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CHAPITRÉ DEUXIÈME

Ouvrffges d'AntisthMe.

Les ouvrages d'Antisthène étaient remarquables tout à la fois par l'intérêt et rimportantîe des doctrines et par les charmes du style. Ils faisaient connaître aux philosophes de la Grèce et de Rome , et plus tard atx Pères de l'Église, un des plus illustres disciples de Socrate, le fondateur de l'école cynique, le précurseur du stoïcisme; les écrivains les admiraient, les rhéteurs et les grammairiens les étudiaient comme un des plus parfaits modèles de la langue attique.

Rappelons-nous qu'avant de s'attacher à Socrate, Antisthène avait été le disciple des Sophistes. Tandis qu'on applaudissait chez (ïorgias une éloquence recherchée ) un style figuré et prétentieux , Prodiçus avait rendu à la langue , je dirai même à la philosophie , de réels services, en s'appliquant à déterminer d'une manière priécise le sens des mots.

Leurs leçons et leurs exemples ne furent point inutiles pour Antisthène * ; dans le choix des expressions il était guidé n^on-seùlement par le goût naturel, mais encore par la connaissance réfléchie des ressources de la langue. Habitué aux déclamations et aux exercices oratoires , il en aimait le style abondant et l'élégance soutenue ; ses dialogues rappelaient la manière de ses preniiers maîtres, mais on la reconnaissait surtout

1 Ainsi ,'Û regardait la détermination du sens des mots comme le point de départ de toute instruction; Arrian., Epiet, diu,^ I, 17. àp^^ irai^euffecoç 4 tâv 6vo(JLaT6)v lirîffKr|/K.

24 OUVRxVGES

dans l'ouvrage Sur la vérité et dahs les Exhortations K S'il avait conservé leurs qualités , il est à croire qu'il avait modifié leur style et tempéré leurs défauts. L'importance et l'élévation des idées qui nous sont familières ne décident-elles pas de notre style? Comment l'admirateur et le disciple de Socrate, le fondateur d'une des grandes écoles morales de l'antiquité , ne se serait-il pas fait sa manière propre de penser et d'écrire? L'-art des Sophistes n'apparut chez lui qu'avec une sagesse et une mesure inconnues par eux; un heureux accord, une parfaite harmonie de qualités brillantes et solides assura à ses écrits un rang distingué parmi les ouvrages littéraires et philosophiques de la Grèce.

Les écrivains, les rhéteurs, les grammairiens, les lexicographes , notaient avec soin les expressions employées par Antisthène; on peut nommer Athénée, Erotianus, PoUux, Photius et les Scoliastes^. Aristote emprunte à ses ouvrages un exemple de comparaison^, et Démétrius de Phalère, pour établir les règles de la construction , donne comme modèle un passage d'Antisthène*.

^ Laërt., VI, 1. t6 ^YjToptxov eiSoç Iv toïç oiaXoyotç iTriçépei xat fxaXwTa ÊV TT) 'AXY)8ei^ xat xoîç irpOTpeTrxixoïç. — Cf. Hieron. adv. Jovin., Il, c. 14.

2Voy. notamment au sujet du mot Poix^uXidç , PoUux, VI, 16, 98. — X, 19, 68. — Schol. ApoU. Rhod., Il, v. 569. — Erotian., p. lOi. Franz. — Au sujet de oupeio; pixoç, Photius, p. 361 , 21. — De même Athénée, au sujet de $gX(paxiQC, XIV, 656. f. — Ces expressions sont presque toutes empruntées aux trois livres des Exhortations,

^Rhet,, III, 4. KvjCpiaoôoTOv tov Xeittov Xi^otvtoTcJ) eixavsv, â»Ti aitoAXu- [Aevoç Evcppaivei.

-* De eloc.y c. 249. irotTjTixbv B& Scivottito; éortv xat ib xsXei Tiôsvat To SetvoTaTov' 7rap«XauLpavotit.Evov yàp sv [xsacu àixpXuvetai, xaOairsp to ^VTiaOsvouç* a^eSbv y^P oSuviqaei àvôpojiroç ex (ppuYav(ov àvaaxa^. ei

d'antisthène. 25

Denys d'Halicarnasse , en énumérant les grands écrivains qui vivaient au temps de* Thucydide et qui , .témoins comme lui de la guerre du Péloponèse, pouvaient en écrire l'histoire, nomme les orateurs Andocide, An- Uphon et Lysias, et, parmi les philosophes socratiques, cite Antisthène avec Critias et Xénophon*. •

Epictète et Fronton comparent le style d' Antisthène à celui de Platon et de Xénophon*, Longin le rafpproche de celui de Platon, de Xénophon et d'Eschine^; Phrynichus, parmi les ouvrages qu'il propose comme règles, types et nipdèles du vrai style attique , mentionne les écrits d'Antisthène, et particulièrement, pour la parfaite correction et pureté de l'expression, le Cyrus et l'ouvrage sur Y Odyssée ; il met Antisthène sur le même rang que Platon , Démosthène , Thucydide , Xénophon , Eschine

yàp {i.6Taffuv66Îyi oÔtcoç ti< olùxo* oyeôov yàp èx (ppuyavcov avaaxàç Ivdpcoiroç oBriY/^ati, xolItoi vaÔTOV etmov ^ ou Taùxbv exi voiAtffÔTjaeTai

*De Tkueyd, Uist, judic, § 51. iroXXwv YSvo(X£Vfov AOiQvy)<jt xaxk rbv TIsXoicowYiaiatxbv icoX£(aov ^YjTopoiv Te xat cptXoaocpcov , oùSelç aÙTcov xé- '^pT)Tat Taut7| TY) ^laXexTO) , oO$'ot nepi 'AvSoxid7)v xai 'AvTt<p«!)VTa xai Auffiov ^i^Topsç, ooô' o\ TC6pi KpiTiav xat AvTiaOévTi xa\ SevocpùSvTa SfoxpoTixoi.

^ Arrian., Epiet, disa , 11, 17, 35. Oo(uaa9TÛ>ç, avOpcoTce, Ypaopetç, xori 9Ù ne^aikiùç etç tov Sevo^covToç )^apaxT^pa , ab lU tov flXaTo^vo^ , 9Ù etçTOv AvTtaOsvouç. — Fronton., Epist ad. M, Aurel. Cœs. de Eloq,: • Diodori tu et Alexini verba verbis Platonis et XenophonUs et AnUsthenis anteponis? Ut si quis histrioni studiosus Tasurci gestupotius quam Roscii uteretur; ut si in natando, si aeque liceret, ranam potius quam delphînos œmulari mallet, etc... « — Cicéron avait dit, en parlant de Diodore et d'Alexinus: Quonimjsunt contorta quœdam et aculeata qusdam sophismata : sic enim appellantur fallaces quiedam conclusiunculœ. Àeeui. prior.^ U, 24.

^De Jnventione, dans le recueil des Rhet. grcdc. de Walz, vol. l\; p. 559.

\é socratique, Crifîas, Aristophane, Eschyle , Sophocle et Euripide ^

Si nous considérons d'autre part le mérite philosophique des œuvres d'Antisthène, elles sont aux yeux des anciens Fun des plus authentiques , Tun des plus précieux monuments dé l'enseignement dé Socrate, et sôus ce point de vue Panétius ne trouvait à leur compa'rer que les seuls écrrts de Platon, de Xénophon et d'Eschine^.

Mais , pour parler de ce qu'il ne doit qu'à lui-même , on reconnaissait dans ses ouvrages cette qualité du bon appafèillêur que lui attrrbue Socrate dans le Banquet de Xénophon ; Xénophon lùi-mêm'e dît qu'il était fort agréable dans ses entretiens^; Fhistorien Théopompe vante aussi eA lui cet esprit fin et péilétrant qui, par l'habileté et le charme de ses discours , sait amener les autres au but qu'il se propose*; et pour confirmer l'autorité de Xénophon et de Théopompe , Diogène de Laërte en appelait à un témoignage plus direct et plus convaincant, celui des ouvrages mêmes d'Antisthène^.

' Phryn. Arab., Apparat, orat. ap. Photium CLVIII. eiXixpivouç oà xai xaôapou xai 'AttixoÏÏ Xoyou xavovaç xa\ crTdtôfxaç xai 7rapa§6tY(xâ cpYjtfiv apiffTOV .../AvTKTÔévTiv \Lfzk Twv YVTjaioDV aÙTou 8ùo XdywvTOu irepl Rupou xai Tou irepl 'OSuvasiaç. Phrynichtis, dont les jugements personnels auraient peu de valeur, ne faisait ici que reproduire une tradition constante. Kiihn (Adnot. ad Laërt , II , 61) s'est trompé sur le sens de yviQŒioç , et a cru que Phrynichus niait Tauthenticité de tous les autres ouvrages d'Antisthène.

2 Ap. Laërt, II, 64.

3 Ap. Laërt , Vi, 15. ^8tfftov eNat irepl tJi; 6{i,iXiaç auTOv, lY^paT6(TTQ6- Tov Bk ire pi TolXXa.

^Ap. Laërt., VI, 14, Seivbv sïvai xa\ 8i' ôjxiXCaç £{i(ieXoïïçÔTrayaYe<iOatt

irolvô* 6vTivotiv.

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Cicéron, tout en reconnaissant dans ces ouvrages plus d'esprit que d'instruction , se plaisait à leur lecture*; Aulu-Gelle plaçait Antisthène entre Socrate et Platon*; Lucien n'estimait pas moins ses écrits que ceux du chef de l'Académie '; Diogène de Laërte indiquait aussi ce rapprochement qui était dans tous les esprits : < Parmi les philosophes qui portent le nom de Socratiques , il en est trois , disait-il , qui occupent ensemble le premier rang : Platon, Xénophon, Antisthène *. -»

Le célèbre historien de Chio , Théôpompe , que nous avons déjà cité, faisait plus : il mettait Antisthène audessus de tous les autres Socratiques^, et accusait Platon de lui avoir dérobé plusieurs de ses dialogues • ; Pasiphon d'Érétrie prenait, au contraire, Antisthène pour modèle et rangeait ses propres productions parmi celles du maître qu'il croyait avoir imité. H avait intro-

^ÂdÂU,, XII, 6p. 38. Kupo< Bf ty tmhi! sic platuit, ut éetëra'Ântidfhehft hcnninis acuti raagis quam eruditf.

s XIV, c. 1. ut existant per hujuscemodi stellarum concursiones et similitudines Socratae simul et Antisthense et Platones...

^Àdv, indoet., c. 27. xk TOvauTa pi^Xioi iyoi^ , t\ f^aXtaia avaYiY^coff' x£ic otÙTuv ; T^ nXaT(ovoç , xk 'Avitoôevouç ; xk 'AviiXo^^ou , xk 'IintovoxToc ;

^n, 47. ot xopTXpatOTatoi. — Cf. Ps. Gallen., De kitt. pkil. Ii9, t^v JxùxpaTixidv irotvu iroXXcov YEVOfxévtôv , iroXXotç fiiv taoç^ ôùSevoç $i xaraocévrepoç 'AvTiaôivTiç 3fv , 8ç t^jv xuvix:?^v £tç tov ^tov 'Kciçr^^a^t,

^Laërt., VI, 14. toutov {jlovov Ix iratvT(ov2(oxpaTix(ii>vOeoiro{jLico< iTcaivEÎ.

^Athen., XI, p 508, c. Beoicoixiroç b Xtoç Iv tu xaxk xr^ç TIXaTcovoç Storpi^fiç , Toi/c icoXXoi^c , ^o^, f^ âiocXoYcov ouxoti àypeioucxat ij/suSeT^ dfv TIC eSpot , dcXXoTp(ouç Bï xAç iroXXoi)ç ^vraç ^x tî5v 'Api^rdriTOu $tatpipo»v , IviQuç di xdlx T(oy 'AvTtoOévouc , itoXXol»< Bh xix toW Bpumuvoc xw 'HpoxXràrou. Tant d'injustice envers PlatCh ôte un pevc de valeur à radmiratlon de Théopompe pour Antisthène.

duit des ouvrages supposés parmi les œuvres d'Eschine et de plusieurs autres auteurs : il publia sous le nom d'Antislhène le Petit Cyrus, le Petit Hercule et YAlcibiade^.

•Le grand nombre des témoignages que nous venons de recueillir et la valeur de quelques-uns ne laissent aucun doute sur l'estime que les anciens faisaient des ouvrages d'Antisthène; ils les admiraient également au point de vue littéraire et au point de vue philosophique, et si le temps ne les a pas détruits , si jamais ils revoient la lumière , nous aurons peut-être parmi les écrits des Attiques quelques chefe-d'œuvre de plus, et certainement un précieux recueil philosophique à joindre à ceux de Platon et de Xénophon.

Morale et politique, logique et rhétorique, physique et exégèse religieuse, commentaires sur les poètes, Antisthène avait écrit sur les sujets les plus variés. Ses ouvrages étaient fort nombreux^; ils étaient distribués en dix tomes ^, et Diogène de Laërte nous en a laissé un long catalogue. Mais il a sans doute reproduit, sans la

' Persaeus ap. Laërt., Il, 61. - Fabricius (éd. Hàrles., 1. 2, c. 24, § 31 et 32) et Winckelmann (Antisth. fragm., p. 11) n'ont pas compris ce texte et ont accusé Eschine d'avoir supposé plusieurs écrits d'Antisthène. Les anciens faisaient à Eschine le reproche contraire ; ils pensaient que plusieurs ouvrages répandus sous son nom n'étaient pas de lui; voilà ce que disaient Aristippe, son ami (Laërt., II, 61); Ménédème d'Érétrie (ib., 60); Pisistrate d'Ëphèse (ib., 60); Persée (ib., 61) et Idoménée de Lampsaque (Athen., XIV, p. 303).

^Hieronym. Adv. Jovinian , II, c. 14. Innumerabiles libri ejus, quorum alios philosophico , alios rhetorico génère conscripsit. — Laërt., VI, 18. ô Ttfxcov 8ià xo ttX^ôo; ^TriTifJiwv ocùtS) iravTocpu9j <pÀé5ova (pY)aiv ocùtov.

3 Laërt , VI, 15. — Suidas, Antisth. — Eudocia, p. 56 Gicéron cite le

Cyrus y 0, £, c'est-à-dire au IV® et au V» vol. des œuvres d'Antisthène; désignation qui est d'accord avec la division suivie par Diogène de Laërte.

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vérifier, la liste qu'il rencontrait dans quelque traité sur les Socratiques, et il n'a pas même pris soin d'en écarter les œuvres qui , de son propre aveu , passaient pour apocryphes. Heureusement son témoignage est souvent confirmé par celui d'autres auteurs, et par là même nous pourrons arrivera des données certaines sur plusieurs écrits du philosophe cynique.

Antisthène avait composé sur les questions morales un assez grand nombre d'ouvrages inspirés par l'enseignement de Socrate et dont les sujets, souvent même les titres, rappelaient les dialogues des autres Socratiques.

Au premier rang il faut placer celui qui était intitulé Hercule; car nul autre n'eut plus d'importance et de célébrité*. Mais ici se présente une difficulté : Diogène de Laërte, dans son catalogue, indique trois ouvrages portant le nom d'Hercule, au t. IV: .Hçax^ç 6 fieiÇiov 7] Tieçl ioxvoç; au t. X : 'HqaxXfiç rj Mlâaç et 'HçaxXijç 7] neçi q)Ç0V7]ae(jDÇ rj ioxvoç.

Si trois dialogues d' Antisthène , ou même deux seulement , ont porté en titre le nom d'Hercule , comment se fait-il qu'Ératosthène , Plutarque, Proclus et Diogène de Laërte lui-même^, citent simplement Y Hercule?

* Voy. Ëratosthène, Catasierism, , c. 40, p. 30 , éd. Schaub. : xaOàirep XvTi90iv7)ç qpYjaiv Ô ScoxpaTtxoç Iv tco 'Opax^Et. — Plutarque, Devitios. pud., c.,12, § 34. — Diogène de Laërte, VI, 2, 104, 105. — Proclut, m Plat. Aie, eomm.j éd. de M. Cousin, 2e vol., p. 239.

2 Ce dernier dit, il est vrai, oiâi tou {jl£Y^Xou ^HpaxX^ouç; mais ces expressions désignent Hercule lui-même et non pas le dialogue auquel Diogène fait seulement allusion. Le surnom de jxfiYotç était fréquemment appliqué à Hercule ; et par exemple par Julien , dans le passage où il lui fait honneur de l'invention de la vie cynique {Orat. VÎ). Quant à l'expression du catalogue 6 jjLe{2[Mv , j'aurai lieu de l'expliquer bientôt.

N'auraient-ils pas distingué avec soin ces différents ouvrages et désigné d'une manière précise celui auquel ils empruntaient leurs citations ^ .

Diogène de Laërte nous apprend lui-même que Pasiphon d'Érétrie avait supposé et introduit parmi les œuvres d'Antisthène un'HçaxXfjçikdaamv^. Ce dialogue supposé était sans doute 1' 'Hçaxkfjç rj Miâaç.

Mais les deux autres titres n'ont-ils pas entre eux un rapport frappant? Y a-t-il là deux sujets vraiment distincts? La prudence et la force d'âme, telles qu'Antisthène les entend , ne vont-elles pas ensemble , et pouvait-il, dans le premier ouvrage, traiter de Vloxvç sans parler de la yç6vf}aiç qui en est l'indispensable condition? Il est probable qu'un même écrit d'Antisthène figure deux fois au catalogue, que Pasiphon d'Érétrie en avait altéré le titre au t. IV, en substituant 6 fiel^œv aux mots rj Tteçi g)çovi]aemç et que plus tard ceux qui avaient le traité entre les mains rétablirent maladroitement au t. X le titre exact et complet qu'ils ne trouvaient plus au t. IV.

Si nous considérons les fragments parvenus jusqu'à nous, il me semble que leurs rapports étroits, la facilité avec laquelle ils se réunissent comme d'eux-mêmes , témoignent de l'unité d'une œuvre que notre pensée peut reconstituer.

Le titre nous fait connaître le sujet de l'ouvrage.

Antisthène y traite de la force d'âme io^vç, de cette vertu suprême dont Hercule était le modèle et comme la personnification.

< Gomme Gicéron et Athénée distinguent deux Cyrus. 2 Laërt., II, 61.

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La farce d'âme a sa source dans la réflexion , dans la pensée du sage, dans l'tiBprit de prudence, q>ç6vrjaiç*

Elle s'entretient et s'accroît par l'épreuve et la lutte, par le travail et la peine, qui sont dès lors un bien*.

Développer en nous cet esprit de prudence , rechercher la lutte et la peine , c'est par toutes nos pensées et toutes nos actions nous former à la force d'âme, à la vertu; c'est ainsi que la vertu s'apprend^.

Peu importent les autres biens , les biens extérieurs , et par exemple les louanges qu'on nous donne ^.

Le bien suprême, la fin de l'homme, c'est de vivre conformément à la vertu *.

Telles étaient en elles-mêmes et dans leur étroite liaison les principales doctrines exposées par Antisthène dans son Hercule.

Ainsi , pour honorer le Dieu du Gynosarge , le Dieu des vod'OL, le Dieu de la peine et des durs travaux, Antisthème le présentait comme modèle dans l'ouvrage où il exposait les principes les plus essentiels de sa doctrine morale. Désireux peut-être de surpasser Prodicus et de faire oublier la célèbre déclamation du Sophiste , il faisait parler Hercule lui-même, et, comme si le héros

J Laërt, VI, 3 : "On 6 Ttdvoç aYaôov awiax7\ae Sii tôu {asyoXou 'Hp«xX&uç. ...

2 Ib. , VI, 105: Ttjv àpsT^v SiSaxT^v etvai, xaOa cp7)a(v 'AvTiaôévyjc (V TM 'HpaxXet.

3 Plutarch., De vitios. pudor. , c. 13, § 24 : 6 'AvTioOévtoc 'UpaxX^ç irapi)jv£t Totc ^aiai diaxeXsuotxevoç fjiirjSevi x^P^^ ^X^^^ èiraivouvTi axnoiùç. ToÛTO 8* ouSèv éXko ^ fA^ 8ua(uicsta6a( , [nrfi* àvTtxoXotxcueiv x^ iitatvoSvTi.

♦ Laërt., VI, 104 : 'Ap^oxei 5' «OtoTç (toïç KuvixoTç) xai reXoç elvai to x«t' àpiT-^jV Çf,v (àç 'AvTicOevTjç cprjffW ev Toi 'HpotxXct).

avait été inspiré par avance de cette haute, philosophie qui venait de descendre pour la première fois sur la terre , il lui prêtait la sagesse et le génie de Socrate*.

Antisthène s'était autorisé d'une tradition qui faisait d'Hercule un disciple de Chiron et du centaure un sage habile à instruire et à former les autres. Hercule, arrivé dans l'antre de Chiron, avait respecté sa vie; plein d'admiration pour lui, plein d'amour pour la sagesse, il avait recueilli ses enseignements et ne s'était éloigné du Pélion qu'après avoir assisté à la ^ mort de son maître. Plus tard il transmettait à ses enfants les utiles leçons et les sages conseils dont il avait fidèlement gardé le souvenir^*

L'Hercule n'était pas le seul ouvrage où Antisthène eût développé cette thèse qui résume sa morale: a le travail , la peine est un bien. » Les enseignements que lui avait fournis la vie du héros grec, il les cherchait aussi parmi les barbares et, comme Xénophon, il proposait Cyrus pour exemple^.

Diogène de Laërte au tome IV de son catalogue cite :

> C'était Hercule qui parlait, ainsi que le prouvent les passages suivants : Plutarch, De vit. pudor , c. 12, § 24. *0 'AvitaOévioç 'HpaxXrjt; TcapVivgi to»c; 7raiff\ Siax£X£UO[Jisvoç. . . — Proclus in Plat.Alcib., éd. de M. Cousin, II* vol., p. 239 : A^yei ouv ô 'AvTiffOfivouç *HpaxX^ç TCcpî tivoç vEaviaxou içapà Xeiû(i>vi Tp£:po{jiévou..«

- Voy. Plutarch., loc. cit. ; mais surtout Ératosthène, loc, cit. : Içp' 8v(tov Xe(ptova) 'HpaxXîjç ooxeî éXOeîv 8i' Ifpcjxa (7rai8eiaç) 5 xai auvEÎvai èv t^o avTpcj)... fjLOvov $£ Tov xlvTaupov ûùx àvsîX£v , àXX'i?{xou£v aùiou, xaOaTtsp 'AvTi(ï6lvTi; çpYjffiv Iv Tw 'EpaxAEt. — Et Schol, Germ. in Àrat. phœn., p. 136, éd. Sanctandr., 1589 : Gujus hospitio quum Hercules uteretur, sicul Antisthenes dicit, e pharetra sagitta lapsa dicitur pedem ejus vulnerasse, ac ceptoque vulnere illum animam exhalasse et ab Jove astris illatum.

TLaërt., VI, 2.

d'antisthène. 33

Giçaç j et au Y^ : Kvçoç r/ neçi paaùjdaç ; indication confirmée par Athénée qui distingue deux Cyrus^ et par le témoignage plus formel de Gicéron , qui désigne le volume même où ils se trouvent placés'. Remarquons cependant que Gicéron ne parait pas considérer les deux Cyrus conune deux ouvrages différents , mais comme deux livres d'un même ouvrage, et que Phrynichus* dit simplement le Cyrus , sans distinguer les deux entretiens dont l'ensemble formait, à ses yeux, un tout complet.

Quand Di(^ène de Laërte rapporte que Pasiphon d'Érétrie passait pour avoir supposé le petit Cyrus d'Ântisthène , il ne parle donc pas de l'un des deux dialogues inscrits aux tomes lY et Y; mais, sans doute, du Kvçoç rj èçaifievoç ou du Kvçoç r] xavdaxonoi ^ inscrits au X" avec d'autres écrits apocryphes.

Gicéron et Phrynichus ne nous laissent aucun doute sur le mérite littéraire des deux dialogues ^ qui avaient pour titre Cyrus. Malheureusement, il ne nous reste aucun fragment de quelque importance, aucun témoignage qui permette d'en reconstituer la doctrine et d'en apprécier la valeur. On nous a conservé seulement cette belle parole: «0 Gyrus, c'est le propre des rois d'être accusés pour le bien qu'ils ont fait ^;i» et nous savons,

*V. p. 220, c. 'AvTia6fvr,ç S*^v OaTepo) tSv Kupcov...

^AdAtt., Xn, ep. 38. Cyrus ^,6, mihi sic placuit ut cetera Antistbenis.

.^ Ap. Pbot., 158. pLEToi Tâ)v YVY)aia)v auTOu Suo Xoybiv tou icept Kupou xa\ xcS irepi 'OSuaactQcc.

^Les anciennes éditions donnent xuptoç, xupiou

^Le passage suivant d'Airien (Epiet. diss., IV, 5) semble prouver que

l'ouvrage avait la forme dialoguée: xi o3v /eYst *AvTiaOévT)c , oùocicor*

iixouaaç; pxaiXixov, co Kupe, ^pdtTretv [a£v eu, xaxôîc S*àxoueiv.

^Arrian., loc. cit -. M. Aur. Ant., VU , 36. — Laërt., VI, 3.

d'autre part , que l'un de ces dialogues renfermait de violentes accusations, d'amères invectives contre Alcibiade^

Citons, en troisième lieu, les trois livres d' Exhortalions (t. II), qui avaient pour objet la justice et la force d'âme : neçl âixatoovvrjç xai dvâçelaç nçovçeTtVLXoç nçÛToç, âevveçoÇy vçItoç^. Les mérites du style, les charmes de la composition en faisaient un des écrits les plus remarquables d'Antisthène , un de ceux qui rappelaient la manière de ses premiers maîtres^; aussi un grand nombre d'auteurs anciens* en ont mentionné les expressions élégantes et recherchées; malheureusement les fragments qu'ils ont conservés, n'ont aiicun intérêt pour la philosophie.

Outre ces écrits, pour lesquels le témoignage de Diogène de Laërte est confirmé par d'autres autorités, son catalogue signale encore plusieurs ouvrages relatifs â là morale , et dont voici les titres :

Sur la force d'âme, neçi dvdçeiaç, (t. III) ^.

'Athen., V, p. 220, c. 'AviiaôsvTjÇ 8'ev ôaiépoj twv Kupwv xaxoXoywv 'AXxipiaSxjV xai Tcapdtvouov eTvai X^yst ît«i ^U Y^^vaixaç xat sic t^v oXXrjv o^atTav , auveîvai yàp cpr,fftv autov xal fX7)Tpi xa\ Ouyo^'f p^ ^*^ àotkori , ôç IlÊpaaç. — Cf. Ëustath. Hom, Odyss. K., p. 378.

^ Quelques éditeurs voient ici deux ouvrages : Le Traité de la justice et les Exhortations; mais plusieurs autres titres du même catalogue sont accompagnés de mots désignant la nature du traité: epo)TixoÇ; (pjaiOYV(i>{iLovtxoç^ o!xovo(ji.ixo'ç , àvTi)kOYixoç.

3Laërt., VI, 1.

^A propos de Pofjipu^io'; , Pollux, VI, 16, 98; X, 19, 68. — Schol. Apoll. Rhod., II, V. 569. — Erotian., p. 104. Franz. — De (xvt\ SsXcpaxfwv Tpéçp£(j6ai, Athen., XÏV, p. 656, f. — Ils citent êv t5 TrpOTpeimxS).

^^ Simon avait écrit trois livres sur ce sujet et Simraias un dialogue. Laërt., Il , 122, 124.

Sur le bien, neçi dyad^ov (t. III)*.

Sur la loi ou sur le beau et le juste , .neçl vofiav rj rnçi nakov zal âtxaiov (t. III) *. On doit penser qu'Antîsthène y établissait) d'après Socrate, l'identité du beau et du bien, et la dépendance de la loi écrite vis à vis de la justice étemelle et immuable.

Sur l'injustice et rimpiété , neçi adtxlaç xai àoB^elaç (t. VIII); peut-être il les identifiait aussi et montrait qu'agir conformément à la vertu, c'est obéir aux ordres de Dieu et par là même l'honorer.

On pourrait ranger dans cette même classe le traité Sur le plaisir, neçl rfiovfiç (t. VIII) ^ et le neql naiâo- Ttotlaç rj Tteçi ydfiov èçcoTixoç (t. II.) *.

Tels étaient les écrits d'Antisthènequi se rapportaient directement à la morale. La science politique , application immédiate de la première , et à laquelle Platon , Xénophon et les autres Socratiques consacrèrent de si nombreux et si brillants ouvrages, n'avait point été négligée par Antisthène , et le catalogue de Diogène de Laërte présente les titrçs suivants :

Sur la loi et sur l'état, neçi vofiov rj neçl noXireiaç (t. III). C'est probablement le nohvixoç dvakoyoç ^ qui

lOn peut rapprocher le icept xou aYVÔou de Simon. Laërt., H, 132.

2 Simon avait écrit des dialogues, tue pi tou xaXou, Tt to xaXov , irspi SiMctov ir(>(it>TOç, oeuTEpoç. Laërt., Il, 122-123. — CritoD : iccpt Tpu xaXou, ib., lit. — Simmias, t( to xotXov , ib., 124.

^Aristippe avait écrit un ouvrage sous ce même titre. Laërt., X, 4.

*Cf. Laërt., VI, 3 et H. — Qem. Alex. Strom., II, c. 20, § 107.

^ Athen., V, p. 220, d. '0 8è iroXitixoç aùtou SioXoyo; àiravTcov xataSpo- |aV iTspii^ei tSv AÔT^vTjffi Ôrifia^wY^^' — Criton avait écrit des dialogues portant pour titre: ti to êttitt^Ssiov ^ ttoXitixoç, — [IpcoTaYopac ?! ttoXi- Tixoç. Laërt., II, 121.

â6 OUVRAGES

renfermait , suivant Athénée , une violente critique de tous les démagogues d'Athènes.

Tieçi vofiov rj neçi TcaXov xai â^xàiov^y et Ilvçoç fj TteçL fiaaikeiaç^y dialogues mentionnés plus haut.

Ménexène ou sur le commandement; MtvS^tvoç tj neqï zov aç^^iv (t. X.) ^.

Sur la victoire, neçi vixrjç^ oixovofiLxoç (t. III).

Sur la liberté et l'esclavage , neçi èXevd^eçlaç xai dovXelaç (t. III).

Plusieurs ouvrages d*Antisthène se rapportaient à cette partie de la philosophie que les Grecs nommaient la physique.

En parcourant la liste de Diogène de Laërte , nous y remarquons d'abord des traités généraux sur la nature des êtres: le Tteçi ^voecoç a /9' (t. VII), suivi de Ykçœvrjfia neçi q)voecoÇ'

Le Tteçi g)voeo)ç est certainement le même ouvrage que le Physicus cité par Cicéron et par Lactance , et où Antisthène opposait à la pluralité des dieux, à la variété des religions et des superstitions chez les peuples , le principe socratique de l'unité divine. On a le droit de supposer, par analogie, que Clément d'Alexandrie et Théodoret y ont puisé les textes où Antisthène affirme

> Griton et Simon avaient écrit desdialo^es Ttepl vJ^aou (Laërt., II, 121- 122).

2 Je ne crois pas qu'on puisse admettre le titre irepl paaiXeioeç donné à r'Ap^^eXaoç au X« tome. Athénée (V, p. 220) ne permet pas de supposer que ce dialogue eut un caractère politique. On aura pris le nom du philosophe Ârchélaiis pour le mot poétique 'Apx,^otoç, et ajouté, comme Interprétation, ii TTEpi paaiXeiaç.

3Glaucon avait publié un Msvs^evoç (Laërt., II, 124).

d'antisthène. 37

formellement la spiritualité de la nature divine, et l'impossibilité de la connaître et de la représenter par des images matérielles^

D'autre part notons les ouvrages spéciaux:

Sur la nature des animaux, nsçi Coicov g)vaeo)ç (t. II).

Sur la physiognomonie , neçi xtàv aotpiovaiv tpvoio^ YP(ofiovLx6ç (t. II). Athénée cite : Antisthène, èv zœ (pvaio^ Yvœfiovixê^ *; mais le passage qu'il nous en fait connaître, est insignifiant et n'aide pas à comprendre comment un traité de physiognomonie était relatif aux Sophistes.

Enfin les écrits Sur la vie^ la mort et les enfers, Ttêçi Cc^ijç xai d'avdvoVy neçi rov aTto&aveîv, neçi vwv

Presque tous les traités des tomes VI et VII et plusieurs autres encore étaient relatifs à la logique, à la rhétorique et à la grammaire.

Les ouvrages logiques étaient, suivant Diogène de Laërte : /

Un dialogue Sur la vérité, 'AXri&eva (t. VII), l'un de ceux qui , d'après le témoignage du même auteur, rap-

1 Voy. ces textes cités au chap. sur la Physique. — Disciple de Socrate , Antisthène devait considérer bien moins la nature en elle-même que Dieu qui en est le principe et Tordonnateur. Son traité se rapprochait sans doute du 'irepl Bcou de Criton (Laërt. , 121) et aurait rappelé les passages des Mémorables de Xénophon, sur Texistence de Dieu, sa nature et ses rapports avec le monde.

^Àthen., XIV, p. 656, f. — Sur la physiognomonie au temps de Socrate, Qc, De Fato, c. 5, et Alex. Aphrod. ap. Euseb., prap. ev , VI, c. 9.

3Simmias avait écrit un traité Trepi ((otjç (Laërt., Il, 124). — On peut rapprocher le ire pi tcî5v Iv "ASou du tableau de la vie humaine attribué à Cébès : le ir{va( n'est-il pas aussi, comme le remarque Suidas, tmv èv "A8ou

pelaient, par la recherche et l'élégance du style, la manière des rhéteurs et même celle de Gorgias *.

Quatre livres Sur r opinion et la science, n^qï â6^j]ç xai èmavijfirjç a ^ / à' (t. VII), où il opposait sans doute avec Socrate^, aux opinions toujours changeantes, la certitude absolue et l'immuable science dont il avait parlé dans le dialogue précédent.

Le traité Sur les opinions ou le disputewr, êi^ai ij èçiaviTioç (t. VII).

Trois dialogues intitulés le Sathon ou de la Contror diction y Sad-aru^ tj nBql xov àvxikéyuv a /9' / (t. VI). Athénée, qui désigne cet ouvrage souS^ le seul nom de Sathon^, dit qu'il était dirigé contre Platon, et reproche à Antisthène les invectives et les grossièretés qui s'y rencontraient. On peut rapporter à ce dialogue quelques fragments d' Antisthène relatifs aux opinions de Platon ; Diogène deLaërte^ nous apprend qu'il fut écrit à la suite d'une discussion dans laquelle celui-ci avait soutenu contre Antisthène la possibilité de contredire. Je montrerai plus tard quel est le sens et quelle était pour Antisthène l'importance de cette doctrine sur l'impossibilité des contradictions.

^Laërt. VI, 1. — Qimmias avait écrit irept àXv)dsiaç (id., II, l2i, et Suidas).

2 Simon avait écrit icepl éic'.9t*^(AY)ç (Laëri., II, 12â), et Griton, irepl tou yvSvai 7^ tcepl ttj; iitvrrl\\i.'i\<^ , ti to iTriataffôai (id., II, 121).

' SocOt] , virilis sexus ; aàôcov , 6itoxopi(7fAa iraidicov à^j^évcov iià tou

' alSofou.

"^V. p. 2âO, d. nX(XT(ova pieTOVO[iiQe(70tç SdcOcova àffupcoç xa\ cpopiixcoç Tov TauTYjv Ij^ovTa T?iv liriYpatp^v SiaXoyov £^é$(oxs xat* auTOu. — Ib., XI, p. 507, a.

SLaërt., III, 35. — Protagoras avait écrit àvTiXoYiwv 5uo (Laërt , IX, 55. — III , 37, 57). *

d'antisthéîn^e. 39

Deux dialogues sur les procédés dialectiques où il Êusait probablement connaître la méthode socratique de discussion et d'investigation , neçi v'ov diakéyead-ai avTiXoymoç et n^qi Stakénxov (t. VI)*. On peut en rapprocher le Jtêgi ^cuf ijaeaiç xai aTtoxQiûecoç (t. VII) * ; enfin Tt^çl vov lAavQ-dvMv 7tQo^li]fi(XTa (t. VII) ^.

A la rhétorique se rapportaient deux traités sur la persuasion , neçi tqv èmTÇonov fj neçi rov nEvQ'^ad'aiy Tteçi nlazeœç (t. III).

La grammaire avait, aux yeux d'Antisthène , une grande importance; pour lui, «la détermination du sens des mots était le principe même de toute instruction * » ; telle est probablement l'opinion qu'il soutenait dans les cinq livres De l'instruction ou des noms, neçi naiâelaç fj neçi ovofidvmv, a ^ y â^ s (t. VII) , et dans un traité analogue Sur l'usage des noms ou le disputeur, neçi ovofidroiv XÇ^^^^Ç ^ èçiavixoç (ib.); rangeons dans la même série le neçi Xé^eioç rj neçi ;façaxri^'ça>v (t. I) ^.

Telles étaieiit les œuvres philosophiques d'Antisthène : dans leur ensemble, elles répondaient, comme on le voit, à toutes les grandes questions que se pose la pensée humaine ; elles embrassaient à la fois tous les objets de la connaissance , Dieu , la nature et l'homme ; et , si la morale était, à ses yeux, de toutes les sciences la plus

1 Simon avait écrit ^repl tou StaXÉYeoOai (Laërt., II, 123).

2 Le V1II« liv. des Topiques d'Aristotea porté le même titre. Alex. Xphrod. in Topic, fol. 5, 249. — Brandiç, De perd. Ârist. lihr., p. 7.

3Criton avait écrit irept xou [asOeIv (Laërt., II, 121).

^Àrrian., Bpiet, Disseri.<, I, 17, jam cit.

5 Socrate et ses disciples n'avaient pas négligé les recherches grammaticales ;*c'est ce que prouvent les dialogues icepl YpaciAfAcÉTcov de Criton et de Simmias (Laërt., U, 121, 124), et le 7rsp\ Itcmv de Simmias (ib., 124).

importante , il n'avait pas affecté de s'y renfermer et de mépriser les autres parties de la philosophie et de la science.

Le catalogue donné par Diogène de Laërte présente les titres d'un grand nombre d'ouvrages relatifs à Homère; aussi Antisthène est-il souvent cité par les Scoliastes, et Dion Chrysostome l'a-t-il rangé parmi les interprètes du poète ^

Souvent il parlait de la folie des hommes qui croient savoir et comprendre tout ce qu'ils ont confié à leur mémoire ou à leurs tablettes^; et, dans le Banquet de Xénophon , lorsque Nicérate se vante d'avoir appris par cœur tous les vers d'Homère , il se plaît à le confondre par la raillerie : « Les rhapsodes , lui dit-il , ne sont-ils pas les plus ineptes des hommes ? ils vont récitant l'Iliade et l'Odyssée, et sont, comme le remarque Socrate, incapables d'en expliquer le sens ^.» Condamnant ainsi cette admiration stérile pour les poésies d'Homère , Antisthène essaya de les interpréter au point de vue religieux et au point de vue moral.

Elles étaient le plus vaste recueil des traditions mythologiques; et longtemps leur caractère religieux les avait rendues sacrées aux yeux des Grecs. Mais l'âge qui les avait inspirées n'était plus ; la raison avait pris la place de l'imagination, la science celle de la poésie; aux mythes avait succédé la philosophie qui, cherchant à se rendre compte de toutes choses, avait interprété les

1 Dio Ghryst., Orat, 53, p. 554.

«Laërt., VI, 8,5, 6.

^Conv., c. 3, § 6; c. 4, § 6.

d'antisthène. 41

mythes eux-mêmes, et détruisait la religion nationale en prétendant l'expliquer.

Nous verrons plus tard, en nous occupant de la physique d'Antisthène , que , comme Xénophane et Anaxagore, il discuta librement les croyances populaires et les institutions religieuses. Non-seulement on cite de lui des railleries contre les prêtres , contre les mystères : Clément d'Alexandrie, le rhéteur Aristide et les Scoliastes ont emprunté à ses ouvrages sur Homère et nous ont conservé des exemples assez curieux de son exégèse philosophique.

Dans un de ses principaux dialogues, pour donner plus d'intérêt et de crédit à ses idées sur la nature du bien, il les avait rattachées aux traditions relatives à Hercule et au centaure Chiron. JuHen nous apprend qu'il aimait à présenter ainsi les mythes à l'appui de sa doctrine, et que ses ouvrages étaient dignes de servir de modèles à ceux qui , dans l'exposition de la philosophie morale, veulent user de fictions et d'allégories ^

Ces procédés de discussion et d'interprétation lui étaient famiUers dans ses ouvrages sur Homère; et ainsi , en même temps qu'il exprimait librement son opinion sur l'origine et la valeur des traditions religieuses, il exposait ses idées philosophiques d'une manière nouvelle et attrayante.

> Oral., VII, p. Î09, a. cd. Lips., 1696, fol. : 'AvTta6^vv)< 6 2o)xpaTixcK, SffiKp 6 Scv<Kpcov, ^vw 2ià Twv (luOcov àmiYYeXXe. — Ib., p. 115, b: Oi (A^ oXXiL xal Sevof (5v (paiveTat xal 'AvTta6évr,c xat nXdtTcov ^poo^pv)ffdtfuvot iroXXoc^^ou toîc (auOok. — Ib., p. 217, a. 'AvTi^Osvct ^l xa\ SevoçâvTi xat aÔT^ nXdcTbivi icpaYfiaTeuofuvoK i^Otxa; Tiva< 6i7o6e9Si<, où «apcpYOK , àXkii (irra tivo< lictfjLeXeiac , ^ tûiv |x.uOb>v iYxg(Ta(A.éfAtXT«i Ypa^if.... ^XP^^ ''^ 'AvTioôiveiov tuttov ^Y^^aparceiv.

D'autre part, Félève de Socrate, le philosophe qui cherchait partout les vérités utiles à l'homme , pouvait étudier dans les poèmes homériques la peinture des caractères et des passions , et y recueillir des enseignements et des maximes.

Plusieurs passages conservés par les Scoliastes témoignent qu'Antisthène s'était aussi placé à ce point de vue. Il montrait, par exeitiple, que l'épithète de nolvvçoTioç peut désigner une qualité ou un défaut, l'esprit réfléchi et fécond en ressources d'un sage qu'aucune difficulté n'étonne, qu'aucun événement ne prend au dépourvu, mais aussi, chez le méchant, cet esprit xle ruse et de duplicité auquel s'oppose la sagesse de Nestor, la franchise d'Agamemnon , la loyauté d'Achille*. Lorsque Calypso, pour retenir Ulysse, lui promet l'immortalité, Antisthène remarque combien l'amour amène d'espérances tronipeuses et de promesses mensongères^.

Ainsi, dans ces écrits d' Antisthène on reconnaissait l'œuvre d'un philosophe; il considérait Homère comme un sage qui tantôt exprime sa vraie pensée, tantôt, se conformant aux croyances populaires , l'enveloppe sous les voiles de l'allégorie ; et il montrait que la vérité et l'opinion l'avaient inspiré tour à tour ^. Rien n'est donc plus différent des commentaires composés par les grammairiens et les rhéteurs. Antisthène d'ailleurs ne s'était

i Schol. ad Hom Odya., A, 1 , éd. Butmann.

^Ib., E, 211. — H , 257. — On pourrait encore rapporter comme exemple ce passage de Tilrjenu Violetum : lpa)07)0Etç roîa Bel (xavOavetv Tct)v 'Ofii^pou,e971-

''0 , m TOI âv jxeYapoKïi xaxbv Tay^ôovtc TsxuxTai {Odyss,, IV, v. 392).

3Dio Chrysost., Orat,, 63, p. 554. 6 8è X^y^ç oSTOç'Avtidôevouç Iffrl, ëxi --^ lât jxèv 50^7 , xk Si dX7)dsta eipy)Tai t(o TcoiriTTÎ.

d'antisthène. 43

pas astreint à suivre le poète pour expliquer suecessivement chacune de ses pensées ; il n'avait pas non plus exposé dans un traité complet un système de discussion et d'exégèse; il avait seulement choisi quelques points intéressants, présenté quelques essais d'interprétation, quelques études philosophiques sur Homère ^

Dès lors on ne peut s'étonner du grand nombre d'ouvrages sur Homère inscrits au catalogue de Diogène de Laërte; ils y occupent une partie des tomes I et VIII, et le IX® tout entier sous les titres suivants :

nsçi 'Ofirjçov (t. VIII) ; c'est peut-être le traité où , comme le rapporta Dion Ghrysostome , il montrait que le poète exprimait souvent la vérité, mais souvent aussi se conformait aux opinions vulgaires.

neçi 'Odvùoduç (t IX).

'Oâvaaevç tj neçi 'Odvaaioiç (t. I) : il faut peut-être rapporter à cet ouvrage les longues scolies sur le caractère d'Ulysse au sujet du mot nokvTqonoç.

Kxnùjo^ ri ne^i 'Odvaaéœç (t. IX). Le Scoliaste paraît avoir eu cet ouvrage entre les mains*.

Tïëçl oïvov ;fçi5(rca)ç -^ Treçi lAéd-rjç ij Tteçi vov Kvûaûneç (ib.), ouvrage cité par le rhéteur Aristide^.

neçi JÎLiçxrjÇ (ib.).

neçirriç ^dfiâov (ib.); sur la baguette enchantée de Circé*.

TteçVOâvôoéœç xai IIijvekoTtrjç (ib.)^.

f Id., ihid. oùx lEstpyd^caTO aôtov (tov 7coiv)t^v), oô$è xa6* Ixttvt^VTtSv

2 Odyss., I. IX, et SchoL, ibid., v. 525.

3 Orat , XXV, p. 560.

* Myjf., L X, et sur la baguette, v. 238, 193, 319. 5 Peut-être relatif à l'entretien du Uv. 19 de VOdyssée.

Tteçi Tov xvvoç (ib.) ; sur le chien Argus qui seul a reconnu son maître * .

neçVEléinjç xai HrpfekoTtriç (ib.).

'Ad^à 7] TiBçi Trjlsfidxov (ib.) ; sans doute le Scoliaste avait emprunté à cet ouvrage le passage où Antisthène donne Minerve comme la personnification de la sagesse *.

Ttëçi HçcûTéœç (ib.)^.

Tteçi Afiq>iaqdov (ib.).

neqi Kakx^^'^'^oç (t. VIII).

Aïaç rj jiïavxoç \6yoç (t. I).

'OçéùTOV ànokoyla ri tieçï xàv dmoyqdtptûv (t. I).

Les critiques pensent qu'il faut ramener à cette même catégorie les autres ouvrages du tome VIII : neql dâixlaç Tcai dùe^eiaÇj nsçi xavaaxoTtov, neçl rjâovrjç, enfin le traité général neçi è^rjy^vœv (t. VIII), où il faisait sans doute la critique des commentaires vulgaires.

Les sujets de ces écrits sont presque tous empruntés à rOdyssée, c'est-à-dire au poëme dans lequel Homère avait dépeint , non plus la vie des camps , mais la vie humaine avec toutes ses vicissitudes et toutes ses luttes.

Sans doute le catalogue de Diogène de Laërte ne mérite pas une confiance absolue : on peut y avoir inscrit des œuvres supposées et au milieu de nombreuses variantes deux titres aisément se réunissent pour en former un seul, ou bien un titre complexe peut conduire à admettre plusieurs ouvrages différents.

> Odyas., XVII, v. 291, 300, 306.

2 SckoU Lips. adlL^O, 133. ^ V. Odyssée, liv. 1 , 2 , 3, 15, etc.

3 Odyêê, , 1. IV.

d'antisthène. 45

Maidile témoignage de Dion , le naçi oïvov xÇV^^oiç cité par Aristide, et les passages des Scoliastes permettent d'affirmer que ces traités d'Antisthène étaient nombreux et renfermaient des discussions isolées sur différents points des poèmes homériques.

Ils ont tous péri. On nous a , à la vérité , conservé sous le nom d'Antisthène deux déclamations, le discours d'Ajax et le discours d'Ulysse, se disputant les armes d'Achille.

Si elles sont de lui , nous devons regretter que les plus insignifiants de ses ouvrages aient été les seuls que le temps ait épargnés. .On n'y retrouve aucune pensée philosophique, aucune opinion personnelle à l'auteur, aucune interprétation des traditions homériques. Ce ne sont pas Jes essais d'un philosophe qui cherche le sens religieux et moral de poèmes célèbres , mais des exercices de quelque rhéteur, des fieUvai sur un thème donné*.

Diogène de Laërte dit qu'Antisthène avait écrit deux livres sur Théognis, neçi Qeoyviôoç d* é (t. II).

Enfin, citons encore le neçl fiovacxijç (t. VIII); la musique et la poésie ne sont-elles pas sœurs ? les rhapsodes ne chantaient-ils pas l'Iliade et l'Odyssée? Nous avons donc quelque droit de placer avec Diogène de Laërte ce traité d'Antisthène auprès de ses ouvrages sur Homère *.

Telles sont les quatre grandes classes auxquelles on peut ramener les ouvrages d'Antisthène : la morale , la

1 Odyii., XI, V 543.

2 ^mon et Sinumas avaient écrit sur le même sujet. Laèrt. , Il , lit , iSif et Suidât y art. Simmias.

physique et la logique , voilà pour la philosophie dont toutes les questions fondamentales se trouvaient ainsi discutées dans ce vaste recueil : l'interprétation d'Homère est à la fois l'application et la confirmation de cette philosophie.

Le. catalogue de Diogène de Laërte présente en outre quelques ouvrages dirigés contre les contemporains d'Aniisthène.

L'ouvrage sur Aspasie , 'Aanaala (t. V), est également cité par Athénée^, et nous savons par celui-ci qu' Aspasie , Périclès et ses fils y étaient accusés avec violence par Antisthène.

Nous avons déjà vu que l'authenticité de VAlcibiade était contestée et qu'il était attribué à Pasiphon d'Érétrie. Cet ouvrage n'est cité qu'au catalogue de Diogène de Laërte (t. X), et le silence des autres écrivains anciens ^t d'autant plus remarquable qu'ils ont souvent invoqué contre Alcibiade le témoignage d' Antisthène. Athénée , le seul. qui ait désigné l'ouvrage où il puisait, a cité l'un des deux Cyrus *.

Ce qui est certain , c'est qu'Antisthène avait en ses écrits accumulé contre Alcibiade les accusations les plus graves : ici la lib^té du Cynique n'avait aucune mesure et, blâmant en termes énergiques la conduite et les honteux plaisirs d'Alcibiade , il l'accusait d'avoir rendu

« V. p. 220 d. — Cf. XIII , p. 589 e.

2 II cite le Cyrus au liv. V, p. S20 c. — "Neus lisons au livre XII, p. S34 c.

xai diraiSeuTOv xa\ ToXfx/jpov xai wpaîov Itp* i^Xixiaç ^eveGÔai çiQafv. — Voy. : Plut., Vit. Alcib. init. — Proclus, in Plat. Alcib., éd. de M. Cousin, vol. 2, p. 261. — OlymiModor. , p. 28. — fiustath., Homer» Odyts.j K., p. 878.

d'antisthène. 47

complices de ses dissolutions et de ses débauches ies personnes mêmes que la nature lui faisait une loi de respecter. Toutefois, cette haine contre Alcibiade, cette indignation qm n'épargnait ni lui ni sa famille, avait sans doute dans la conscience du disciple de Socrate son excuse et ses principes avouables. Alcibiade avait donné à Athènes l'exemple de tous les désordres et avait eu sur les mœurs grecques là plus malheureuse influence; mais ses brillantes, qualités et souvent des actions honnêtes faisaient presque oublier sa trop publique immoralité; il n'avait pas moins étonné par ses vertus que par ses vices. Dans la vie politique , s'il avait pris de l'ascendant sur les Athéniens, c'était pour leur malheur ; quand , à ses espérances de conquêtes et de gloire, succéda l'exil, il conspira contre sa patrie, et aisuite, comme étonné de lui-même, il chercha à détourner les malheurs qu'il avait appelés sur elle. Ainsi^ toujours prêt à jouer tous les rôles avec on égal succès, toujours opposé à lui-même , il réunissait au plus haut degré les qualités du Sophiste. Gomment reconnaître en lui le disciple, l'ami de Socrate? Ou plutôt, comme disaient les Athéniens, que penser de T^elui qui avait formé un pareil ennemi de l'état; de la morale et des Dieux? Alcibiade contribua plus que tout autre à confondre, aux yeux du peuple, Socrate avec la race méprisée des Sophistes, et, en accréditant cette erreur fatale , il prépara la condamnation , la mort de son maître. De là cette profonde haine des Socratiques contre Alcibiade, haine dont les écrits d'Eschine ne témoignaient pas moins que ceux d'Antisthène*.

I Etcbine avait écrit des ouvrages contre Alcibiade (Diog. Laërt., H, 61. — Suidas.— Priscian. WII, «0, § 159.--Athen., XIV, p. 656, f. — ArisUd.,

Celui-ci avait écrit contre Isocrate, à propos de son dfidçvvçovy et peut-être aussi contre Lysias. Mais Diogène de Laërte est ici la seule autorité , et son texte fort altéré laisse des doutes et sur le titre et eur le nombre même des ouvrages (t. I).

Enfin , Antisthène avait attaqué Gorgias dans un dialogue intitulé : 'Aç^ékaoç (t. X)*, dialogue dans lequel il paraît avoir confié au célèbre disciple d'Anaxagore le soin de combattre ces Sophistes qui avaient avili et prostitué la sagesse et la science.

Tels étaient les ouvrages d' Antisthène : après les avoir ainsi classés , il ne sera pas sans intérêt de rechercher sous quelles influences ils ont été composés et comment ils rappellent l'histoire de son esprit.

Gorgias et les autres Sophistes lui inspirèrent le goût du style riche et harmonieux qui distingua toujours ses écrits. S'il sut résister à l'influence de ceux qui lui enseignaient à soutenir avec un égal succès les thèses opposées , si plus tard il les combattit, on ne peut nier cependant que quelques-uns de ses ouvrages ne rappellent leurs enseignements et surtout les recherches grammaticales de Prodicus ; tels sont le neçi lé^eœç rj

Orat., 1 et 2), contre Âspasie (Priscian., XVIIl, 31, § 303. — Diog. Laërt. — Suidas. — Harpocratio. — Athen., V, p. 220. — Plut., Vit, Pericl., c. 24. — Gic, De Invent,, l, 31), contre Âxiochus, père d' Aspasie (Diog. Laërt — Suidas. — Harpocratio. — Athen., V, p. 220. — Pollux, VII, 185). — Phédon et Euclide passent pour avoir également écrit des ouvrages sur Alcibiade.

> Athen. , V , p. 220 d. 6 8' 'Âp)^éXao< Topyiou tou ^^topoç (xaTaSpo(A:!|v irepi^^Ei). — Nous lisons au catal. de Diogène de Laërte ce titre qu'on ne peut guère concilier avec celui d'Athénée : 'Ap'/éXaoç ^ irepi ^aaiXeiaç. J'ai déjà montré que ces derniers mots n'étaient sans doute qu'une addition malheureuse d'un copiste.

d'antisthène. 49

Tteçi x^tçccxTT^wVy Tteçivov âiàkéYBOd'aiy TteçidiàkéKvov, mçi naiâêlaç rj ovofidvtoVy neçi ovofidxayv XÇV^^^?* Peut-être leur dut-il son goût pour Homère et appriHl à le connaître et à l'admirer auprès de ceux qui s'inspiraient souvent à la lecture de ses poèmes.

UMchélaus est l'ouvrage du disciple désabusé, d'Antisthène devenu l'élève de Socrate , et il faut en rapprocher sans doute le neçi xtav oo(piaz(av (pvoioyvmfJifivvKoç et ses ouvrages sur l'impossibilité des contradictions.

Avec Socrate, Antisthène apprit à tempérer la recherche du style et se forma à la simplicité et à la mesure que n'avaient pu lui donner ses premiers maîtres. Il chercha à imiter dans ses écrits la forme de ces conversations habiles , par lesquelles Socrate conduisait si sûrement les esprits au but qu'il avait marqué d'avance. Nous pouvons affirmer que les Exhortations, le Politique, le Cyrus, la Vérité, le Sathon étaient des dialogues; Diogène de Laërte* et Panétius* semblent même désigner sous ce nom tous les ouvrages d' Antisthène. En parcourant la liste de ses écrits sur la morale, n'a-ton pas été frappé des traces que les leçons de Socrate y ont laissées? Quels sujets y sont traités sur lesquels Antisthène n'eut maintes fois entendu discuter son maître? Je n'en veux qu'une preuve: ce sont les rapprochements nombreux , permanents entre les titres de ces ouvrages et les sujets traités par les autres Socratiques.

< VI, i. TO pvjTopixov el$o< Iv Toîç $iaX<>Yotc ^iri^épei xa\ (AoXiara ht v^ 'AXviOsia xa\ toîc irporpeirrixolc

^ Ap. Laërt , II, 64. icavxiov (aIvtoi tôiv ScoxpsTixcov $iaX(iY<i>v n^*" vaCttoç dXv)0€Îc slvai 8oxsi Toi»ç DXdlTajvoç, Sevo^vro^, 'AvrtoOivouç»

Le soin que j'atpris d'indiquer en mes notes les dialogues de Simon , de Simmias,. de Phédon , de Cri ton , d'Eschine, me dispense d'insister sur ce point.

Dans sa juste reconnaissance et son admiration pour celui auquel il devait les richesses de l'âme , Antisthène se plaisait à mettre Socrate en scène et à lui codifier le principal rôle dans ges dialogues* ; il le proposait comme un modèle, il vantait ses conseils 2, il célébrait sqs vertus et surtout cette force d'âme qui suffirait à nous rendre heureux si nous la possédions au même degré que lui ^. Il rappelait aussi le courage que Socrate avait montré dans les combats et les droits qu'il s'était acquis au prix de la valeur. Lorsque Athénée , opposant l'opinion de Démocharès et le silence de Thucydide au témoignage de Platon et d' Antisthène , cherche à prouver que Socrate n'a jamais porté les armes : « Le Cynique , dit-il , se plaît en toute occasion à rendre hommage à Socrate*.» C'est ainsi qu'en voulant infirmer l'autorité

1 Voy. Athénée, V, p. 216 cité plus bas.

2 Athen., V, 220. xouTotç toîç àvSpaaiv oOSstç à'^a^o^ cupi^ouXo; eTvok Soxeî, àXXÀ 2)(oxpaTV]ç.

3 Laërt., VI, 11.

* V, p. 216. oux léri S* Itu{jlo< Ô Xo^oç oStoç • j^apiÇexae y^tp xai 6 KucDv o&xoç TToXXâi tÇ Scoxpd^Tfii. .. xa\ irpcaeiraYei T9i ^EuScypa^ (qç ; Xeyodv out(i>ç • ^(jLeîç Se àxouofAev xav t^ irpbç BoiwTobç [t-djri xà àpicxeïa ae Xapeïv. — euçpiqfxgi, w $Eve • 'AXxijîiaSou xb y^paç, oux Ifjiov — aou ye 80VXOÇ * (i)ç ^fAEÎç àxouofAEv. Sî Athénée a reproduit exactement le texte d' Antisthène , celui-ci aurait donc rapporté à un combat contre les Béotiens un fait qui d'après Platon {Symp.^ p. 220), Plutarque {Alcib., c. 8), Diogène de Laërte (II, 23), Élien (III, 17), se passa pendant l'expédition contre Potidée. Gasaubon (Ànimad. in Athen. , V, c. 15) propose de lire irpbç IloxiSataxaç au lieu de irpbç Botojxouç. Les passages où Thucydide parle de l'alliance des dorinthiens et des Potidéates avec les Bottiéens et de l'incursion de Phormion dans la Bottique pendant le siège de Potidée (I , § 57 , 58 , 65) permettraient

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d'Antisthëne , il nous fait savoir ce que pensaient les anciens de sa vive et pieuse affection pour son maître.

Dans ses ouvrages, l'influence socratique est donc prépondérante comme elle le fut dans sa vie , comme elle le fut dans sa doctrine.

LeJSdd-iov, dirigé contre Platon, marque ses rapports avec le chef de Técole académique ou, pour mieux dire, l'opposition fondamentale entre les deux écoles dès leurs premiers jours.

Enfin , on nous a conservé sous son nom une lettre adressée à Aristippe ; mais Diogène de Laêrte ne mentionne aucune lettre d'Antisthène ; et l'accord de tous les critiques pour la rejeter avec les autres lettres socratiques, et l'attribuer à quelque rhéteur, ne permet pas de la regarder comme authentique*.

Telle fut la vie et tels étaient les écrits d'Antisthène : la liste de ses ouvrages par la variété des sujets qu'il a traités , l'histoire de son esprit par les grandes influences qu'il a subies ou qu'il a combattues, ne méritent -elles pas que l'on prenne pour objet d'étude la doctrine qu'il a professée?

de soutenir qu'Athénée ou les copistes ont écrit irpb; Boimtouç pour irpoç Borna louç. Le témoignage d'Antisthène se concilierait dès lors avec celui de Platon.

* Une réponse d' Aristippe à un mot de Diogène (Laërt. , II, 68) parait avoir fonmi le sujet de cette lettre attribuée à Antisthène et d'une lettre qui porte le nom d' Aristippe.

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