ÉPONGES ET COMPRESSES
Dès qu'il s'est agi de panser une plaie ou d'entamer les tissus dans un but opératoire, le besoin d'une substance apte à les nettoyer s'est fait sentir.
L'éponge a, pendant fort longtemps, joui de la faveur des chirurgiens, faveur bien méritée, car elle leur servait en maintes circonstances, son rôle principal étant de débarrasser les plaies du sang et des autres liquides qui entravent, par leur présence, l'acte chirurgical.
Il est difficile de trouver une substance plus absorbante, plus poreuse. Le verbe éponger a d'ailleurs consacré ses mérites. Son élasticité, sa souplesse, la douceur de ses contacts, en rendent l'usage agréable et commode.
S'agit-il d'exercer une compression douce, mais continue, c'est elle encore qui sera préférée.
Un pansement doit-il être particulièrement hermétique , placer sur lui une grosse éponge et la fixer à l'aide d'une bande, est une excellente pratique.
Ailleurs, c'est un trajet fistuleux, un canal rétréci qu'on désire élargir : Y éponge préparée saura vaincre de
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tulles résistances, comme en témoigne .journellement la pratique des gynécologues.
Malgré tous ces mérites, sans compter ceux de l'éponge brûlée, auxquels la médecine ;i parfois recours, l'éponge est plus ou moins délaissée.
Nombre de chirurgiens y renoncent, et il faut avouer que leurs griefs sont fondés.
L'éponge est un matériel coûteux, non seulement parce que son prix d'achat est élevé, mais aussi par le fait qu'elle se détériore rapidement.
Se déchirant trop aisément, elle sème, de-ci, de-là, quelques débris qui restent ;\ titre de corps étrangers dans les tissus, ce qui n'est pas sans inconvénient.
Chose plus grave : rien ne ressemble davantage au milieu dans lequel on opère, qu'une éponge teinte de sang; aussi n'en est-on plus à compter le nombre d'épongés, entières ou non, oubliées dans les diverses cavités du corps.
On a beau faire une addition méthodique des éponges, avant et après l'opération, il se glisse facilement quelque
Le chirurgien, dans un moment de presse, en divise-t-il quelqu'une à l'insu de son aide, le compte n'y est plus!
Le nettoyage des éponges est, en outre, chose difficile.
De nombreuses méthodes se sont succédé ; je ne décrirai ici que celle qui me parait la meilleure.
Il faut, pendant que les éponges sont sèches, leg battre dans une serviette, afin d'en extraire tout le sable qu'elles contiennent.
Pour compléter ce premier nettoyage, un séjour pro-
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longé dans l'eau courante est nécessaire ; puis vient un bain dans une solution de permanganate de potasse au millième; maîscomme cette substance donne à l'éponge
une fort vilaine coloration brunâtre, on a encore rec «
a un bain de sulfite de soucie au centième, acidifié par de l'acide chiorhydrique, en solution assez concentrée pour ipje le mélange prenne une teinte laiteuse.
Lorsqu'à la laveur de ces manipulations, les éponges ont acquis une coloration jaune pale, elles ont beaucoup de chances d'être propres, mais un grand lavage dans l'eau bouillante est encore indispensable avant de les placer dans les récipients, où elles seront conservées dans la solution phéniquée à. 5 0/0. — Conliants dans ce mode de désinfection, quelques chirurgiens n'hésitent pas à se servir de nouveau d'épongés ayant été au contact de liquides septiques.
Ils recommandent cependant de prendre des éponges neuves pour les interventions importantes. Je crois qu'ils ont raison, et que l'oubli de cette précaution pourrait conduire à bien des déboires.
Pour mon compte, malgré toutes les bonnes qualités que je reconnais aux éponges, j'ai depuis longtemps renoncé à les utiliser pendant les opérations.
Je n'ai qu'une confiance limitée dans les moyens de désinfection proposés, et, si même ils sont réellement efficaces, on devra tout au moins convenir que leur complication est excessive.
Le grand tort de l'éponge, c'est de mal supporter l'immersion prolongée dans l'eau bouillanle, et plus mal encore le passage à l'autoclave a 120 degrés.
Si sa résistance était suffisante pour affronter sans faiblesse l'un au moins de ces moyens de désinfection,
je serais tout disposa la l'aire rentrer dans ma pratique; comme il n'en est rien, le mieux, selun moi, est de l'abandonner.
Pour être complet, ajoutons que l'éponge, suivant les expériences de Billroth et de Poupine!, peut être placée à plusieurs reprises durant -io minutes dans l'autoclave ehaulfé a l>0 degrés seulement, sans trop s'altérer.
Ce mode de stérilisation, bien connu en bactériologie sous le nom de rliintlfityr ili.st'oiiHuu, a pour but de faire éclore peu à peu les spores. Dès que cette germination est achevée, c'est-à-dire, dés que les spores se sont transformées en bacilles, la température de HO à 80 tue ceux-ci. Quant aux autres germes plus sensibles, ils sont détruits en partie par cette même chaleur, en partie par les substances antiseptiques dans lesquelles on a plongé les éponges avant leur passage à l'étuvc.
Ce procédé est en tout cas long, compliqué et peu précis; puis on se seni toujours bridé par la crainte de détériorer son matériel. Si les éponges, malgré leflrs incontestables mérites, n'o>nt pas conservé la place presque exclusive qu'elles ont oceupée pendant longtemps, que dire des tampons d'ouate hydrophile qui ont eu leurs partisans?
Les tampons d'ouate sont d'un mauvais usage, ils n'absorbent bien les liquides qu'à la condition de n'être pas trop fortement comprimés; et, dans cet état, ils laissent facilement, après emploi, quelques parcelles d'eux-mêmes dans les plaies. On peut, il est vrai, parer à cet inconvénient en les entourant d'une couche de gaze hydrophile ; mais c'est encore là une complication que nous éviterons : il y a mieux que tout cela.
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Je veux parler de In gaze hydrophile elle-même. Comme son nom l'indique, cette gaze absorbe à merveille les liquides; aussi, rend-elle d'inappréciables services à la chirurgie abdominale, sous forme de larges compresses, permettant de recouvrir et d'envelopper les intestins hernies, comme aussi de prévenir leur sortie, par une compression douce et efficace.
Mikulicz s'en sert pour faire le tamponnement qui porte son nom.
A la suiLe des extirpations du maxillaire, des résections partielles du pied, et dans bien d'autres épisodes de la chirurgie osseuse, elle joue un rôle hémostatique puissant.
En gynécologie, on l'introduit sous forme de longues lanières dans l'utérus, pour en dilater la cavité, retenir sur ses parois quelque topique. — Même usage pour le vagin. Lorsqu'on place avec méthode, par plis successifs, ces bandelettes de gaze dans une cavité, Heu n'est plus simple que de les retirer en tout ou partie, sans effort, sans faire saigner.
En procédant de la sorte, on est certain de n'en point oublier; tandis qu'on ne peut prétendre à la même sécurité avec les tampons multiples, ou les éponges.
Les tampons, ou pour mieux dire les compresses de gaze hydrophile, doivent avoir une certaine épaisseur. Huit couches d'étoffe suffisent. Quant a leur grandeur, on peut couramment se contenter de deux dimensions : 12 centimètres de côté pour les petites, qui servent constamment à éponger; et 20 à 25 pour les grandes, qu'on applique par exemple sur la plaie résultant d'une amputation de sein, pendant que le chirurgien vide l'aisselle.
ÉPONGFS ET COMPRESSES
Ce sont elles aussi dont nous disions tout à l'heure les mérites au cours des laparotomies, La gaze hydrophile supporte bien la désinfection à l'autoclave; il est donc parfaitement inutile de la lessiver ou de la plonger dans des liquides antiseptiques. Ces préparatifs auraient pour premier résultat de la désagréger, d'en désunir les fils; ils sont d'ailleurs absolument superflus, si l'on a soin de ne sortir les compresses de l'mitoelunqit'au moment de s'en servir. Chaudes et humides, elles
s prêtent alors admirablement au rôle auquel on les destine. Au cours de l'opération, il peut être nécessaire de les tremper dans quelque solution antiseptique; mais, la plupart du temps, on se contentera de leur asepsie parfaite.
Les compresses qui n'ont pas été utilisées pendant l'opération seront soi gueuse m 'Tit, conservées dans un récipient de verre hermétiquement clos.
Quant à celles qui ont servi, on les jette volontiers, le prix de la gaze étant peu élevé; ou bien on les lave dans l'eau bouillante additionnée de carhonale de -onde à 1 0/0 avant de les reporter à l'autoclave.
On peut les aseptiser ainsi une ou deux fois, pas davantage; mais il est bien entendu qne ces Comprwes de reluit seront tenues à l'écart de toute Opération importante, et ne seront employées que pour des cas qui ne nécessitent pas une pureté rigoureuse.
La gaze hydrophile tend chaque jour à se substituer i tontes les autres substances proposées. C'est 1;'
s grand Lien.
Ajoutons encore, au sujet des tampons, que, quelle jue soit la substance choisie pour les confectionner, il importe qu'on les touche le moins possible. Or, de
même qu'il est des orateurs qui ne peuvent parler sans brandir quelque ohjel ou liraillerleur chaînede montre, de même nous avons parfois des aides qui ne sauraient tenir un tampon sans le pétrir dans leurs mains ou le rouler dans leurs doigts comme une cigarette. . Ces manipulations (malgré la consigne des mains propres) sont pleines de périls; aussi est-il important d'y mettre lion ordre. Dans un service l>ien tenu, on chargera une infirmière, autant que possible toujours la même et de préférence la plus propre, de fabriquer les tampons et de les passer au chirurgien. Pour cela. elle aura pendant l'opération, à porter de sa main, deux récipients de métal, de verre ou de font'' ém ai liée, peu importe, dont elle soulèvera le couvercle h chaque réquisition pour tendre au chirurgien ou à son aide, un tampon qu'elle aura saisi avec une pince stérilisée.
Ces récipients correspondront nux deux modèles de compresses que nous avons adoptés.
Quoi qu'un peu compliquée en apparence, cette manière de procéder devient rapidement excellente, et l'inlirmière exécute son importante mission avec, une rapidité presque automatique.
Inutile d'insister sur la sécurité qu'une semblable pratique donne à l'opérateur.