SOINS A DONNER AU MALADE AVANT L'OPÉRATION
L'eau chaude, le savon, le sublimé ne suffisent pas toujours. Des restes d'emplâtres, des topiques sans nom, ne céderont souvent qu'à des frictions d'éther ou de térébenthine. Il est indispensable aussi de débarrasser la région malade des poils qui la recouvrent ou l'environnent. Le sacrifice sera parfois difficile à obtenir : une belle moustache, une barbe luxuriante, sont souvent défendues avec acharnement. Là encore, une inébranlable fermeté est nécessaire tout en évitant cependant les sacrifices inutiles !
Pour les cheveux, même nécessité, cela va sans dire.
Les parties génitales et l'anus doivent être exactement rasés, avant toute intervention sanglante.
En thèse générale, ces précautions devraient toujours être prises dans la chambre du malade, ou dans un cabinet de bain, mais, en tout cas, hors de la salle d'opération. Pourquoi apporter des impuretés dans le lieu très saint, lorsqu'il est possible de les laisser à la porte ?
Quoi de plus déplorable que ces gens qui arrivent de la campagne, surtout en hiver, emmitouflés dans des châles de laine tricotée remplis de poussière, et recouvrant d'horribles pansements traversés de pus et de graisses rances? Comment admettre au voisinage immédiat de la salle d'opérations ces parents qui accompagnent les malades et tournent anxieux autour d'eux pour leur serrer une dernière fois la main ? Le chirurgien soucieux de la vie de ses opérés ne saurait s'accommoder de ces dangereux élans de tendresse, il doit repousser loin de celui qu'il veut guérir toutes ces causes d'infection.
C'est, il va sans dire, dans la pratique privée que
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ces circonstances difficiles se présentent de préférence.
En dehors des précautions toutes locales que nous avons passées en revue, il en est d'autres auxquelles on doit songer aussi.
Il n'est pas indifférent par exemple d'opérer un malade constipé, atteint d'embarras gastrique ou de bronchite : une surveillance sérieuse de l'état des voies digestives est de la plus haute importance, à plus forte raison lorsque l'intervention s'adresse à une partie quelconque de ces organes ou porte seulement sur leur voisinage.
Les préceptes si magistralement formulés par Bouchard ne sauraient être oubliés, et ses procédés de désinfection dv^ conduit intestinal seront scrupuleusement respectés.
Il n'est pas rare de voir des opérés, pour lesquels ces précautions ont été négligées, présenter des températures élevées (40 degrés), du malaise et de l'inappétence.
Ces accidents qu'on aurait dù prévenir disparaissent souvent comme par enchantement à la suite d'une simple purgation.
Il y a certainement, dans ces cas, auto-infection par résorption des ptomaïnes qui se sont développées dans les matières fécales accumulées dans l'intestin. 11 importe donc, outre les purgatifs nécessaires, de prescrire des désinfectants, le naphtol p, le salicylate de bismuth, ou mieux le benzonaphtol, etc.
C'est surtout lors des grandes interventions sur la matrice ou ses annexes qu'il faut veiller à la chose. L'intestin, dans ces cas, n'a que trop de tendance à se paralyser, et s'il n'a pas été vidé préventivement, on
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risque fort de voir survenir du ballonnement, de la constipation, voire même des accidents de pseudoétranglement. Il serait vraiment coupaljle de perdre, pour de semblables négligences, des malades qui auraient dù guérir.
Suivant les cas, c'est déjà plusieurs jours avant l'opération que lavements et purgatifs seront prescrits; car, s'il faut être sûr que le tube intestinal est aussi net que possible, il faut encore ne pas risquer d'être dérangé et sali au cours de l'opération par les effets tardifs d'une purgation donnée à la dernière beure.
Les soins de la boucbe sont aussi de toute nécessité, non seulement lorsqu'on opère sur cette région, mais même en dehors de ce cas. Les malades devront, plusieurs fois par jour, se rincer la boucbe avec une préparation antiseptique.
Celle que j'emploie h ma clinique se formule ainsi :
Acide thymique. 2s'',3
Acide benzoïque 30,0
Teinture d'eucalyptus 50,0
Alcool 1000,0
Essence de cannelle de Ceyla.n 7,o
es.
20 à 30 gouttes dans un demi-verre d'eau.
Ne pas oublier non plus de faire enlever et nettoyer journellement les dentiers.
C'est surtout en gynécologie que des soins minutieux sont utiles. — Il n'est pas si simple qu'on pourrait le croire de désinfecter un vagin, car ce conduit est non seulement chargé des impuretés qui se développent sur place, mais il reçoit encore les sécrétions de l'utérus et des trompes.
De nombreuses recherches bactériologiques ont
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établi que la llore de ces organes est d'une richesse excessive ; aussi les lavages simples sont-ils absolument insuffisants.
Fritsch, de Breslau, a recommandé dernièrement les lavages au bicarbonate de soude à 3 0/0 en solution dans l'eau chaude. Ils dissolvent en effet très bien les glaires qui occupent si souvent le col utérin et alcalinisent le vagin.
Mais les alcalins ne suffisent pas toujours. Les gonocoques, de même queles liquides provenantde chancres, de cancers ou d'autres lésions, doivent être traités plus énergiquement. Les injections de sublimé au millième sont généralement efficaces.
Le permanganate dépotasse, quoique son action soit assez éphémère, rend aussi quelques services.
Le chlorure de zinc à 1 0/0 trouve de même ses indications. D'autres fois, on doit recourir à des irrigations continues, lesquelles sont bien malaisées à donner dans un lit et nécessitent presque forcément le bain.
Mais ces moyens ont parfois une action trop temporaire, et il faut alors leur substituer de véritables pansements avec divers topiques. Placés sur des tampons, ou incorporés à des substances gélatineuses semi-molles, ces topiques, en fondant, cèdent les médicaments qu'ils renferment. La glycérine seule, ou additionnée d'iodoforme, est un pansement très usité.
Le tamponnement avec une bandelette de gaze îodoformée s'emploie plutôt lorsqu'il y a plaie du col ou des parois vaginales, ou à la suite d'opérations, de sutures, ete...
Cette gaze agit non seulement comme topique, mais aussi comme drain.