TOILETTE DU CHIRURGIEN ET DE SES AIDES
opératoire, elle se cantonne de plus en plus de nos jours dans la propreté excessive et le respect dés données déjà si précises de la science bactériologique.
Les Koeberlé, les Sims et d'autres encore, il m'en souvient, s'attachaient avec un soin jaloux a faire, le plus possible, tout par eux-mêmes. Mal reçues étaient les mains étrangères qui s'égaraient sur le terrain de manœuvres, sans y avoir été dûment convoquées; aussi les résultats de ces précurseurs de l'asepsie étaient-ils fort remarqués, mais leur exemple trop peu suivi.
En dehors de ce que les contacts inutiles peuvent avoir de dangereux au point de vue de l'infection, ils doivent être autant que possible épargnés aux tissus dont on prépare la restauration.
On ne doit toucher à une plaie que lorsque la chose est nécessaire.
Une préoccupation doit donc dominer en quelque sorte l'acte opératoire..., celle du minimum des contacts.
Cette notion, pourtant si simple, n'a pénétré dans nos mœurs qu'à la suite de plus saines conceptions concernant la réparation des plaies.
On savait bien autrefois, sans doute, que c'étaient les tissus contusionnés qui donnaient le plus aisément naissance à des accidents; mais la crainte incessante des complications lançait toujours le chirurgien à leur poursuite; aussi, redoutant sans cesse le développement de quelques collections insolites, s'en allait-il palpant de droite et de gauche, au risque de contrecarrer peut-être la réunion d'une plaie suturée hier seulement. Cette mauvaise habitude avait jadis, il faut l'avouer,
[• ASBP8IE CHIRTjEGIOALES
quelque raison d'être; mais elle a trop survécu chez ceux surtout qui ont eu tant à pâtir de cette époque si angoissante de la chirurgie ; aussi les surprend-on encore trop souvent la main sur la plaie.
Dès qu'un pansement est ouvert ils partent en qmHe de quelque gonflement suspect, et pianotent sur la région.
Un simple coup d'œil eut suffi cependant à reconnaître que tout allait bien, tandis qu'une rougeur ou quelque tension cuisante de la peau aurait averti du contraire.
Lorsque ces indices, faciles à saisir sans toucher à la plaie, sont reconnus, il est temps alors de rechercher, avec la fluctuation, l'indication précise d'une intervention; et nous aurons su, par cette sage expectative, respecter la réunion de tissus qui ne demandaient qu'à se tendre la main.
Les manipulations répétées des drains sont souvent aussi une occasion d'infection. Moins on y touche, mieux cela vaut; ces excès de sollicitude sont pour faire s'écrier :
Mais de grâce que vous a donc fait cette plaie que vous la tourmentiez ainsi ?
Le chirurgien touche-à-tout me rappelle un peu ces femmes qui, sous prétexte: d'amour maternel, jouent à la poupée avec leurs bébés et vont les réveiller a chaque instant pour voir s'ils dorment.
Cet homme est le pire ennemi des bonnes réunions!
t II a la main heureuse », dit-on couramment, en parlant d'un homme que la réussite seconde. Ce mot, applicable à tous, prend, lorsqu'il s'adresse au chirurgien, une valeur particulière.
C'est sa main , en effet, qui fait son heur ou son malheur.
Maintenant qu'on sait, on peut affirmer que l'expression populaire est pleine de vérité.
Mais il faut voir dans la main du chirurgien autre chose que ce qu'on y voyait jadis; ce n'est pas seulement une ouvrière forte, adroite et souple. Pour qu'elle soit heureuse, il faut plus encore... il faut qu'elle soit propret C'est ce que nous allons développer dans ce chapitre.
Se laver les mains. . .
Au premier abord la chose paraît simple, à tel point, que toute personne bien élevée se tiendrait pour offensée si quelque doute se manifestait à cet égard, tout au moins en ce qui la concerne; à telle enseigne qu'il faut souvent savoir ménager les susceptibilités qu'on rencontre dans l'entourage des malades et faire entendre par quelque élégante périphrase qu'il est d'intérêt supérieur que toutes les mains soient pures.
La difficulté est plus grande encore lorsque l'invita tinn doit s'adresser a un confrère [ion soutiens de ces détaiU !
Main blanche et ongles roses De suflisent donc plus à l'exigeante chirurgie moderne: elle demande bien davantage. Durant les premières années de la méthode antiseptique, on recommandait déjà le lavage des mains, mais sans y accorder l'importance que nous y attachons aujourd'hui.
En 1882, Watson Chimie, dans une publication sur la méthode antiseptique considérait presque comme un luxe le lavage de la peau à l'eau savonneuse.
On se contentait généralement, avant d'opérer, de plonger ses mains dans la solution phéniquée forte. Plus tard la solution sublimée fut utilisée de la même façon; or, cette désinfection sommaire est absolument insuffisante ; nous le verrons tout a. l'heure.
Le Romain Pilate pouvait, à la rigueur, se laver les mains à l'occasion de la mort d'un innocent. : le chirurgien ne saurait en faire autant après un insuccèl uniquement dû à son incurie.
Touchons peu, et lavons beaucoup, telle est la vraie formule !
Comment faut-il donc se laver les mains, pour être sur qu'il ne reste plus de microbes attachés â leer surface?
Telle est la question de première importance qu'il s'agit de trancher.
Des travaux de grande valeur ont été entrepris sur ce sujet; les recherches les plus minutieuses ont été faites, et permettent aujourd'hui d'être fixe sur les difficultés que rencontre la solution du problème, en appa-
rence si simple, de la main propre. Nous rappellerons lo nom de ceux qui ont le plus contribué à débrouiller un écheveau si compliqué, et à poser les règles si importantes de cette désinfection spéciale, car ils ont rendu là un signalé service.
La main, par sa construction, présente de nombreux coins et recoins, dans lesquels les impuretés trouvent un sûr abri.
Outre les sillons profonds de sa peau, elle offre une série de rainures autour des ongles, et de profonds retraits au-dessous d'eux.
Les recherches de Tûrbinger, Mettmann, Kummel, Preindelsberg en Allemagne l'ont établi.
Ce simple examen fait immédiatement prévoir combien serait illusoire un lavage banal suivi d'immersion dans un liquide même fortement antiseptique.
Il suffit d'ailleurs de tremper la main dans une solution de sublimé, pour voir combien ce liquide, au lieu d'en pénétrer la peau, glisse à sa surface, sous forme de gouttes qui ne la désinfectent que bien peu.
Il faut que le dessous des ongles et leur pourtour soient minutieusement fouillés avec un cure-ongles, et brossés avec une brosse dure. Il est en outre indispensable, comme pour le nettoyage des instruments, de dissoudre à l'aide du savon noir et de l'eau chaude la graisse qui se rencontre toujours en plus ou moins grande quantité sur la peau.
L'éther et la térébenthine donneraient encore des résultats plus certains que le savon. Kummel, de Hambourg, a démontré que les mains d'une personne pouvant être considérée dans la vie habituelle comme
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propre, n'étaient pus stériles après un lavage de trois minutes de durée à la brosse, au savon noir et à l'eau chaude; mais que, pour atteindre un résultat satisfaisant elles devaient être brossées pendant une minute encore avec la solution phéniquée à 5 0/0.
Quelle serait alors la difficulté d'assainir les mains d'un anatumo-pathologisEe ?
Kflmmel en a fait l'essai. Après une autopsie, les lavages que nous venons de décrire, et qui suffisent pour des mains réputées propres, sont presque sans effet. Pour qu'aucune colonie ne pousse plus sur la gélatine touchée par les mains en expérience, les précautions suivantes sont indiquées :
Lavage à la brosse pendant cinq minutes avec savon noir et eau chaude; puis, pendant deux minutes, avec eau de chlore et eau distillée (parties égales) ou bien eau pliéniquée S 0/0.
11 ne faut rien moins que tout cela, d'après Kiimmel. pour pouvoir aborder le malade avec une conscience tranquille. A la clinique de Bergmanu, on suit la méthode de Fiirbringer; elle consiste à :
1° Brosser énergiqueinent la peau avec eau chaude et savon ;
2° La sécher en la frottant avec un morceau de gaze stérilisée, principalement dans les replis onguéaux;
3° Itepasser dans tous ces recoins avec de la gaze imprégnée d'alcool à 80 afin de permettre à la solution de sublimé (1 pour 2,000) de pénétrer effectivement la peau.
C'est, à peu de chose près, celte manière de faire qui est en usage à ma clinique , elle n'est pas trop compliquée, et me parait sûre. En outre, elle a le grand