua de procéder a de grands lavage de cavités, de la cavité péritonéale en particulier. C liquide pourra aussi, en cas de syncopes dues à de fortes pertes de sang, être injecté sous la peau. Cette transfu sion, souvent très efficace à la suite d'opérations longues et sanglantes, trouve par conséquent sa place marquée dans la pratique obstétricale; aussi est-il hou d'avoir toujours prêts à l'avance quelques centaines de grammes de cette solution.
On la conserve dans une carafe exactement stérilisée et bouchée à l'ouate.
Au moment de s'en servir, on remplace l'ouate pj un bouchon de caoutchouc percé de trois ouverture à travers lesquelles passent un thermomètre et deux tubes de verre, dont l'un, également bouché à l'ouï uinèner;i l'air dans le récipient, tandis que l'autre, ploi géant au fond du liquide, se continuera par unlongtul de caoutchouc. Un trocart fin complète l'appareil.
Il suftit, pour lu mise en action, de placer la carafe à un mètre ou deux au-dessus du malade, et d'amorcer. Le liquide s'écoule ensuite de lui-même à travers I trocart.
L'eau introduite sous la peau se répand lentement dans le tissu cellulaiw st s'y résorbe. Cette mi procéder, jointe à l'administration de petits lavements tièdes, soutient le malade pendant les heures périlleuses qui suivent trop souvent les grandes interventions, et lui permet de franchir le pas difficile. Elle a en outre l'avantage de calmer la soif, et par conséquenld'évi ter d rien faire avalera l'opéré pendant la première journée
L'eau bouillie a surtout (île préconisa on France par le D r Bouilly, lequel, grâce à l'asepsie rigoureuse qui règne dans son service, a pu en retirer le meilleur profit.
Lorsqu'au lieu d'être destinée au malade, i'eau doit servir à la stérilisation d'objets île pansement et surlou d'instruments, on se trouve bien de lui ajouter 1 gramme de carbonate de. soude par 100 grammes ; ce sel élève i' 1 point d'ébullition à 10-1», dégraisse les instruments, ce qui est une grande sécurité an point de vue de. leur désinfection, et s'oppose en outre à la formation de taches de rouille à leur surface. Nous voici donc en mesure d'avoir, à peu de frais, de l'eau stérilisée en gran e abondance pour tous les usages chirurgicaux. Un grand récipient, placé dans nu coin de la salle d'opérations et exactement bouché, servira de réserve.
D'après l'exposé qui précède, nous pouvons admettre que l'infection des plaies par l'air n'est guère à redouter, et que celle par l'eau peut sûrement être évitée; il faut donc, poursuivant notre étude de l'infection des plaies, trouver les vraies causes des accidents si fréquents autrefois et toujours prêts à reparaître lorsque nous nous départons des soins minutieux de la chirur-
e antiseptique.
C'est en suivant de près les différentes phases des opérations, en iimli'tMuiil. dans les [pièces de pansement et dans les recoins des instruments les impuretés qui dissimulent; c'est en mettant an cause le chirurgien lui-même, eu tant que porteur de l'infection, qu'on est arrivé à établir, avec une exactitude remarquable, la part de responsabilité qui revient à tout ce qui touche le malade et risque de le contaminer.
Des expériences bactériologiques, dans le détail des-
4(1 ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIIIUTÏUICALKS
quelles je ne saurais entrer, ont permis i naître que ce sont surtout 1rs instruments et les : qui souillent les plaies.
La morsure d'une pince, dans les mors de laquelle st trouvent encore des parcelles de tissus, du sang, du pus, etc.. provenant d'une opération antérieure, représente une véritable inoculation, qui s'effectue dans les meilleures conditions de réussite.
On a eu trop souvent l'occasion de suivre a la piste des infections colportées de lit en lit, de maison en maison par des accoucheurs el dessales-femmes, puurqne l'infection par contact direct puisse faire l'objet du moindre doute.
Les mains et les instruments, peu ou pas nettoyés, inoculent un malade après l'autre, et une sinistre traînée d'accidents et de décès marque leur passage.
Inutile de multiplier les exemples : chacun conserve le souvenir de quelque cas type en l'espèce: et sauf de rares amis du paradoxe quand même, tout le monde chirurgical est rallié aux doctrines, si satisfaisantes p l'esprit, et si positives, des germes-coulages.
Mais avant de déterminer les voies et moyens que le* microbes prennent pour pénétrer dans les plaies, faisons une rapide connaissance avec ceux dont nous avoua. le plus à nous mélier: et sachons, outre les noms plus ou moins pompeux dont 00 les a baptisée, quels sont leurs propriétés, leur virulence, et surtout lesmoyertf dp les reconnaître et de les détruire.
Un des premiers que nous trouvons sur notre rouie, c'est le xli-fj.ionu-n'x /it/ngrites . (Test lui qui produit l'érysipèle, la phlegmatia kUh dolens, la lièvre puerpérale, la pyoliémie pt la seplipéniip. Ce microbe a donc
à son aclir un nombre d'infections assez respectable.
Quant aux organismes qui portent les noms de slaphylococcm atirem, nllius, fiants, tmuis, etc.. ils jouissent de propriétés très différentes. C'est ainsi que tandis que l'aureus, qui fournil au pus sa couleur jaune, donne naissance à de graves complications phlegmoncuses et à l'ostéomyélite, son cousin germain le stapht/lococms atbtis n'est pas sensiblement pathogène:
Le staphylocoeeus aureus et le streplocoecus pyogènes sontlesennemis intimes du chirurgien; ils étaient jadis les familiers de tout hôpital, de tout pansement, épiant la moindre faute pour se glisser dans la place, nous ne devons pas l'oublier.
Mais il est d'autres germes qui, pour être heureusement plus rares, méritent aussi d'exciter tous nos efforts lorsque nous soupçonnons leur présence au voisinage des plaies. Citons entre autres le vibrion st'iilii/iir. Ce microbe anaérobie se présente sous forme de bâtonnet, et a la propriété de sporuler, c'est-â-dire de continuer à vivre, sous une forme difiieile h détruire, qu'il peut abandonner sous certaines inlluences, pour reprendre ensuite toute sa virulence.
C'est à lui que sont dues ces terribles infections a marche suraiguë qui frappent les (issus de gangrène rapidement envahissante.
Lorsque le vibrion sepliquo a fait son entrée dans tin hôpital, on ii le droit d'être inquirl, car on aura bien de la peine à l'en déloger. La eliose est d'autant plus grave que les accidents iju'il détermine restent presque toujours au-dessus des ressources île l'art.
Les infirmiers reconnaissent bien vite les malades livi|i|ii ; s, et savent qu'un blessé atteint par la • gazeuse •,
comme ils dénomment pittoresquement cette infection, est un homme perdu, ou peu s'en faut.
Nos confrères de Lyon ont eu souvent maille à partir avec ce redoutable fléau .
Le tétanos, pour lequel nous devons professer également une crainte motivée, procède, lui aussi, d'un bacille anaérobie capable de sporuler.
On le rencontre surtout dans la terre des routes et des jardins, et si les blessures produites dans ces milieux ne sont pas plus souvent empoisonnées par lui, c'est que fort heureusement il est anaérobie strict, c'est-à-dire ne résiste pas longtemps à l'action de l'oxygène, tout au moins sous sa forme de bâtonnet. Si donc dans une chute en avant par exemple, la paume des mains est largement écorchée et que la terre du chemin la souille, il n'arrivera probablement aucun accident tétanique; l'expérience journalière est là pour le prouver.
Le microbe du tétanos resté à la surface de cette plaie, est non seulement entraîné par le suintement sanguin qui s'y produit, mais aussi gêné dans son développement par la présence de l'oxygène de l'air.
Le danger est tout autre si une fracture compliquée se trouve en contact avec le terrain, et si les extrémités osseuses emportent, une fois réduites, dans la profondeur du foyer de fracture, le microbe redoutable.
Au fond de cette plaie osseuse, dans ce foyer de fracture humide et chaud, il trouve, à l'abri de l'air, un milieu de culture dans lequel il aura grande chance de pulluler.
Je ne veux pour preuve de ceci que Pexpérience de Sanchez Toledo etVeillon, qui consiste araser le ventre de deux lapins, à entamer Pépiderme, au moyen de
frictions faites au papier de verre, puis à l'imprégner de cultures pures de tétanos.
Ils laissent un des lapins sans pansement, tandis qu'ils recouvrent les lésions de l'autre avec un pansement occlusif au collodion.
Le premier lapin guérit presque toujours, tandis que le second succombe régulièrement à un tétanos aigu, l'anaérobiose ayant été réalisée par cette occlusion.
La forme du bacille du tétanos, découvert par JNicolaier, dont il porte le nom, est assez spéciale pour permettre de le reconnaître aisément: c'est un bâtonnet flexueux et mince, assez semblable au bacille de la septicémie de la souris, mais qui revêt, au moment de sa sporulation, une forme très caractéristique, en ce sens qu'à l'une de ses extrémités se développe un rendement ovoïde, qui lui donne l'aspect d'une épingle.
Autrefois les accidents tétaniques étaient attribués au traumatisme lui-même, qui aurait molesté les nerfs ; au froid et à tant d'autres causes plus ou moins fantaisistes, lesquelles expliquaient d'ailleurs fort mal les séries de cas de tétanos développés en un même hôpital, dans la même salle, voire même dans certain lit.
Aujourd'hui, on comprend fort bien par quel moyen le transfert du bacille tétanique peut se faire d'un malade à l'autre, puisqu'on le connaît, qu'on fereaeoutra dans le pus des nia Indes atteints, ri. que. par conséquent, il risque d'être transmis par les pièces de pauseinenl, les instruments ou les mains.
Quant aux prétendus cas de tétanos spontané, on suppose qu'ils sont dus à l'entrée dans l'organisme d'une minime quantité de bacilles à l'état de culture pure. La lésion produite a d'autant plus de chance de
passer inaperçue dans ce cas, que le bacille du tétanos n'étant pas pyogéne, il ne reste pas de traces appréciables de sa pénétration au point d'entrée. I> bacille du tétanos a encore ceci de particulier, c'est qu'une fois introduit dans la profondeur des tissus, il y reste localisé et ne s'y multiplie guère comme le font d'autres micro-organismes; il se borne à fournir des principes toxiques que Brieger croit avoir réussi à isoler, et qu'il a en tout cas baptisés des noms de tétanine, $/)ti*motorine, etc.
Un fait certain c'est que, lorsqu'on introduit une faible quantité de culture pure de tétanos dans l'extrémité de la queue d'un rat, il ne faut pas attendre longtemps pour couper celle-ci à sa base, si l'on veut que l'animal échappe aux accidents tétaniques : une heure d'attente met déjà ses jours en péril.
A l'autopsie on ne retrouve pas dans l'organisme de bacille de Nicolaicr, et les ensemencements faits avec le sang recueilli dans les différents organes de l'animal ne dunnent naissance à aucune culture. Il faut bien admettre dans ce cas que les accidents et la mort sont dus à la pénétration dans l'organisme des toxines sécrétées par un nombre relativement restreint de bacilles inoculés à l'extrémité de la queue du rat.
Le tétanos est donc une maladie strictement localisée au point d'inoculation, et dont les effets ne sont dus qu'à l'imprégnation de l'organisme par les luxmes d'origine microbienne. On pourrait eu dire autant des bacilles de la diphtérie et du choléra, qui, quoique localisas dans les voies aériennes ou dans l'intestin, déterminent aussi la mort par la diffusion de leurs toxines.
du l'i\fection t DES PLAIES 45
Sans vouloir établir de comparaison exacte entre. les maladies dent nous venons de parler, et qui sont caractérisées par la rapidité et parfois par lu marche foudroyante de leur évolution, nous pouvons en rapprocher la tuberculose, puisque d'après les derniers travaux de Straua et Gamaléia, ce serait encore aux toxines produites parle bacille tuberculeux que seraient imputables les accidents. Mais, d'après ces auteurs, les toxines feraient partie intégrante du bacille et continueraient même après la mort de ce dernier à exercer leur funeste influence.
Qu'on me permette de dire quelques mots, relativement à ces expériences si bien conduites par Straus et Gamaléia. Prenant des cultures de bacilles de tuberculose humaine dans du bouillon, ils les soumettent pendant un temps variant de dix minutes à neuf heures à l'autoclave chauffé à il."i° et 1110°. Broyant ensuite ce produit stérilisé daus une faible quantité d'eau également stérilisée, ils l'injectent à la dose de quelques centimètres cubes dans la veine marginale de l'oreille d'unlapiu. Ils voient celui-ci résister pondant quelques jours à cette inoculation, puis perdre peu à peu de son poids et parfois succomber.
Si cette issue fatale tarda à se produire, l'animal se rétablit pendant un peu de temps, puis décline ensuite rapidement pour périr au bout de trois semaines environ.
A l'autopsie ou trouve des poumons parsemés de tubercules, renfermant des bacilles facilement recunnaissables et colorables. Le foie et la rate présentent les mêmes lésions.
Si la dose injectée s'est montrée trop faible pour tuer
*] antisemif: et asmi-kie ■ ■mutjRfiicALES
l'animal, on le voit peu à peu renaître a la vie; mais si a ce moment on lui injecte de nouvelles doses, nn'nie très faillies, de bacilles tuberculeux morts ou vivants, il meurt en quelques heures, ce qui ne s'observe jamais
chez le lapin bien portant alors même qu'on lui inocule des doses énormes des mêmes produits.
L'anima! a donc contracté une susceptibilité extrême à l'égard d'une nouvelle injection tuberculeuse.
Les conclusions de ce travail si remarquable sont les suivantes :
* Ces expériences montrent que les bacilles tuberculeux morts, introduits dans le corps des animaux, s'y trouvent encore, avec leur aspect et leur réaction colorante spécifique, au bout d : un temps très long ; plusieurs mois. Les cadavres des bacilles tuberculeux présentent une autre particularité plus importante encore : c'est de garder, quoique morts, une grande partie des propriétés pathogênes du bacille vivant. Aux bacilles morts est inhérent un pouvoir loxiipie, à longue échéance, qui rappelle celui des ei.il- Inres vivantes. Nous sommes ainsi conduits a. une notion importante sur le mode d'action du bacille de la luliereulose. Contrairement à ce qu'on observe pour d'autres microbes pathogènes (celui de la diphtérie, du tétanos), ce n'est pas dans le milieu de culture, liquide ou solide, ou ce bacille a végété, que l'on trouve les principaux produits toxiques qu'il élabore. Ces substances sont fixées et retenues dans le corps même du bacille; elles résistent à des traitements très énergiques, qui ne parviennent ni à les détruire ni à les extraire du corps bacillaire. De même elles résistent très longtemps au séjour dans le corps des animaux. »
Voilà des aperçus curieux sur les procédés microbiens, aperçus qui ouvrent des horizons nouveaux sur certains processus infectieux.
Disons encore quelques mots d'une question fort intéressante qui a soulevé de vives discussions et qui n'est peut-être pas encore résolue. Je veux parler des véritables causes de la suppuration.
Jusqu'à ces dernières années on avait coutume de considérer le fait qu'une plaie était recouverte d'une suppuration crémeuse, épaisse, glissant à la surface de bourgeons charnus, rouges et vigoureux, comme le présage d'une prochaine et prompte guérison.
L'expérience des chirurgiens avait consacré par un mot resté classique le processus réparateur qui évoluait sous cette forme, et voyait avec une joie tranquille le pus bonum et laudabile inonder les pansements. Nos prédécesseurs, qui n'osaient que rarement prétendre à la réunion par première intention, formaient leur jugement en comparant entre elles la marche des plaies qui faisaient l'objet journalier de leurs observations. Ils savaient qu'une plaie blafarde et sèche indique un état fâcheux de l'organisme, tandis qu'ils avaient pu souvent constater la rapidité parfois surprenante avec laquelle se comblent les pertes de substances arrosées du pus dit de bonne nature.
Aujourd'hui que nos prétentions se sont accrues, nous ne considérons plus la production d'une suppuration comme favorable, mais bien comme un accident dont nous n'hésitons pas, le plus souvent, à nous reprocher l'origine.
Les expérimentateurs se sont donc attachés' à la recherche des véritables causes de la suppuration, afin
d'établir s'il n'était pas toujours possible de l'éviter.
Est-on en droit d'admettre que la suppuration puisse se produire en dehors de l'élément microbien? Telle est la question qu'ils se sont posée et ont résolue de diverses façons.
D'après les expériences d'Ogston, de Rosenbach, Gornil, Passet, etc., les suppurations aiguës développées chez l'homme et les animaux sont toujours d'origine bactérienne, tandis qu'il faut refuser à des substances chimiques irritantes, telles que le mercure, l'essence de térébenthine, l'huile de croton, etc., injectées sous la peau, ou dans les cavités séreuses, le pouvoir pyogène. Ces savants attribuent à un manque de précautions antiseptiques les résultats qui semblent infirmer leur manière de voir.
Telle n'est pas l'opinion d'autres observateurs : Uskoff, Orthmann, Gravitz de Bary, Zahn, qui admettent qu'on peut dans certaines conditions, provoquer de la suppuration en injectant au sein de tissus normaux et parfaitement désinfectés, les substances dont nous parlons.
J. Steinhaus a publié une monographie bonne à consulter sur le sujet 1 .
Nous savons aujourd'hui que la diversité des résultats provient de ce que les expérimentateurs ont opéré sur des animaux d'espèces différentes, et à doses différentes.
Le mercure stérilisé injecté dans le tissu cellulaire du lapin et du cobaye ne produit pas de suppuration, tandis qu'il la provoque très abondamment chez le chien.