‹ AntisthèneChapitre 8 sur 21 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Morale.

a La fin de l'homme est de vivre conformément à la vertu y> ; tel est le grand principe qui domine toute la morale d'Ântisthène : il l'avait établi dans, l'un de ses plus importants ouvrages , dans Y Hercule^, et se plaisait à le reproduire sous des formes diverses : <t Quelque action que fasse le sage, disait-il, il est dirigé par la vertu tout entière y xavà nàaav apcri/v^; les devoirs qu'elle lui impose doivent lui être plus sacrés que toutes les lois écrites^.»

Mais suffit-il qu'il ait dès le début prononcé ce beau nom de vertu et que sans cesse il le répète? Ne devonsnous pas lui demander ce que c'est que le bien, d'où nous vient la connaissance de nos devoirs, et au nom de quelle autorité il nous prescrit des règles de conduite?

Sur ces importantes questions il a gardé le silence , et sa morale n'a pas plus que les autres parties de sa phi-

1 Laërt., VI , iOi. 'Aplaxet S' «ôtoîç xai tAoç etvat to xax* àpex^v 2^v (b>ç 'AvTt(rOévv)c cp7)a\v ht t(J) 'HpaxXeT^ ôfAOi(i>ç toïc Stohxoiç)...

2 Schol. in Hom, , II. 0. 123 , éd. Bekker. '£x toutou xa\ 'AvTtaôsvY)c 97)a\v (S>ç El Ti TrpdcTTSi ô (Tocp^ç, xaT^ Ttavav âp£T:)|v évepYEÎ. Cf. Ps. Diog., dans les Extr^ des mss. de la bibl. du roi, t. X, p. 271 : TauTa 6 Kucov (jiova Suvi^aeTai  xaT* dpeT^ svep^eÏTSi — Âmmonius Ad Arist. categ., cité par Ménage ad Laërt., VI, 13. Kuv(xo\ TrpoffUvTo [kh xal '^aTtaÇovTo T&c ipeTàç xal to^ç xaT* dlpsT^v (ÎJVTaç. — Voy. la définition de la philosophie cynique par les Stoïciens, Laërt-, VI, 104; VII, 121. — Suidas, art. KuviGfxoç. — Plut., Amat.j c 16.

3 Laërt., VI, 11. Kotl tov aocpov o& xaTà Toi^ç xeifA^vou; vofAou^ iroXi- TeueaOai, àXXà xaxà tqv tyjç àpsT^.

iosophie le caractère d'une sdence réfléchie et profonde. Ëléve de Socrate , il se contentait d'en recueillir l'héritage, et ne pensait pas qu'il y eût lieu d'éclaircir ces grandes idées morales avec lesquelles les entretiens d'un tel maître avaient familiarisé son esprit : la vertu, le bien , le devoir, étaient pour lui des expressions reçues et consacrées; et, du reste, conunent les eût-il définis, lui qui regardait toute définition conmie impossible? S'il est vrai qu'on ne peut affirmer que le mtoie du même, il faut se borner à dire que la vertu est la vertu , que le bien est le bien^

Mais, s'il ne veut pas définir, c'est, comme nous l'avons montré , parce qu'il craint d'introduire dans l'es» sence de chaque chose la diversité et le changement: ert en particulier, s'il se refuse à expliquer l'idée du bien par d'autres idées, c'est pour mieux marquer que le bien est parfaitement un et identique avec lui-même '. Tandis que Protagoras reconnaît des vertus particu*

1 Fiaton foit sans idoute aUusion à Antisthène, brsqu'il parla de cêt phUe- Mphes qui font consister le bien dans l'intelligence, mais ne peuvent expUqoer ce que c'est que l'intelligence, et sont réduits à dire qu'elle se rapporte au bien. « Et comment ne serait-fl pas plaisant de leur part de nous repro<iher notre ignorance à l'égard du bien et de nous en parler ensuite comme m nous le connaissions? Ils disent que c'est l'intelligence du bien, comme si nous devions les entendre , dés qu'Us auront prononcé le mot de bien. » De

rep,, VI, p. 506 b. TOtç xo[Ju];oTspoiç 9povT|9tç doxeî etvai xo é^OL^^

fp^aiv «ÔTO cpaaiv eivai dyadou, b)ç au ^uvi^vtcov ^iawv 8xi 'kt^oni^w, iireioàv to tou àyaOou çOÉY^uvTai ^vofiia. — Trad. de M. Cousin, vol. X,

2 Xénopbon lui prête ces paroles qui montrent que dans Tessence de la veKu U n'y a aucune opposition, aucune contradiction possible : «L'excellence de la justice est incontestable; quelquefois la valeur et la sagesse semblent miisftles à nos amis, mais la justice ne renferme jamais un mélange d'injustice.» 4 U ^ucotiotfuw) oOU xoA* £v oufAfA^Yvvtai tÎ) àiviUtfm Oom;., c. S,

lières qui peuvent s'opposer et s'entre-^détruire, Antisthène soutient que la vertu ne peut être différente d'ellemême, que son essence est une et que les conditions où nous sommes placés n'introduisent en elle aucune diversité. «La vertu, dit-il, est la même pour l'homme que pour la femme*. » Il reconnaît, d'autre part, que la distinction du bien et du mal ne dépend point des vaines opinions, que l'essence de la vertu est absolue et immuable; ainsi quand les Athéniens accueillaient par des murmures ce vers d'Euripide , que semblent avoir inspiré les Sophistes: (cUne action est-elle honteuse quand elle ne le paraît pas à celui qui la produit?» — « Le mal est toujours le mal , qu'il le paraisse ou non; » disait Antisthène*.

Comme Socrate il identifiait le bien avec le beau: «c Ce qui est bien , disail^il , est beau , ce qui est mal est laid^.» Mais il se contentait d'énoncer ce principe sans l'expliquer et sans le rattacher aux recherches dialectiques par lesquelles Socrate y avait été conduit. Nous verrons plus tard comment il fut interprété par ses successeurs, et comment ces mêmes paroles qui exprimaient une des plus hautes conceptions de la métaphysique platonicienne , servirent à légitimer les plus honteux excès du Cynisme.

^ Laërt , VI , 12. 'Av^p^ç xa\ Y^vaix^ç f| «0x9) âper^.

2 Plutarch. Quom. adol. poet. aud. deb.^ p. 33 c. ('4vTiaOev7)ç} 6 fxiv vi [LakoL Tobç 'Â07)va(ouç l$â)v Oopuêi^vavTaç h tÇ ôeaTpo) ct\ ^'aio^p^v^ ^v [Li\ Tolat )(^poi>(x^voiç SoxTJ ; > icapaêoXXoiv cCOt); c aïo^p^v xb y* orla- XÇ^9 ^^v ^^^9 ^^ (A^ SoxTJ. > On attribue aussi ce mot à Platon et à Diogène.

3 Laërt., VI, 12. Tàfot^h. xoikk ' xà xaxi «loxp^. Et au catalogue des œuvres d'Àntisthène (t. III) il faut remarquer trcpl v<$(iiou ^ trepl xaXou xal $uca(ou.

Ces opinions sur la nature du bien , Ântisthëne ne les avait pas établies, légitimées par une discussion approfondie; mais consacrant le principe de l'unité de la vertu et de l'immutabilité du bien , il avait assuré à sa morale une base stable et inébranlable.

Le but de sa morale est de former l'homme à la vertu. € La vertu s'apprend *,3> disait-il avec Socrate. Ainsi ce bien le plus précieux , le seul véritable , ne dépend pas , comme les autres, du hasard de notre naissance ou du caprice de la fortune; il n'est pas le privilège de quelques êtres favorisés; tous peuvent y atteindre.

Mais comment la vertu s'apprend-elle? Gomment l'homme se forme-t-il à la pratique du bien?

Par la réflexion, répond Antisthène, mais surtout par la lutte et par l'effort.

Il s'appliquait à montrer que , pour devenir vertueux, l'homme doit cultiver son esprit par l'instruction , comme il perfectionne son corps par les exercices gymnastiques*; qu'il importe surtout de développer en nous un jugement droit et une saine raison , vovç^, et ces qualités de prudence et de sagesse, yçoVijcytç; qui décident de notre conduite, e: La prudence , ajoutait-il , est de tous

1 Laërt., VI, 10. $i$GtXT^v direScixvue tjjv dpsTi?|v. — .Ib. 105. âpiaxei ^ aÔTotç (toTc KuvixoTç) xal tJjv dpex^v $t8fl(XTi?|v elvoti, xada fYjCtv 'ÂvTtaOévir)^ Iv tÇ 'HpaxXsî. — Suidas, art. KuviafA^ : dlplaxci £* aÙTolç (tok KuvucoU) xal xh $i$axTJjv t^v dpex^v eivai. — Cf. len. Como.^ c. i.

^Stobe., Gaiif,^ t. IV, p. i06, append. : 8cî toIk (AéXXovTa^ àyaOobç ^v- Spa< yevifceaOai, t^ {ilv 9S>(Aa ^^fAvatatoK dffxetVy x^v 5è ^|aix^v iraiStuciv.

3 Laërt. , VI , 8 , 5 , 6. — Chrysipp. , ap. , Plut. , De Stcïe. rep. dsî xtIo- Oat VQÎfv ii Ppoxov. — Voy. les paroles de Diogëne ap. Laërt., VI, ii.

les remparts le plus sûr, c'est le seul qui soit à Tabri de la trahiaon; si. les murailles d'une ville résistent aux attaques , elles peuvent être livrées par un traître qu'elles renferment, mais celles de l'âme demeurent inébranlables; assurons-nous donc des convictions qui soient pour nous comme un inexpugnable rempart*. y> Interrogé sur ce qu'il avait gagné à étudier la philosophie : € C'est, disait-il , de savoir converser avec moi-tnême. *» Il reconnaissait donc avec Socrate qu'il est utile de nous observer , de nous interroger et que cette perpétuelle réflexion sur nous-mêmes est une condition essentielle de la sagesse. En même temps , il voulait que celui qui désire faire des progrès dans la vertu, s'instruisît auprès des hommes capables de l'éclairer: «Quelqu'un lui demandait le moyen de devenir bon et honnête : « Ecoutez ceux qui savent, répondit-il, et apprenez d'eux à corriger ce qu'il y a de mal en vous^. L'étude la plus nécessaire, c'est de désapprendre le mal*. »

' Laërt., VI, 13 : Teïj^oç àdtpaXsfftaTOV, cppovYiariv [at^tê Yapxaxa^^eiv, [jLi^TE TTpoôiôoffôai. Tetj^Y) xaTaffxeuaorxgov Iv toïç auTwv àvaXwtoiç Xo- YifffAOtç. — Epiphan. in Neandr. , Op. aur. , p. 700 : 'AvTtffÔévY); IXe^e xk reiyri Twv irdXewv eïvai ffcpaXsp^ trpoç tov loroi TtpoJdrrjV , iaakiMxti Se xk TÎjç ^\i'/(ri^ xa\ àpj^aYn-

2 Laërt., VI, 6: Ipwôyiôet; Tt auTw TrepiyeYO^^^ ^^ (piXoffo^iaç, IcpTj' TO SuvaaOai lauiM ô;jliXsIv. A ces paroles, il faut opposer le mot d*Aristippe : «La philosophie m*a appris à vivre avec les hommes.» Ib. , II, 68.

3 Phanias, ap. Laërt. , VI, 8 : 'EpwOrjôelç tith toïï xi TcoiSiv xaX6ç xàyaSoç IffoiTo; £:pr, , el ri xaxi S ^X^iç, ^xi cpeuxTàlori fjLaôoiç rapà tGv eI$OT(t)vt — «Apprenez de ceux qui ont été liés comme vous... ce sont gens qui savent ce chemin que vous voudriez suivre et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé... » Pascal, Pensées, art. Infini j rien; éd. Feugère.

^ Laërt. , VI , 7 : èpu}xrfig\^ xi xm (xaûïifAaTWV àyaYxau^xaxov , ?<p>) , xh XQtxi dirojAoeOeîv. G'e^t comme une eiqpression plus brève et plus piquante

d'antisthène. 9i

Qu'on n'accuse donc pas Ântisthène d'avoir recommandé et pratiqué une vertu inintelligente et sans dignité. Les paroles que nous venons de citer, ses ouvrages si nombreux et si variés , les enseignements et les conseils qu'il aimait à prodiguer, tout témoigne que, pour lui, une intelligence cultivée , vovç, des convictions raisonnées, XoyiOfwlj la connaissance éclairée du bien, tfffovriaiÇi sont l'indispensable pr^aration de la vertu ^

Mais , en même temps qu'il cherchait à développer le bon sens, le jugement, la saine raison, à mettre en lumière les vérités pratiques , il regardait conune inutiles, et même conune nuisibles, les sciences subtiles et ardues , les vaines spéculations qui n'ont aucun rapport avec la vertu , notre but suprême. La vertu , disait-il , est dans les actions et ne réclame ni beaucoup de paroles, ni une grande science*. Ainsi, pour élever la morale à une hauteur où ne puisse atteindre l'art des Sophistes , il va montrer que le vrai mérite n'est pas à bien parler, mais à bien faire, que pour parvenir à la vertu il ne suffit pas de s'instruire et de méditer, que le perfectionnement de nous-mêmes est au prix d'efforts constants et de luttes pénibles.

de la pensée précédente. Quelques mss. donnent to iCEptaipeîv to diro|Aav- Odcvetv qui, au point de vue grammatical, comme au point de vue philosophique, est moins satisfaisant. To TTEpiaipeîv ne semble-t-il pas une explication du mot dicofJLOtdtîv introduite plus tard dans le texte par quelque copiste?

1 Sur la nécessité d'étudier la philosophie, voy. Stobœ., append., éd. Gaisf., t IV, p, 407 : ép<oOr|ôeic Oiro xivoç t^ SiBaUi "^^v ulov , eticev* si piv OeoTç (iéXXsf <ju(a€ioiîv , f iXddof ov , si dà dvOpoiicoïc , ^i^xopa,

« Laërt., VI, 11 : t^v dped|v tcov {pyiov iTvai, (AiiTe X^y^v icXe(ffTwv &0|Aévi)v, (Ai^TC fAsOiiitaTuv. — Voy. ce qu'il disait des lettres (ib. , lOS), et de la musique (Phit. , YU. Periel», init).

« Le travail est un bien , d ou plutôt : « La peine est le bien par excellence, 6 novoç àYa&6v^.j> Telle est la thèse célèbre soutenue par Antisthène dans le Cyrus et dans YHercule. Tandis qu'un autre disciple de Socrate confond le bien avec le plaisir, il entreprend de prouver que le vrai bien est dans le travail , dans la peine. C'est par Y exercice j dit-il, par l'effort, les privations, les souffrances , par YaaxrjOiç * et le novoç que l'âme dirainuera les besoins du corps et le contraindra à lui obéir, qu'elle assurera sa propre liberté et sa dignité, qu'elle acquerra ces éminentes qualités du sage : la fermeté , la constance , dont Hercule et Socrate ont donné de si glorieux exemples : ro xaçveçixov ^, àvâ^eia *, ia^vç ^.

La vie d' Antisthène n'est qu'une belle et vaste application de sa doctrine : placé par sa naissance dans la plus humble condition, il l'avait aimée, parce que l'obscurité, disait-il, est un bien et a les mêmes avantages que le travail et la peine ^. Il vient chaque jour du Pirée à Athènes pour entendre Socrate dont il imite les mâles vertus ' ; il propose Hercule pour modèle et mérite de

< Laërt., VI , 2 : ^Tt 6 Ttovoç é.*(OLbo^ , ouvéatriae Stà tou fjLeyaXou *Hpa-

xXéoUÇ XQc\ Toti KupOU* TOV {xâv à770 TCOV 'ËXXl^Va)V, TOV Sa iizo Tfi5v

pap6ap(t)v éXxuaaç. — Il regardait comme indifférent le mal que Thomme peut éprouver : Ta 770VY)p& Ttàvra vOfAiÇs ^evixa. Laërt. , VI, 12.

2 Stobœ., éd. Gaisford., vol. IV, p. 406 , déjà cité.

3 Laërt., VI, 2. Ttocp' oZ (ScoxpoETouç) to xocpTgpixbv Xa6(ov (8 'AvTtffôévK];).

^ Antisthène avait écrit trois livres d'exhortations , irspl SixatoauvY)ç xal àv$pe(ac. Laërt., VI, 16.

5 Laërt., VI, 11. 2(i)xpaTtxyiç lo^^uoç. — Euseb,, Prœp. evang,^ XV, 18. *AvTt90évy)ç *HpaxXe(OTix<^ç tiç àvJjp to cpp^vY)fi.a.

6 Laërt., VI, 11 : tt^v te àSoÇ^av, aYaôov, xai feov tÇ Tcovcp.

7 Laërt., VI, 2 et 11. — Cic, De Orat., III, 17.— Xénophon (ap. Laërt., VI , 15.) appelle Antisthène lYxpaT^^TaToç.

d'antisthène. 93

lui être comparé^; il se contente de la nourriture la plus grossière , et n'a d'autre vêtement qu'un manteau replié sur l'épaule ; dur pour lui-môme , il a le droit de l'être pour les autres et traite rudement ses disciples ; s'il distingue Diogène entre tous , c'est qu'il reconnaît en lui un ami de la peine ^.

De même qu'il avait identifié la peine avec le bien , il identifia le plaisir avec le mal ^ : e: Mieux vaut, s'écriait-

> Euseb. , loe, cit,

« Dion Chrysostome (VIII , p. 275 , Reisk.) rapporte que Diogène reprochait à Antisthène d'être [AaXqrxcoTEpoç, et il ajoute : £)^aip6v o3v (ô 'AvTtffOevT};) TÎi itoL^^7\fsicL Toû Aïoysvou; , toffitep ot Itcttixoi Sxav fjnrov 6u(i.oet59) Xa- €viOw , d(XXb)c 82 divSpeîov xa\ çtXoTCOvov. — Nous pourrions dire d*Àntisthène ce que Diogène de Laërte dit d'Eschine le Socratique : Alo^^vrjç Ix vécu f tXoicovo^* Bih xai Suixpatouç oux âirsoTT) (H , 60). — Sur le double sens du mot (pt^loirovo^ , voyez Gicéron (7ti«c. , II, 15): Industrie» homines, Grœci studiosos,. vel potius amantes doloris appellant; nos commodius laboriosos; aliud est enim laborare, aliud dolere. verborum inops interdum, quibus abundare te semper putas , Grœcia !

3 Diogène de Laërte (IX, § i 01), en rapportant l'argumentation des Pyrrhonîens : < aucune chose n'est par eUe-même bonne ou mauvaise , autrement elle paraîtrait telle à tous les hommes » : to aÔTO O9* o& piàv Sold^noLi àycShv &K ^ ^Sov^ &iro 'Ewixoupou • ô<p' o5 8à xaxbv à; ôtto 'AvTiffôévooç, Id. VI , 3. IktfE ouvEjç^àç, {jLavfifïiv (jlSXXov ^ ^,ff6e{yiv. — Sextus Empiricus en reproduisant la même argumentation {Adv. Math.^ XI, § 73, p. 704, éd. Fabric. 1718) : OÏov t^v -JjSovtiv ô [aev 'ËTttxoupoi; dcYaOov eïvaC «p>)ffiv • 6 li £iitù)v ' fjLave(7)v fAo^Acv ^ :^a6e(r,v , xaxov . . . Antisthène n'est pas nommé, mais suffisamment désigné quelques lignes plus loin par les mots : Tivt ^^Tbiv Kuvtxûiv (^ ^Sov:^) xaxov. — Cf. Hyp, P^ftrh.y III, c. SS, S 181 y p. 171 : 'Eviot Sk T^v ^$ovV ^(rKaaoLVxo ok àya^ * Ttvàç Sk xaxiv QcuTV)v dvTtxpi>c etvaC (pa9i' &axe xai Ttva tmv ix (piXoao^ {«c à^af^i^^aa^ 6at* |Aave(Y)v fjLStXXov ^ ^o6e(7)v. — Aul. Gell., Not. Jt^, IX, 6. De voluptate veteres philosopha diverses sententias dixerunt. ... Antisthenes Socraticus summum malum dicit. Ejus namque hoc verbum est : Mavc(Y)v (aSXXov ^ ^o6ttir)v. — Cf. Attgust., Civ. Dtiy Vlll, 8. — Aristote a fait certainemeot

il, lafoliaque la volupté; puissé-je devenir fou plutôt que m'abandonner au plaisir*. Les plaisirs des sens, disait-il à ses amis, ne méritent pas qu'on étende le doigt*; celui qui s'y abandonne se condamne aux déceptions , aux regrets , aux souffirances , cruelle expiation de jouissances bien faibles et bien fugitives ^.3> Quand on lui vantait les délices d'une vie voluptueuse : « Je ne les

allusion à Antisthène lorsqu'il a écrit : o\ fxèv *(hLp, Tayadov ^Sov V X^youffiy, ot Bï il lvavT{a<; xofjii$7i cpauXov. Eth. Nie, X, 1. — On pense généralement que Platon dans le Philèbe et dans la République avait en vue Antisthène lorsqu'il a discuté l'opinion *qui faisait du plaisir une pure négation. Voy. à ce sujet la note III à la fin du vol.

1 La première formule , qui n'est peut-être qu'une expression affaiblie et inexacte de la pensée d' Antisthène , se trouve dans les écrivains ecclésiastiques : Clem Alex. , Strom. , II , c. 20 , § 121 , p. 492 , Pott. : (jLOcvyjvai fjiSXXov ^ ^ffô9ivai aîpsÎTat. — Euseb. , Prœp. evang,, XV, c. 13. *HpaxXfiWTtx^C Tiç àv^iP TO cppovTjfxa , 8ç ecpY) tou -Jîôeffôflti t^ (xaiveffôat xpgÏTTov EÎvat. -^ Theodor., Therap., XII, p. 670 (éd. Paris, 1642) : TOU ^SsoOat T^ {xatveaôoei xpeÎTxov £tpif)XEv eîvoct * Stb 81 TrapV^vEt tok YVh)p{[jLOtç (jLYjSè SaXTuXov Ixteiveiv Tcoxè £?yexa ^ôovîjç. — La deiRûème nous a été conservée par Diogène de Laërte , Aulu-Gelle et Sextus Empiricus, cités plus haut.

2 Euseb., loc. cit. Aioxa\ 7rapV)V6iTOÏçYV(»)p([jLoiçfjLY)$67roTe)^apiv^Sov^ç ^axTuXov IxTEÎva t. Telles sont aussi les expressions de Théodoret (loc. cit.) et de l'anonyme dans les Excerpt, Gramm. an 4« vol. des Âneed, Gr. de Cramer, p. 253.

3 « Les plaisirs qui n'entrent point par la porte , disait-il , ne peuvent non plus ressortir par la porte; nous serons réduits à les retrancher avec le fer, on à les traiter avec l'ellébore, ou à les prendre par la famine, et, par un cruel retour, nous expierons tristement de faibles et fugitives jouissances. » Stobœ., t. VI, 2, Gaisf., p. 182. 'AvTtdôéviQç IXsyEv tàeç \i.^ xaxàe Oupav sla-

louaaç ^dov&ç àvorpcalov fi.^ xax^ ôupav TrbtXiv l^isvat * ^EiQcstv o3v

TjjtTieîivat î| IXXsêoptaOîivat. Id., t. XVIII, 27, <iaisf. p. 366. ïiç (a^

xttxi ôupoc, OTjaVv ô 'AvTto6^v7]ç, slatouoraç diroXauffEtç Se^aEt ^ ax^^

Orjvai % iXXeêopiffôvjvat ^ ird^vTtDc Xifi.aYX0VT)ô9iv<it, x«xitç àfAOt^àiç Ixt(-

vovTtt Tvjc 7cpoYfiY£VT]pLsvY)ç à'tùcr\<rd^^ ivtxoL fi.txpSç xal dXtYoxpov(ou

souhaite, reprenait-il, qu'aux enfants de mes ennemis ^ ;» et il regardait l'amour comme une maladie de l'âme, comme une corruption de notre nature *.

Ce mépris orgueilleux du plaisir, cette lutte contre les passions, cette guerre déclarée à notre nature sensible, voilà le caractère dominant et l'incontestable originalité de sa philosophie morale et de l'école cynique. On pourrait dire que le stoïcisme est déjà là tout entier ^.

Mais il ne su£Qt pas de renoncer à la volupté , il faut encore se détacher de tous ces biens trompeurs que recherche le vulgaire *. Le désir de les posséder n'est pas moins puissant que les séductions du plaisir pour détourner les hommes de la sagesse ; et celui qui aspire à la vertu devra anéantir en son âme le zèle immodéré pour les sciences et les arts, la soif des richesses, l'orgueil de la naissance, l'ambition, le goût de la louange,

< Laërt., VI, 8. irpoç tov iTCaivouvTa rpucpVy ^X^p<îî>v TraîSe;, l<pv), tpucpiqaEiav. — Plutarch., De fort. Alex, y II, c. 3. 'OpOt^ç yàp 'AvTioOévTiC IXeyev Sxi itavxa Se? xoîç 77oX£(x(otç eu^effôat ta aYaOà, tcX^v dv3p6iac ' Y^verai ykp oStcoç où tGv I^^ovtwv, aXXà twv xparquvTiov. Voir les mêmes paroles dans Stobée, lit. LIV, 41, Gaisf.

2 Clem. Alex., Strom., II, 20, § 107, p. 485, Pott., déjà cité au chap Sur la physique.

3 Laërt., VI , 15. oStoç "^yi^aaTo xat Triç Atoy^ouç aicaOe^aç xal TÎiç KpaTrjTOç fpcpaTeiaç xocl t9)<; Zi^vcovoç xapTEptaç , auTOç ôiroO/fjLevoç ty)

irdXst rk OefAsXia.

^ Arrien dit qu'Antisthène donna à Diogène la vraie liberté en lui apprenant à distinguer ce qui lui appartenait et ce qui ne dépendait pas de sa volonté, xh, è^k xa\ xk àXXoxpta. Hais rien ne nous autorise à admettre qu'Antisthène ait ainsi distingué les vrais biens et les biens trompeurs. Entre lui et Arrien se placent tous les beaux génies qui ont honoré le Portique, et l'historien prête au disciple de Socrate des pensées et des expressions toutes stoïciennes : oov o3v xi; XP^^*^ ^avra^tcav. Voy. Epiet. Dûsêrt., m, c. S4, 67.

le désir de la beauté et de la parure, l'amour même de la vie.

Après avoir déclaré que la vertu n'a besoin ni de beaucoup de paroles ni d'une grande science, Antisthène ajoutait que , pour n'être pas distrait par des occupations étrangères , l'homme qui est parvenu à la sagesse renoncera même à l'étude des lettres*. Les beaux-arts ne trouvaient pas grâce à ses yeux; car il pensait que les

peines qu'on se donne pour y exceller ne permettent pas qu'on fasse de grands progrès dans la vertu , et qu'ainsi un bon musicien ne peut être qu'un assez méchant homme ^.

Quant à la fortune , il montrait qu'elle n'est point un bien véritable ; que sa valeur dépend de l'âme seule qui, si elle est maîtresse d'elle-même et modérée dans ses désirs , se contente toujours de ce qu'elle possède, mais autrement ne trouve rien au monde qui satisfasse son insatiable avidité.

o:Je pense, ô mes amis, dit Antisthène dans le « Banquet de Xénophon ^^ que la richesse et la pauvreté <ic ne résident point dans nos maisons , mais dans nos « âmes. Combien je vois de particuliers qui , possédant « des biens immenses, se trouvent si pauvres que , pour « en acquérir encore , ils endurent tous les travaux et « bravent tous les dangers. Je connais même des frères « qui ont hérité par portions égales et dont l'un a le né-

1 Laërt., VI, 103 : y^iLiLOLta [jl^ (xavOdlvstv Icpaffxev 6 'AvTtffOJw)< Totç ffcocppovac Y£VOfi.évouç , 7va {x^ SiavTp^cpotvTo toTç àXXorpCoK.

2 Plut., Vit' Pertci., c. , 1 : 'AvTtff6^v>)ç dxouaaç, fti ffwouSaïrfç loriv a^XTiT^iç 'l9{Ay)v(aç* dXX' à(v6pco7roç, £pY), pio)^Ov)p^ç* où y^p ^v oSno fficou- Sqûoç ?[v aùXir)xi{c.

3 Conv,, IV, 84; voy. aussi ib. III, 8.

ccessaire, même le superflu, tandis que l'autre n'a pas € de quoi suffire à ses besoins ^ . La soif des richesses est f teUe chez certains rois qu'ils commettent des crimes

c dont rougiraient les mortels les plus dénués de res- ' € sources. L'indigence y il est vrai, conduit à commettre

< des vols , à percer des murailles , à s'approprier l'es- € clave d'autrui ; mais il y a des rois qui , pour s'enrichir, € ruinent des familles , égorgent des milliers d'hommes € et réduisent en esclavage des cités entières. Que je les

< plains de la cruelle maladie qui les travaille ! Ne res- € semblent-ils pas à un homme qui , assis à une table € couverte de mets, mangerait toujours sans jamais se c rassasier?»

Ântisthène exprimait plus brièvement les mêmes pensées, lorsqu'il disait : € Sans amis , le festm manque de charmes, et de même les richesses ne sauraient nous rendre heureux sans la vertu*. » En effet, si le désir dès

< M. Winckelmann {Àniisthenis fragm, , p. 48) a pensé qu' Antisthène, . dans ce passage, faisait allusion à la pauvreté d'Hennogène , et adressait un vif reproche à Callias : < Satis acerbe more suo Antisthenes causam agit pauperis amici Hermogenis qui fratrem habebat ditissimum Calliam , sed omnium rerom inopia premebatur. » Mais Antisthène choisirait-il , pour opposer ainsi la condition des deux frères, le moment où il est assis à la table de Callias? Cette interprétation serait en elle-même peu acceptable ; il y a plus : elle repose sur une faute de sens , et elle prouve que le désir de trouver partout des allusions égare les meilleurs esprits. — Antisthène veut montrer que les richesses résident dans l'âme seule ; pour cela il rappelle qu'au sein de l'opulence on peut se trouver pauvre , que certains rois , au milieu de leurs trésors , sont tourmentés par la soif des richesses ; et c'est alors qu'il parle de deux firères qui ont la même fortune et dont l'un est dans l'abondance, tandis que Fautre, iravr^ ivStÎTai, n'a pas de quoi satisfaire ses désirs immodérés. Ce dernier, en tous cas, serait Callias; et il ne s'agirait pas de la pauvreté d'Hermogène, mais de l'insatiable avidité de son frère.

1 Stob»., t. 1, 80, Gaisf., p. 17 : ouxt oufAitocCov x^^p'^C 6^cXiac ours

icXoStoc x^P^< ^prrïjc fjSov^v l^ei.

richesses n'est pas tempéré par la vertu , il excite en nous des tourments incessants, «et, agités pan l'envie, nous sommes rongés par notre propre passion , comme le fer par la rouillç*.2> Alors nous sommes entraînés à toutes les injustices et à tous les crimes ; « car celui qui aime l'argent ne peut être homme de bien , ni sur le trône ni dans la vie privée *. y> Enfin , sans la vertu , nous dépendons sans cesse des caprices de la fortune et nous redoutons à tout moment qu'elle ne nous devienne contraire et que ses biens, toujours changeants , ne passent aux mains des autres hommes ; « or, vivre dans de semblables craintes, c'est être esclave sans le savoir'. » • Nous connaissons déjà le mépris d'Antisthène pour les privilèges de la naissance. La seule distinction , le seul mérite que nous devions ambitionner , c'est le perfectionnement de nous-mêmes par la sagesse : « la vertu, disait-il , est la vraie noblesse*. i>

Qu'importe dès lors ce que les autres pensent de nous, . pourvu que nous n'ayons rien à nous reprocher. Le vrai juge de nos actions, c'est nous-mêmes , et le bon témoignage de notre conscience fait à lui seul toute notre dignité. Les jugements des hommes s'égarent et leurs louanges s'adressent à ceux qui les méritent le moins ; «aussi Y Hercule d'Antisthène recommandait-il à ses enfants de n'avoir aucune obligation à ceux qui les louaient,

^ Laërt., VI, 5 : âorirep Ôtto tou lou tov ffi8y)pov, oâxwç (k&^B toÎiç ^ovepobç ÔTTO TOU I810U ^ôouç xaT69Ôieaôat,

2 Stob»., t. X, 42, Gaisf., p. 294 : fiXapYupo( oùSetç àyaOb^, ouxe ^or^ ^iXeiiç , out8 éXeuOepoç.

3 Stobœ., t. VUI, 14, GaiBf., p. 227 : é((yttç ^ êtspouç Bi^oxM, déCXoc <ov XéXv)ôev éautov.

^ Laërt., VI, 10 : xoîiç aÙToliç E^y^veiç Toîiç xa\ Ivaplrouç.

d'antisthéne. 99

c'estrà-dire de ne point accepter Féloge avec rougeur et de n'y point répondre par la flatterie*. ï> «Si Ton disait à Antisthène que beaucoup de personnes le vantaient; mais, répondait-il , ai-je donc commis quelque méchante action ^?i^ De même il voulait qu'on eût peu de souci de la médisance et des injures;. a: car celui qui médit se jette des pierres à lui-même ^^ et n'est-ce pas le privilège des rois de s'entendre injurier pour le bien qu'ils ont fait*?»

Le sage ne méprise pas seulement les vains discours des autres hommes ; il sait que , pour obtenir leur assentiment , il faudrait imiter leur conduite , et dès lors il se réjouit d'être blâmé par eux et s'enorgueillit de provoquer leurs critiques et leurs railleries.

Mais il craint surtout la flatterie; car rien n'est plus propre à séduire et à corrompre l'homme de bien , et si nous sommes méchants , elle nous rend plus méchants

> Plut., De vit. pud,j c. 12. oStcoç dcvdcTpsTrro*; tJv xat âvaXbiTOÇ ÔTto tcjv toiouTCDV xa\ xpocTcov Ix£iv7)< T^ç 7rapaiv£9sci>ç, ^v ô 'AvTiffO^vioç 'HpaxXtjc îcapVivet toîç icottai SiaxeXeuOfAevoç fAy)$€v\ yapiv l^etv liratvouvri ftÙTouç. ToÛTO S' oOSiv âXXo ^ [jli^ ouTcoTrEtaôai, [atj^* dvitxoXaxcusiv tÇ lirafvouvTt.

2 Laërt., VI, 8. içpoç tov elirovxa, luoXXoi at licatvoCfft, t£ y^P» ^?^» xflucov ireitoi7)xa. Id., VI, 5. 'EiratvoufjLevc^^ irots ôiro TrovTipciSv, l<pv), ^X'^tû^iZ fAiq Tt xaxov etpYttfffiLai. — Anton. Heliss. , De mal, et improb. , serin. 61, in Stob., Francf., 1581. 'AvTt90ffV7)ç iTraivoufAcvoç Giro irovr^pâv âvOpcoircov* i*(Ui^iS}, £^y), ynr^ Tt xaxov et^yataxoLi piot, 8xi toioutok

3 Laërt » VI, 7. itapsxeXtusTo xe xaxcoç ixot^oviaç xaptepelv (AStXXov 4| cl X(OoK tU pdLXXoiTo.

^ Marc. Antoninus, VII, 36. 'AvriffOftvtxov * BaviXixbv fxiv iSirparctlv,

xcx£k ^ âxoiieiv, — Arrien (^i^tcf. DtM., IV, 5) reproduit les mêmes paroles, et Diogène de Laërte qui ne parait pas citer fidèlement : BafftXtx^ nakta^ icowàvxa xaxcoç dxouuv. VI, 8,

encore'. «Les courtisanes, disait Antisthène, désirent pour leurs amants tous les biens , excepté la raison et la sagesse ; de même les flatteurs , à l'égard de ceux à qui ils s'attachent^; jd et, par un jeu de mot qu'il n'est pas possible de traduire, il ajoutait : «Mieux vaudrait devenir la proie des corbeaux, xoçaxeç, que la proie des flatteurs, xolccjteç; car les premiers ne dévorent que des cadavres , les autres s'attaquent à l'âme elle-même'. ))

Nous devons aussi dédaigner la beauté; en effet, comment être fier d'un avantage qui nous est commun avec les êtres inanimés*? Quant à la parure, quant aux ajustements inutiles , ce manteau rejeté sur l'épaule gauche , seul vêtement pour toutes les saisons , témoigne assez du peu de soin qu'Antisthène prenait de sa personne; et, s'il faut en croire son biographe, il blâmait les recherches de la parure comme un signe de la corruption des mœurs ^.

1 Anton. Meliss., loc. cit. Kaxot xoXaxeuofAevoi xœxcoTEpoi Y^Y^ovrai.

2 Stobœ., tit. XIV, 19, Gaisf., p. 334. 'AvxiffôevYiç IXeyev, ôairep xàç Ixaipa; tàya^h. Tuavxa^gu^^eaôat toîç Ipaaratç TrapeTvai irX-Jjv vou x«\ çppovi^a£(t)ç, oStcx) xa\ Toùç xoXaxaç oT<; auveifft.

3 Hecato, ap. Laërt., VI, 4. xpeîxTov tke^e, xa6a cp7)aiv 'Exaxwv Iv xaTç Y^ptioLiç, e!ç xopaxaç ^ eiç xoXaxaç ^{jLirea&îv * o\ [/.h ykp VExpoùç^ o\ Bk ÇGvxaç laOïouatv. — Stobœ , tit. XIV, 17, Gaisf. 'AvTiexOsvrjç atperb)* xspov cp7)ffiv eU xopaxa; IjjiTCEareïv ^ sU x({Xaxaç • ol piàv ybcp à77o6avovToç th ffwjjia, oî Sa ÇGvTo; t^v <j/u)^})v Xufjiaivovxat. — Anton, et Maxim. , sermo 65 , De adulatione,

^ Laërt., VI, 9. Trpoç xo 7capaç5^r,[AaxiCov aùxou xw TrXdcdXYj {jLetpaxtov, eiTc^ fjLOi, çp7|ff\v, fil cpoDV^v XàSoi ô yaXxoç, èm xtvi av ffEfxvuvô^vai; xoïï ô'eItcovxoç, iiA xaXXsi * oux alffj^uv?) o3v, Icpy), xk SaoïOL y^Yto^wç

5 D'après Diogène de Laërte(VI, 10), chaque fois qu* Antisthène rencontrait une femme richement parée, il allait raconter au mari les dangers que courait son honneur. Une semblable tradition a peu de vraisemblance.

d'antisthéne. 1(M

Que le sage méprise donc tout ce qui attire sur nous les regards, tout ce qui flatte notre vanité. La condition la plus modeste , la plus humble , est celle où la vertu s'acquiert le plus* aisément, t L'obscurité , disait Antis- Ihène , est un bien * : lé faste et l'orgueil nous éloignent de notre fin '. »

Se détacher de tous ces biens , c'est , suivant la belle expression de Socrate , se préparer à la mort ; il sera plein de résignation et de calme à ses derniers moments, celui qui a renoncé peu à peu à tout ce qui fait aux yeux du vulgaire le charme de la vie. «On demandait à ^Antisthëne ce qu'il y a de plus heureux pour l'homme : c'est, répondit-il, de mourir content^.» Ainsi, loin de regarder la mort comme un mal , le sage la salue avec joie , et la force d'âme qui l'a soutenu au milieu des luttes de la me ne l'abandonne pas quand elles vont cesser*.

1 Laërt., VI, il. Ti^vre dSo^iav dyaO^v xai idov T(j) itovci).

2 Clem. Alex., Sirom., U, c. 21, § 130. IlaXtv 'AvTtffOevTiC ptiv aTu^^av [toû (lâv éfXou ,6toj TsXoç sTa^e). — Theodoret., Gr. affect. cur , disp. XI, p. 645 , vol. 4 , Paris (1642) : T^v atucpCav ('Avxwôsvlrjç ^o^atov 6ireXa[jL- ^vev olYaOov).

3 Laërt., VI, 5. *Eptû%-ffiz\ç '^^ (xaxapt&ycEpov toiç âvOpcoirotç, Icpr^ * cutu^oiuvTa àiroOaveîv.

4 Mais, par une erreur coupable, osera-t-il devancer l'instant fixé par les Dieux? non; il est à croire que le disciple de Socrate n'a pas permis à rbomme de porter sur soi-même une main impie. Un mot obscur, mêlé par Athénée (IV, p. 157 b) aux plaisanteries de la courtisane Nicion , et le texte : Set XTSffOat vouv ^ Pp(S)rov, ne sauraient prouver qu'Antisthène ait autorisé cet attentat contre nous-mêmes, et une tradition que j'ai rapportée à propos de sa mort pourrait servir à établir le contraire. J'ajouterai que Diogène n'a pas non plus enseigné le suicide : on en a comme preuve Diogène de Laërie (VI , 55), Stobée (sermo 118) qui rapporte le même mot, et un récit d'Êlien (X, c. 11) qu'on peut opposer au récit relatif à Antisthène ; il faut remarquer de phis ft silence du Ps. Diogène et du Ps. Gratès qui n'auraient pas manqué de parler du suicide , s'il avait été en honneur dans l'école cynique.

Lorsque la réflexion, mais surtout l'exercice et la peine , auront développé dans Tâme le courage , la fermeté, la constance, Tauront amenée à mépriser le plaisir et tous ces biens fugitifs et trompeurs , alors nous serons parvenus à la vertu.

Or, la vertu est notre fin , elle est notre 'souverain bien ^ ; aussi, celui qui Ta une fois acquise ne saurait la perdre et n'a plus rien à désirer.

La vertu , disait Antisthène , est une arme qu'on ne peut nous ravir ^. Elle tient le premier rang parmi ces provisions que le sage a rassemblées et que, même dans un naufrage, il sauve toujours avec lui^; protégée par la force d'âme et par les convictions raisonnées, elle demeure à l'abri de toute atteinte et ne dépend pas des choses extérieures. Mais le sage peut^il en être privé par sa faute? Il est probable qu'Ahtisthène admettait d'une manière absolue que la vertu ne saurait se perdre et que le sage est infaillible : cette opinion en effet était fort répandue parmi les philosophes socratiques; Diogène de Laërte dit qu'elle était commune à toute l'école cynique*, et si Antisthène ne l'avait pas acceptée, il n'aurait pas permis au sage, comme nous le verrons

1 Aug^st., Civ. Dei, VIII, 3. Sic diversas inter se Socratici de isto fine sententias habuerunt, ut quidam summum bonum esse dicerent voluptatem, I sicut Aristippus, quidam virtutem sicut Antisthenes. Cf. ib. , XVIII, 41. An-

I tistheiies virtute animi potius hominem fleri beatum asseverans.

' 2 Diodes ap. Laërt. , VI, 19 : 'AvacpaipsTOv ^Xov^ âpen{.

3 La^ërt. , VI, 6 : Totaura SeTv IcpTi TcoietcyOat IcpoSia, à xa\ vauoYi^ffavTt

^ Laërt., VI, 105 : t^v «pcT'Jjv àvafr^êXriTOv ÔTtdcpj^etv....» xoti tov oo- (pov àvafjLàpTTjTov. Diogène de Laërte semble même attribuer spécialtment cette opinion à Antisthène.

d'antisthène. 403

bientôt, l'usage de plaisirs, et de biens qui détourneraient tout autre homme de la vertu.

Il pensait auçsi que le sage n'a plus rien à désirer: Aussi Xénophon, dans le Banquet, lui prête-t-il ces belles paroles :

c Ce que je possède est si considérable , que j'ai peine < moi-même à m'en rendre compte : ne recherchant c que le nécessaire, je me trouve toujours du superflu... c qu'on m'enlève ce que j'ai , la plus misérable occupaction me mettra toujours à même de suffire à mes bef soins. Simple dans ma vie, modéré dans mes désirs, je cne convoite jamais ce qui appartient à mes sem- € blables... Peutron rien posséder de plus doux que cette € liberté et ce loisir qui me permettent à tout instant de c voir et d'entendre ce qui est le plus digne d'être vu et € d'être entendu; et, par une faveur dont je sens tout le <prix, de passer avec Socrate des journées entières.... cAjoute? enfin que de telles richesses remplissent « l'homme de générpsîté. Socrate , de qui je tiens les € miennes ne calculait, ne pesait jamais avec moi; il c me donnait tout ce que je pouvais emporter. Comme «lui maintenant, loin de cacher mon opulence, je me «plais à l'étaler aux yeux de mes amis; je partage avec «ceux qui le désirent les richesses de mon âme^ i».

Mais interrogeons Antisthène lui-même. La vertu , ditil, est la vraie noblesse*; elle est la source de la paix intérieure et de la parfaite tranquillité de l'âme: Car il n'est rien qui puisse étonner le sage et lui sembler extra* ordinaire^, tandis que les autres hommes, toujours agi-

1 Xen., Corw.^ IV, 84, sqq.

2 Uërt., VI, 10.

3 Dioclès ap. Laërt., VI, 12 : tÇ ao^Ç ^svov oùSàv^ o08* aic^.

i04 MORALE

tés par la convoitise et par la crainte, toujours dépendants de leurs semblables ou des coups du sort, sont esclaves sans le savoir, lui seul est libre et indépendant*. Il n'a rien à redouter et rien à attendre de la fortune^; c'est en lui-même qu'il trouve sa propre félicité^. La vertu suflfit au bonheur; elle n'a pas besoin d'autre secours que la force d'âme de Socrate*.

Le sage dans ses rapports avec les autres hommes sera , comme le dit Xénophon , plein de générosité et de libéralité. Aussi Antisthène donne-»t-il volontiers des avertissements- et des conseils, et se trouve-t-il heureux de communiquer aux autres cette sagesse et cette félicité qu'il doit à Socrate; tel qu'un médecin plein de zèle et de dévouement, il n'attend pas même qu'on vienne réclamer ses secours, et dès qu'il les croit utiles, il se hâte de les offrir^; mais loin de donner l'exemple de ce zèle inconsidéré et de cette brutale franchise qu'on blâma plus tard chez ses disciples, il reste dans une

1 Stobœ., t. VUI, U, GaUf., p. 227.

2 Laërt. , VI , 105. Opinion des Cyniques en général : tu}^i[) fi.y)Siv éirirpewetv.

3 Le sage se suffit à lui-même, car tout ce qui est aux autres hommes lui appartient: aÙTofpxy) etvai tov ffO'^ov TcdtvTa yâtp autou eTvott xi tSv aXX(ov. Laërt., VI, 11; voy. pour l'interprétation de cette pensée, le chap. sur les autres Gyjiiques.

* Laërt. ,' VI , 1 1 ; — cf. Stobse. , t. III , 46 , éd. Gaisf. , vol. 1 , p. 96 , où Antisthène montre combien la sagesse eit plus utile pour le bonheur de la vie q[ue tous les autres biens réunis. 'AvtktôÉvy}? lp(oOY)Ost< , 'vi Si^ içote ou)^ ot wXoufftot Ttpoç Toi»ç ffoçoljç (XTCiafftv, dXX* ^vdtTcaXiv, eïicev, S-Ci ol aoflpol fAèv t(r«ffiv (ov eatlv aùtoîç XP^ioL xcpbç tov piov • oî Si oux {aaatv • lirel fiSXXov ffotptaç ^ ^rpTifACKTcov ^TrefJLsXouvTO. — Cf. Anton, et Maxim. , sermo 210, De discipl, teu erud, et phiL

5 Laërt., VI, 6.

d'antisthène. 105

juste mesure et recommande aux autres la discrétion et les ménagements ^ .

Le sage s'attachera particulièrement à ceux qui méritent d'être aimés; car il sait discerner ceux qui en sont le plus dignes^. Mais qui donc est plus digne d'amour que le sage lui-même? Tous les hommes vertueux sont unis par leè liens d'une commune amitié^; entre eux se formera par le rapport des sentiments et des goûts une étroite et indissoluble société, dont Ântisthène montrait les avantages et célébrait les charmes.

cNous devons, disait-il, faire plus de cas d'un homme juste que d'un parent*. Pour devenir homme de bien, il faut avoir ou des ennemis ardents ou des amis sincères; les premiers nous détournent du mal par la sévérité de leurs critiques, les seconds nous conduisent au bien par la sincérité de leurs conseils^. Au milieu des luttes de la vie, prenons pour alliés ceux qui ont du courage et de ta justice; car il vaut mieux combattre avec un petit nombre de gens de bien contre tous les méchants , que combattre avec une multitude de méchants contre un petit nombre d'hommes vertueux*. Que les sages se

1 II apprenait aux autres à ne pas donner leurs conseils hors de propos et sans discenieinent : n'oubliez pas, ajoutaitp-il, qu'il est trop difficile de déraciner et de transplanter les vieux arbres. Anton. Meliss. , sermo 61 , De tncUis et

improhU. jx^ vouOfret Yépovra â{xapTGcvovTa ' S^vSpov yip TcaXatèv {iSTa-

fureû^at Su<ncoXdv lart.

2 Laërt., VI, 11 : (iidvov elSévai tov aospGv, tCviuv ^pTJ Ip8v.

3 Diodes ap. Laërt., VI, 12 : d^upaoro^ 6 àyaddc ' of virouSatot, ftXoi. ^ D). : TOV Suatiov icepl icXetovoç TroteîoOai xou ovy^evouc.

5 Plut , De util, ex inim, cap, , p. 89 : xotç fiiXXouffi fftùCcoOai ^ f Uoov Ux YWi9{i0v ^ $ixirupcov i^OpSiv. of ;ùv y^tp vouOtToSvTtc xAç dfAOtpxa* vovT«c, of $è XoiSopoSvxec iicoxp^Tcouai. .

6 IHodès ap. Uërt. , VI , 12.

i06 MORALE

rapprochent donc les uns des autres comme dés frères; la société de frères qui sont unis est la plus sûre de toutes les forteresses*.» Belles paroles de celui qui, auprès de Socrate, avait appris, par la plus douce expérience, ce que vaut l'amitié d'un homme vertueux, et, grâce à lui , devenu bon appareilleur, excellait à réunir les hommes qui pouvaient se rendre meilleurs les uns les autres.

Tels sont donc les biens que possède l'homme ver-^ tueux; c'eôtla vraie noblesse, c'est la tranquillité d'une âme indépendante , c'est un bonheur parfait , c'est enfin l'amitié des hommes qui lui ressemblent. Et tous ces biens, et tout ce bonheur, comme la vertu qui en est la source , résident au fond de son âme dans un inviolable sanctuaire.

Mais il y B plus , grâce à la vertu, tous les autres biens vont devenir excellents pour le sage, et il pourra goûtar tous les plaisirs.

La rigueur de certaines formules semblait envelopper tous les biens extérieurs dans une commune réproba^ tion et les identifier avec le mal ; mais elles avaient seulement pour but de montrer qu'un trop grand attachement pour ces biens nous détourne de la vertu et par là même du vrai bonheur. Pour le sage , leur possession est désormais sans danger ; il ne fait rien pour les rechercher, mais il ne croit pas non plus devoir les rejeter; la vertu qui lui apprend à en faire un légitime usage leur communique une valeur toute nouvelle. Les

^ Laërt., VI, 6: ôjxovoouvxtov àSeXçGv ffujji,êiti)(jiv iravTOç lipy) xeij^owç l<r)fOpoTgpav eivai.

d'antisthène. i07

richesses, dit Antisthène, n'ont pas de prix sans la vertu* ; et, de même, à ses yeux, les autres biens sont bons ou mauvais , suivant l'usage que l'on en fait, n'ont par eux-mêmes aucune valeur absolue , sont choses indifférentes*. Ce qui importe , c'est la disposition de notre esprit à leur égard; c'est cet empire sur nous-mêmes et ce détachement de toutes choses qui font que nous ne serons troublés ni par le désir de les acquérir, ni par le regret de les avoir perdus.

De même , ne trouvant pas d'expressions trop éner- 'giques pour flétrir l'homme qui s'abandonne aux jouissances des sens , Ântisthène préfère la folie à une semblable dégradation de son être et va jusqu'à identifier le plaisir avec le mal. S'agit-il de l'homme qui aspire à la vertu , il lui montre la volupté comme un danger et une redoutable séduction. Mais celui qui est parvenu à la sagesse a assez lutté contre le plaisir pour n'avoir plus à le craindre. Le bien consiste à posséder la vertu, le mal à en être privé ; l'indulgence pour nous-^mêmes , la M^ blesse qui nous livre à toutes nos passions et remplit notre âme d'agitation et de trouble, voilà ce qui est mauvais; car c'est le manque de vertu. Mais, pour l'homme qui est arrivé à la pleine domination de soimême, la sagesse le met à l'abri de toute atteinte , et il jouit impunément du plaisir.

Telle est la pensée d' Antisthène ; il n'a donc pas enfermé le sage dans une insensibilité absolue , et il est

1 Stobœ., t. 1, 30, p. 17, Gaisf., déjà cité.

2 Diogène de Laërte (VI, 105) dit des Cyniques en général : xit Bï (Aeta^l» «prnic xal xcuc(a<, iSicc{popa Xl^owaiv, — Voy. d'ailleurs c^ paroles d'Au^ tifthène : rdlYaOà, mùd' t^ xaxi, a^<ncp^' '^^ icoviQpà ivavTa vo}it|[« ^ivixdt. Uërt.,Vl, 12.

à croire qu'il n'a jamais employé le mot àitdd-ua *. On nous a conservé de lui cette belle pensée : «Il faut rechercher le plaisir qui suit la peine, et non celui qui nous condamne à la peine *.» Il reconnaissait donc que le sage a le droit de jouir de tous les plaisirs qui ne portent pas atteinte à sa vertu et qui ne laissent après eux aucun regret^.

Mais quels sont ces plaisirs ? s'agit-il seulement des joies pures et sans mélange que donnent la possession de la vertu , le culte des lettres et l'amitié ? Non , Antisthène permet au sage tous les plaisirs également ; etr pourquoi lui interdire les jouissances des sens, si elles sont pour lui sans danger? Pourvu que la fermeté de son âme ne se démente jamais, pourvu qu'il se sente toujours maître de lui-même , peu importe sa conduite ; et, s'il est assez prudent et modéré pour ne se créer ni peiiie ni regret, toutes ses actions sont indifférentes*.

Étrange inconséquence d'une doctrine qui d'abord a proscrit la volupté avec tant de mépris et d'horreur, et autorise ensuite tous les désordres ! Étrange contraste des rigides principes d'Antisthène et des libertés de sa conduite !

Nous avions d'abord recherché comment la vertu s'ap-

ï Laërt., VI, 15.

2 StobaB., t. XXIX, 65, Gaisf., p. 11 : ^jSovàç xàç (AeTi xoù; ttovouç Stb>x- T^ov, dXV oùy^i xi; Trpb tûv tcovcdv.

3 Athen. , XII , p. 513 a. 'AvTtcrôsvY)^ t^ ^jOovV àyaôbv eTvai cpaaxcov 7rpo<r£ÔY)X£ Ti?jv àtxETafjlEXiQTov. On rappdrterait volontiers cette pensée à Épicure plutôt qu'à Antisthène ; et certainement Athénée exprime d'une manière assez inexacte la pensée du Cynique qui a dû se borner à dire : « Si quelque plaisir est un bien, c'est seulement celui qui ne laisse aucun regret.»

^ Sur la conduite d'Antisthène, Xénoph., Conv, IV, 38 et 39. — Sur ses opinions, Laërt., VI, B et 11. — Ib., 4.

d'antisthène. 409

prend , comment se forme le sage ; nous venons de considérer quel est le sage en lui-même , quelles sont les qualités qui le distinguent des autres hommes , quels sont les biens véritables qu'il doit à la vertu , quelle est sa. conduite. Telle est l'exposition complète de la doctrine morale d'Antisthëne.

La condition où l'avait placé sa naissance exerça la plus grande influence sur toute la philosophie d'Antisthène ; si cette influence est sensible dans sa morale , elle détermine d'une manière encore plus directe le caractère spécial de ses opinions politiques et sociales.

Certes , on ne peut attendre que le vo&oç estime et vante les droits et les privilèges dont une impitoyable législsition le prive à jamais. Il se rit de l'orgueil que donne aux Athéniens leur titre d'indigènes , oppose à la noblesse de naissance une noblesse plus pure , celle de la vertu, à cette liberté dont s'enorgueillit le citoyen la vraie liberté, c'est-à-dire l'indépendante possession de nou&-mêmes. Il dégage l'homme de toute soumission et de tout respect pour les institutions et les lois , et détruit l'ancien esprit de cité en reconnaissant et en consacrant la souveraine autorité de la loi morale. <rLe sage, dit-il , administre d'après les règles de la vertu, non d'après le& lois écrites *.!> Il^e fait rien pour inspirer aux autres le goût de la vie active , et quand on lui demande jusqu'à quel point on doit se mêler des aflaires publiques : «Comme on s'approche du feu, répond-il; trop loin, vous auriez froid, trop près, vous vous brûleriez *.}i>

« Uërl., VI, 11.

s Stobœ., tit. XLV, 28, Gaisf., p. 258. 'AvTiaOivv)C lp«D0Y)6t\c, itS< dtv

Il se plait à montrer combien les vices naturels et les désordres des états les rendent peu dignes que le sage prenne part à leur administration. Les tyrans lui semblent plus barbares que les bourreau x eux-mêmes; car ceux-ci frappent l'homme qui a commis l'injustice, les tyrans celui qui demeure irréprochable*. Et, sans doute , à ses yeux , la plus violente , la plus redoutable de toutes les tyrannies, c'est le pouvoir insensé du peuple qui a mis à mort Socrate, le plus juste des hommes. « On a grand soin, dit-il, de séparer l'ivraie du froment et de chasser de l'armée les bouches inutiles , et l'on ne fait rien pour écarter de. la société les hommes vicieux ; » et il ajoute : « Les états sont perdus quand on ne peut plus distinguer les méchants des bons *. » Il marque ainsi la vraie cause de la décadence et de la ruine des états répubUcains ; ils ne peuvent subsister sans vertu. En même temps qu'il explique les erreurs

t(< 7rpo9tX6oi iroXiTeCa, ctTre , xaOcHirip iiup\ , [ai^tc Xiav èfl^ > ^'^^ V^^

1 Stobœ. , lit., XLIX, 47, Gaisf., p. 359. *AvTia6£vr|Ç ô cpiXo(ro9oç xo^ç SY)fii(ouç euasêsoTÉpou; eXeyev sîvai tôjv Tupavvcov. 77uOo{xlvou Bi tivo; •ri|v «tTiav, IçY), Sxi ÔTTO [iiàv Twv $Y)fxtb)v ot àSaôuvTÊç àvaipouvrai , ôiro Sa TMV TupGcvvcov ot {jiY)$èv à{jLapTavovt6;.

2 Laërt., VI , 6. oItoitov Icpv) tou (xiv vitou atpaç Ix^syciv xal Iv tÔ) iroX^fAO) Tobç à^pstou; , cv 8s iroXiTeia toIi; 7covY)pol>ç \i.^ TrapaiTct^Ooii — Anton. Meliss., sermo, 150, De rege malo, xéxç, xàç iroXsiç aTCoXXuoOai ffUfjL^a^VËt, ^Tav {/.'}) $uvb)vTat ot xparouvxEç toI»; cpauXouç éx tcov airouSauov Staxp(vetv. — Cf. Laërt., VI, 5. — Anton. Meliss., ib. iTciffcpaXJç (iioeivofJiévb) 8ûtivai (iLdc/aipav xa\ {A0/^6Y)p(j) $uva{xiv. — On peut rapprocher de ces fragments le passage suivant de la Politique d'Aristote (HI, 8): xat yip yeXotoç av eiY) vo[Ao6eT£tv Ttç iretpcoiiievoç xat' aurcov ' Xsyotev fkp ht lacdç jfirsp 'Avti<t0^vv)ç ^cpY) tohç Xéovxaç SY){xv)YOpouvT(ov tm Saaun<$$0DV XQ(\ to tffov d^iouvTCDv Tcàvxaç ^X*^^*

d'antisthéne. 111

et signale les dangers de la démocratie athénienne , il attaque, l'institution même sur laquelle elle repose , je veux dire le suffrage universel } il conseille aux Athéniens de décréter que les ânes sont des chevaux ; et, comme on trouve cette parole absurde : c Vous choisis* sez bien, dit-il, pour généraux des gens qui ne savent rien et n'ont d'autres titres que l'élection * . »

Il semble supprimer la propriété quand il dit que tout ce qui appartient aux autres hommes appartient aussi au sage^; et il est difficile de concilier le respect du bien d'autrui avec ce droit sans limite qui est le privilège de la vertu.

De même qu'il a attaqué l'esprit de cité , il sacrifie volontiers tout esprit de famille : e: Il faut, dit-il , faire plus de cas d'un homme vertueux que d'un parent^. > Ainsi, le zèle et l'amour de la vertu dominant dans l'âme du sage tendent à l'affranchir de tous les Uens civils et de tous les liens du sang ; et sa raison , qui Félève au-des^ sus des préjugés et des devoirs du citoyen, le met aussi au-dessus des affections et des obligations domestiques.

Antisthène dit, il est vrai , que le sage se marie pour avoir des enfants * ; mais , en même temps , tournant le mariage en ridicule , il cherche à en détourner ceux qui lui demandent conseil ^.

La vertu , dit-il , est pour la femme la même que pour l'homme*; or, il faut reconnaître que cette vertu va affranchir la femme de ces sentiments de réserve et de pudeur qu' Antisthène semble regarder comme un préjugé et une faiblesse , et lui apprendra à considérer ses

1 Uërt., VI, 8.

"* Ib., 11.

2Ib.,ll, cf. 9.

5 Ib. , 8.

3 Ib. , 12.

112 MORALE d'ANTISTHÉNE.

engagements et ses devoirs comme de vaines conventions. Si Antisthène blâme l'adultère^ c'est seulement à cause des dangers auxquels il expose ^ et il n'interdit point au sage des unions passagères que ses penchants excusent et qu'autorise un consentement réciproque *.

Ainsi, tandis que les autres hommes cherchent au dehors les règles de epr conduite et obéissent aux lois et aux usages, le sage"^ dégagé de toute affection pour sa patrie et ses parents; de tout devoir envers l'état et la famille , libre de ces liens que, suivant lui, les hasards de la naissance et les conventions humaines imposent aux autres hommes , est dirigé par sa seule vertu et jouit d'une liberté sans limite.

Le désir d'établir et de consacrer l'absolue indépendance du sage domine toute cette partie de la doctrine d' Antisthène ; les ouvrages qui s'y rapportaient avaient tout spécialement un caractère critique, et il ne faut pas lui prêter des théories arrêtées et un système positif sur les institutions politiques et l'organisation sociale.

ï Laërt , VI, 4.

2 Ib. , 3 et 11. — Xénoph., Conv., IV, 38 et 39.

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