TOILETTE DU CHIRURGIEN ET DE SES AIDES
Nous avons trop insisté sur les difficultés que présente la désinfection absolue des mains, pour qu'il n'en ressorte pas à l'évidence que, plus leur nombre est restreint, plus la sécurité augmente.
On a fait bonne justice de ces brillants états-majors qui, après avoir suivi le maître durant la visite, prenaient place autour de lui durant l'opération, sous prétexte de lui tendre quelque fil à ligature, pendant nonchalamment depuis des semaines au parement d'un veston, dont le prestige augmentait en raison directe de la saleté! Inutile de rappeler que ces habits crasseux circulaient sans cesse de la salle de garde à la salle d'autopsie, en passant par celle des malades. C'était le costume d'alors, la tenue d'ordonnance, le dernier cri de l'élégance chirurgicale!
Que les choses ont changé en peu d'années !
Mais voyons encore quelques détails de la question, qui ne laissent pas que d'être fort importants.
La main de l'opérateur doit être nue, j'entends par là dépourvue de bagues; In bijou qu'on décore du nom d'alliance n'est lui-même pas assez pur pour échapper à cet ostracisme.
Mais il est un autre objet beaucoup plus nécessaire, qui joue parfois au cours d'une opération un rôle dangereux, je veux parler du lorgnon.
Que celui auquel il est nécessaire l'arbore dès le début de l'opération, et n'y touche plus. Il aura même raison de lui faire peut-être prendre un bain de précaution préalable, car on a vu parfois ce précieux auxiliaire se déplacer, ou tomber au cours d'une opération ; il est donc important que les doigts qui le touchent pour l'assujettir ne rencontrent rien de fat lieux sur son écaille.
Les lunettes, ayant plus de maintien, sont préférables. Uuant au monocle, quoique de pur cristal, nous l'abiinJonnons aux élégances qui n'ont rien de chirurgical.
La barbe et les cheveux du chirurgien sont euxmêmes passibles de quelques règles île désinfection.
Les pellicules se détachant trop abondamment de certains cuirs chevelus doivent être surveillées, et des soins réguliers s'imposent à ceux qui sont sujets à cette desquamation.
« Il arrive souvent, dit le IK Prince, que U- chiror» gien le plus soigneux et son aide principal se heurtent. la tête au-dessus du champ opératoire et que des pellicules on quelques poils tombent dans la plaie Bans qui-, dans le feu de l'opération, personne y prenne garde; seuls, ceux qui assistent à l'opération en simples spectateurs pourraient en faire la remarque. »
Il n'est pas impossible, en effet, que cette infection ■ pelliculaire » explique certains échecs, certaines suppurations imprévues, se produisant en dépit de toutes les précautions antiseptiques mises en œuvre, sur-
tout dans les opérations pratiquées sur le péritoine.
Exiger le sacrifice de la chevelure et de la barbe, et ramener à la tenue réglementaire d'un conscrit tout chirurgien pellieuleux, serait peut-être dépasser la ire; mais les lavages au sublimé sont à lui recommander, en particulier au moment de l'opération,
Lis auront l'avantage de diminuer la production furfuracée, et surtout d'éteindre la démangeaison qui appelle trop souvent les doigts vers le sommet dangereux.
faut avouer que les nouvelles méthodes nous imposent de minutieuses précautions, et nous obligent même à de durs sacrifices. Mais la liste, que je m'efforce de raccourcir, ne serait pas close si j'omettais de dire in mot du mouchoir de poche.
Grave question, surtout par les temps froids ; car, s'il est des Besoins auxquels on peut souscrire en général à l'avance, celui de se moucher est parfois si imprévu, qu'il force pour ainsi dire la main. Bien heureux est-on si quelque éternuement intempestif, menaçant précurseur de l'orage, n'augmente pas le péril.
De deux maux préférant le moindre, le mieux est de débarrasser la muqueuse nasale des produits qui rneîacent la plaie, et cela, rapidement, au moyen d'une compresse aseptique qui sera jetée sur-le-champ.
Une désinfection rapide de la main coupable sera de K>nne précaution.
Nous avons parlé de la toilette du chirurgien et de ses élèves; nous n'avons encore rien dit de celle des infirmiers, et c'est cependant un point capital.
En effet, ces auxiliaires précieux de tout service de
DU ANTISEPSIE HT ÀSEl'SIE CHIRORSII AU-.-
chirurgie sonL en contact permanent arec les malade»;
ils les touchent, les manienl constamment. Ce sont eux qui doivent entretenir en état les locaux, le mobilier, emporter les pansements souillés, les déjections îles malades, bref faire la plus sale besogne qui soit au monde.
Les chances de contamination étant continuelles pour eux, il est clair que leur désinfection présente de grosses difficultés, et il sera de première importance de leur inculquer des notions très spéciales de propre! é.
Cest là peut-être la plus grand' 1 difficulté dans l'organisai ion d'un service; et il est bien malaisé, sur et! pi nul, d'atteindre la perfection.
En tout cas. il est de toute nécessité d'avoir un premier infirmier spécialement surveillé et surveillant, homme sur, auquel seront confiés les intérêts vitaux, du service : les pansements et les instruments!
U'est lui seul qui préparera ce qu'il faut pour l'opération, et qui en sera responsable.
Le costume de cet important personnage sera spécial aussi : une longue blouse de toile blanche es! ce qu'il y a de mieux.
Pour chaque opération, il devra en mettre une absolument nette sortant de l'étuve.
Supprimer le plus d'aides possible, c'est « mettre de son coté bon nombre de chances sans cela adverses,
Les progrès de la médecine opératoire et de l'instrumentation ont d'ailleurs beaucoup restreint le rôle des assistants.
Et si la réussite dépendait autrefois de la dexlérité