SALLE D'OPÉRATIONS
Une chose beaucoup plus importante, c'est le choix du mobilier.
Pour qu'il n'y ait pas d'encombrement, on disposera le long des murs une tablette, si possible de verre ou de lave émaillée, sur laquelle seront placés les bocaux destinés à renfermer liquides antiseptiques, pansements, etc. Deux ou trois douches en verre suspendues au plafond serviront aux irrigations.
Un système très simple de cordes et de poulies permettra d'en régler la hauteur.
Il est très commode aussi d'avoir, fixée au plafond, une barre solide, sur laquelle on puisse prendre un point d'appui pour exercer des tractions de bas en haut, soit pour faciliter l'extirpation de tumeurs, comme je lai proposé, soit pour soutenir un membre ou le bassin des malades pendant l'application de bandages ou d'appareils. Rien n'est plus avantageux que ce dispositif pour la pose de bandages plâtrés, par exemple. Si nous ajoutons à cela deux ou trois tabourets légers, une table roulante pour les instruments, et la table d'opérations nous aurons terminé l'aménagement de ce local qu'on s'est si souvent évertué à compliquer.
Il est clair que si l'on voulait réaliser la salle d'opérations idéale, le chirurgien finirait par opérer dans une sphère du plus pur cristal, dont les parois seraient constamment arrosées par une veine fluide de solution sublimée au millième, pour le moins!
Mais si vraiment de telles précautions étaient nécessaires, il faut avouer que la chirurgie serait réservée à de bien rares privilégiés.
Doit-on fumer dans une salle d'opérations? ou, pour mieux dire, est-il permis d'y fumer?
N'étant ni membre de la ligue contre l'abus du tabac, ni réfractaire aux savoureux effluves d'un puros, je ne saurais être passible du reproche de parti pris en disant que tant qu'un malade est dans la salle d'opérations, la fumée de tabac doit être proscrite: à plus forte raison lorsqu'il s'agit de l'anesthésier.
Il ne saurait être indifférent de saturer de fumée l'air dont on aura peut-être besoin tout à l'heure, pour raviver un opéré subitement menacé d'asphyxie.
Je veux croire qu'une cendre de cigare tombée dans une plaie ne l'infecte pas ; mais, est-on sûr que la main qui tout à l'heure retirera delà bouche ce cigare, n'inoculera pas quelques parcelles d'une salive au moins suspecte?...
Il pourrait encore se faire que des vapeurs d'éther prissent feu au contact du cigare, et qu'un accident fort désagréable se produisit.
Enfin, la fumée de tabac n'a pas même l'excuse d'être un désinfectant, comme l'insinuent parfois les intéressés pour faire pardonner leur faiblesse, et elle masque à peine les mauvaises odeurs.