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CHAPITRE QUATRIÈME

Comparaison de la doctrine d'Antisthène avec celle de Diogène et des autres Cyniques.

Nous venons d'exposer dans leur ensemble toutes les opinions philosophiques d'Antisthène, c'est-à-dire toute la doctrine primitive de l'école cynique , et notre tâche peut sembler accomplie.

Mais, pour bien comprendre et pour bien apprécier la doctrine d'Antisthène , il faut rechercher comment elle fut acceptée et interprétée , comment elle fut développée et modifiée par ses successeurs. Si l'école cynique ' était parfaitement une, si la pensée du maître avait été fidèlement reproduite par ses disciples , un tel rapprochement serait peu utile ; ici il est indispensable.

L'histoire de la philosophie cynique présente trois époques bien distinctes :

La première , pendant laquelle elle se fonde et se constitue , finit à la mort d'Antisthène.

La deuxième , marquée par des changements et des réformes , célèbre par ses exagérations, commence avec Diogène de Sinope , dont le disciple , Cratès le Thébain , fut lui-même le maître de Zenon le Stoïcien. Elle se termine à l'avènement du Stoïcisme qui , en s'appropriant et en tempérant les grands principes de la philosophie cynique, semble l'avoir rendue désormais impossible.

Cependant certains esprits reprochent au Stoïcisme trop de goût pour la science , trop de faiblesse dans la conduite; ignorants et bizarres, grossiers et violents, ils protestent contre l'école nouvelle en perpétuant la tradition cynique , en cherchant à imiter et à dépasser

Diogène. S'ils comptent dans leurs rangs un Démétrius, un Démonax, un Œnomaûs, la plupart n'ont du sage que les dehors et ne portent le bâton, la besace, le manteau, la longue barbe , que pour dissimuler ou autoriser de honteux désordres et des habitudes licencieuses. Les écrivains de la Grèce et de Rome ne peutent parler d'eux sans étonnement et sans mépris. Lucien leur enlève leur masque et les peint en traits si vrais et avec de si vives couleurs , que les portraits qu'il en a laissés ne périront pas. Enfin, quand le christianisme domine dans le monde romain , les pères de l'Église nous montrent l'extravagance , la dépravation et le vice orgueilleux qui s'abritent encore sous le drapeau du Cynisme.

Cette troisième époque de la philosophie cynique ne se termine qu'avec le cinquième siècle de notre *ère*; elle avait duré près de huit siècles. Si elle n'offre qu'un médiocre intérêt , il n'en est pas de même de la deuxième qui est digne de toute l'attention du philosophe. En effet , Diogène , cet esprit dont on ne peut nier l'originalité , a exagéi*é et altéré sur bien des points la doctrine d'Antisthène ; il faut rechercher ce que devint l'Antisthénisme transformé par Diogène ; d'autre part, Cratès fut le maître de l'homme célèbre qui fonda le Stoïcisme ; il faut rechercher quel était ce Diogénisme enseigné par Cratès à Zenon.

Je vais donc exposer sommairement la doctrine des nouveaux Cyniques , surtout celle de Diogène , car il im-

1 Voy. notamment August., De civ. D«t, XIV, c. 20. Et nunc videmus adhuc esse philosophos cynicos. — Contra Àcad., III, 42. Nunc philosophos non fere videmus, nisi aut Cynicos, aut Peripateticos, aut Platonicos ; Cynicos quidam, quia eos vitœ quœdam delectat libertas atque licentia. — Sidon. Apoll., Carm. XV, v. 124 :

Exclusi prope jam Gynici, sel limine restant.

DES AUTRES CYNIQUES. 4 i 5

porte de bien distinguer l'œuvre du disciple de celle d'Antisthëne. J'aurai souvent à citer Cratès qui tient auprès de Diogène une place si considérable; mais je n'emprunterai que quelques traits à l'histoire de leurs successeurs.

Diogène de Laêrte signale le mépris des sciences et des arts libéraux comme un caractère dominant de l'école cynique : « Elle trouve bon , dit-il , de rejeter tout « ce qui se rapporte à la logique et à la physique, pour ne

«s'attacher qu'à la morale Elle laisse également de

«côté l'ensemble des sciences et proscrit la géomé-

«trie, la musique et tous les arts analogues ^:»

Ces paroles , vraies des Cyniques en général , seraient injustes si on les appliquait à Antisthène : tout en donnant à la morale le premier rang parmi les sciences philosophiques, il s'était occupé de physique et surtout de logique : ses nombreux ouvrages témoignent de la culture de son esprit et de la variété de ses connaissances.

Quand l'historien caractérisait ainsi l'école cynique , le souvenir des pensées familières à Diogène de Sinope et de ses réparties célèbres était trop présent à son esprit : c'est Diogène qui méprisait comme peu importantes et inutiles la musique, la géométrie, l'astronomie et les études analogues * ; c'est lui qui , voyant un cadran solaire, s'écriait: voilà une utile invention pour ne pas oublier l'heure du dîner! Quelqu'un discutait sur les

. 1 Uërt., VI, 103-104.

s Laërt., VI, 73. Il n'a fait que reproduire dans le résumé qui termine 800 livre les expressions mêmes de sa biographie de Diogène.

phénomènes célestes: Depuis quand, lui dit- il, êtesvous revenu du ciel? Et quand il entendait parler de musique : Avec de sages maximes, reprenait-il, on gouverne des villes entières , mais avec vos airs et vos cadences, saurait-on diriger une seule maison*? C'est Diogène qui rejette, qui frappe d'une condamnation absolue la physique et la logique; et parmi les ouvrages attribués à lui et à ses disciples , il n'en est aucun qu'on puisse regarder avec quelque raison comme l'expression d'une doctrine relative à la nature ou à l'intelligence*.

Tous leurs écrits portent donc sur la morale ; mais faut-il les regarder comme des traités scientifiques où les formes sévères et la régularité de l'exposition répondaient à l'importance du sujet? Non, le Cynisme ne fut jamais un système réfléchi , une philosophie profonde ; après Antisthène, il dégénéra rapidement et devint, suivant l'expression de quelques anciens, un simple genre de vie ^.

Les nouveaux Cyniques se bornaient à discuter quelque question secondaire*, à développer un conseil,

^ Laërt., VI, 39 et 104. — Stobœ., Sermo 78, De Diis et Phys, circa cœlum. — Ps. Diog. , ep. 8, p. 258 , Boiss. — M. Boissonade a fort bien démontré {Extr. des mss. de la bibl. du roi, vol. X, 2» partie, et vol.' XI, â« partie) que les lettres attribuées à Diogène et à Cratès sont supposées , mais fort anciennes. Je les citerai souvent parce qu'elles accusent une assez grande connaissance de la philosophie èynique ; cependant il faut observer qu'elles sont de l'époque où le Cynisme avait dégénéré en un vain formalisme, et j'aurai occasion de marquer l'influence des idées stoïciennes sur le Sophiste qui les a composées.

^ L'ouvrage de Ménippe T^pbç Toh^ cpuatxpùç xai {xaÔYjfjLarixoùç xat Yp4t(Ji(JiaTtxoùç (Laërt. , VI , 101) n'est évidemment qu'un dialogue cntique..

3 Laërt., VI, 103.

^ Les seuls ouvrages des nouveaux Cyniques qu'on puisse regarder comme

à soutenir quelque thèse paradoxale ; presque tous , ils ont écrit des lettres , et Ton comprend assez leur prédilection pour un genre de composition qui leur permeir tait de présenter leurs pensées morales d'une manière vive et piquante, mais sans aucun lien entre elles et suivant l'inspiration du moments

L'entretien socratique avait fait place à des traits d'esprit, à de vives réparties, à de mordantes railleries*. Placés au dernier rang de la société , n'ayant rien à ménager, rien à épargner, Antisthène, Diogène surtout, poursuivirent sans pitié là vanité , l'ambition , la richesse, la gloire , tous les ridicules et toutes les grandeurs ; ils avaient, pour les écouter et leur applaudir, un peuple entier que cette ardente critique des opinions et des actions des hommes frappait de crainte et d'étonhement

On vit bientôt les Cyniques imiter dans leurs écrits tous les jeux d'esprit, toutes les hardiesses, toutes les bizarreries de leurs maîtres et publier des ouvrages qui devaient attirer l'attention par leur étrangeté même. Un disciple de Diogène , Monime , compose dans un style enjoué des ouvrages qui cachent un sens sérieux^. Mé-

des expositions régulières d'une doctrine morale , sont les traités de Diogène intitulés tÉ^vy) i^Otx:^ (Laërt., VI, 80), tzeçX àpSTT); et 7CEp\ dyaOcu (Sotion ap. Laërt., ib.); mais ces ouvrages étaient-ils de Diogène? La liste de Diogène de Laërte n'est pas d'accord avec celle de Sotion qu'il nous a lui-même conservée ; et il prend soin de nous apprendre que Sosicrate et Satyre pensaient que Diogène n'avait rien écrit.

1 Diogène de Laërte ne parle pas de lettres composées par Antisthène; mais il en attribue à Diogène , à Cratès , à Ménippe.

2 Diogène reprochait à Platon la longueur de ses discours : laiw^ &< dtirepavToXoYOv. Laërt., VI, 26; cf. Stobœ., serm. 36, DeGarruL

3 Laërt., VI, 83. ^é^^oifft TcaC^via oirouSri XsXy)Ouia iiLt(AiYfA^va. — Tel était « suivant l'auteur du irep\ ippLY)v&iac, le style des Cyniques : xal 6kiùç ouveXovTi f paaott , irSv to J^< tou Kuvixou Xo^ou 9a{vovTi JfA« toixi

nippe l'emporte sur tous les autres Cyniques par le mordant, par Tâpreté de ses paroles ; il ne respecte rien, et les sujets les plus graves lui sont un jeu d'esprit : parle-fr-il de la vie humaine, de cette vie incertaine et passagère , c'est pour la tourner en dérision ; seâ écrits sont remplis de plaisanteries et de bouffonneries *. Son compatriote Méléagre suivait son exemple et consacrait un ouvrage à comparer la purée de lentille à la bouillie de légumes *.

Ainsi se marquaient dans les ouvrages des Cyniques les tristes conséquences du mépris de la science. Mais gardons-nous de confondre Antisthène avec de pareils ignorants et de pareils insensés; a-t-il jamais par ses écrits autorisé de tels égarements, a-t-il jamais abaissé à ce point la philosophie et la pensée humaine?

Après avoir recueilli les témoignages des auteurs anciens , considéré les titres et le caractère des ouvrages attribués à Diogène et à ses successeurs, interrogeons les Cyniques eux-mêmes et demandons leur compte de leurs doctrines.

Ttj) xal SaxvovTi Demetr., § 261, in Rhet. grœc, Walz, vol. 9, p. 108. — < Voy. aussi Julien (Orat., VI, p. 186, b.) qui, en parlant des formes légères et des plaisanteries sous lesquelles ils aimaient à cacher leurs pensées, compare leurs ouvrages à ces grossières statues des Silènes dans lesquelles sont renfermées des images des Dieux.

1 Lucian., In bis accusato : tcov TuaXatbîjv kuvôjv [AOcXa uXaxTtxbv xal xap- )^apov; — Strabo, 1. 16. Mévnnroç ô (ttcouSoy^Xoio;. — M. Aur. Anton., yXeuaffX'^; auTï); t^ç lirixi^pou xai lcpY)(jt.épou twv dvôpcoTrcov Çw^ç. — Laërt. , VI , 99. ^i^zi [xàv o3v (TTCouSaiov oûSèv • toc Ss fiêXfa auxou tcoXXou xaTaYeXwToç Y^HtEi.

2 Laërt., ibid. itoXXou xaxaY^XwTOç ysfAei xat ti tdov xoïç MeXeocypou Tob xax aÙT^v yevojjiÉvou. — Athen., IV, 14. ^ [aovov à'ti'ptàte, çuyTP*(*î** aÙTou TO TcepiÊj^ov Xexfôou xa\ cpaxTJç ffuYxpwiv;

On nous a conservé de Diogène et de Monime quelques opinions relatives à la logique.

Diogène, à l'exemple de son niaître , aimait à protester au nom des faits contre les raisonnements subtils y les témérités de la dialectique ; la réserve dans laquelle il se renfermait et la fine plaisanterie qu'il opposait à son adversaire ne manquent ni de charme, ni àe:poTtée philosophique. Gomme Ântisthène, il dit à Platon : je ne vois pas l'essence de la table, je ne vois pas l'essence de la coupe*; comme lui, pour répondre à ceux qui nient le mouvement, il se lève et marche *. Par un syllogisme, on lui-démontre qu'il a des cornes. Je ne les sens pas , dit-il après s'être touché le front ^. Tu n'es pas ce que je suis, lui dit un dialecticien ; je suis un homme; donc tu n'en es pas un. Si tu voulais être vrai, répond Diogène , tu dirais qu'en réalité je suis un homme et que tu ne mérites pas ce nom *.

Ces réponses de Diogène ne se rattachent pas dans son esprit à des opinions sur la nature de l'intelligence, sur l'origine de nos connaissances; il a laissé de côté toute la doctrine logique de son maître. Mais plus il dédaigne les recherches scientifiques, les discussions

1 Laërt., VI, 53.

2 Laërt. , VI, 39. Voy. à la Logique d'Àntistkène une note sur cette objection des anciens Cyniques aux arj^ments des Éléates.

3 Laërt., VI, 38. H répondait sans doute à l'argument d'Eubulide Kepaxlç ou KepaTiVY). Voy. Laërt., II, 108, et Menag., Adnot.

^ Aul. GelL, XVIII, 13. — L'expression dialecticus porte à croire qu'il s'agit encore des Mégariques appelés spécialement $iaXexTixo{, comme le montre Ménage, Adnot, ad Laërt. ^ VI, 38. — Suivant le Ps. Diogène (ep. SI, p. 277, au lOe vol. des Extr, de» Mst. du roi)^ le sage mettra son honneur à bien agir, M Tcj> pU^^ et non point à répondre aux sophismes qu'on lui oppose , et à tant de logogripbes prodigieusement travaillés.

philosophiques , plus il est porté à faire usage de ce procédé critique et négatif.

Un disciple de Diogène , Monime , pousse plus loin cette extrême défiance de la raison humaine et semble incliner vers le scepticisme. Sextus Empiricus le rapproche de Métrodore et d'Anaxarque, qui représentaient la tradition de Démocrite et de Protagoras. Comme eux, il supprimait tout critérium de vérité, et avec Anaxarque il comparait les êtres à de vaines apparences et les assimilait à ce qui se présente à notre esprit dans le sommeil et dans la folie*. Il regardait tout comme une vaine fumée, c'est-à-dire ne distinguait en rien ce qui existe et ce qui n'eiiste pas *. Marc-Aurèle nous rapporte que pour Monime tout était opinion, vtto- Xriyjiç^j et Ménandre* cite cette parole qu'il met audessus du yvAQ-i aeavTov :

t6 yàç v7ioXt]g)d'èv xvtpov eîvai Ttàv è'^rj.

Ne conçoit-on pas du reste que le philosophe qui faisait profession de ne point estimer les choses de ce^ monde ait aimé à en contester l'existence, qu'il ait allié, ' à l'indifférence morale, le doute au point de vue logique, et que le scepticisme soit venu l'aider à se détacher des biens de la terre ^.

Cette tendance expérimentale et critique de Diogène , ce scepticisme superficiel et peut-être peu conséquent*

' Sext. Emp., Adv. JlfaJft., VII, § 48, 87 et 88, p. 379 et 387, Fabric.

2 Ib. , VIII , § 5 , p. 459 , Fabric.

3 II, § 13. * Ap. Laërt., VI, 83.

^ Les philosophes de l'école de Mégare et après eux Timon et iËnésidéme allièrent aussi Teiro^iQ et l'aTapa^ia.

6 Ce même Monime méprisait la gloire et recherchait la vérité seule, Ttpo; Ô6 T^v àXi^ôeiav TcapopfxSv. Laërt., VI, 83.

de Monime, voilà dans la philosophie des nouveaux Cyniques tout ce qui se rapporte à la logique.

De même ils avaient négligé les questions relatives à la nature.

Diogène prétendait, dit-on, que, par un échange de particules extrêmement déliées , tous les corps se pénètrent les uns les autres et que par là même tout est dans tout. Il semblerait donc avoir accepté la physique mécanique d'Anaxagore;mais Diogène deLaërte,qui lui

prête cette opinion, infirme lui-même son propre témoi-

gnage; car il s'appuie sur l'autorité de la tragédie intitulée Thyeste dont il reconnaît que l'authenticité est douteuse ^

Il est difficile de savoir quelle était la pensée de Diogène sur l'essence, je dirai même sur l'existence de Dieu. Il dit souvent que les Dieux nous ont donné tout ce qui nous est nécessaire, qu'ils sont les amis du sage, que grâce à eux le sage est maître de toutes choses. Mais faut-il entendre ces paroles dans un sens socratique et penser que Diogène croyait à la Providence et recommandait au sage de se confier en elle? N'étaient-elles pas plutôt une expression poétique de son admiration pour la puissance et l'ordre admirable de la nature? Quand on le voit appeler les sens des Dievs^, on est porté à admettre que, précurseur des Stoïciens, il divinisait tout ce qui , dans ce monde , a de la vie, de la puis-

I Laërt., VI, 73, 80. En tout cas, Diogène n'aurait présenté cette opinion que dans un but critique, pour l'opposer à ceux qui défendaient de manger les offrandes consacrées dans les temples, la chair des animaux, etc...

^ Stobœ., Senno 9, Dé Justitia. xà a!o6T^T/,pia xàt ttjç (puacu)< 6co6<

sance, de la perfection: et l'on croirait volontiers que celui qui conformait toutes ses actions à la nature prise comme principe de conduite, n'admettait rien qui fût supérieur à elle et la reconnaissait comme principe premier e,t absolu de tous les êtres.

Ce qu'on peut affirmer avec toute certitude , c'est qu'à l'exemple d'Antisthène les autres Cyniques se montrèrent hostiles à la religion, en blâmèrent les pratiques et les cérémonies et en interprétèrent les traditions dans un sens allégorique.

Diogène tourne les devins en ridicule* et regarde comme vaines et mensongères les promesses faites aux initiés*, il donne une explication philosophique des mythes relatifs à Médée et à Prométhée^: Cratès interprète de même le mythe de Vulcain*. Fidèles à l'esprit des anciens Cyniques , Démonax et Œnomaûs attaquent la religion , méprisent le culte rendu aux Dieux , nient la divination et les oracles ^.

Toutes ces opinions sont, comme on le voit, peu dignes d'intérêt; il est assez évident que les nouveaux Cyniques n'ont jamais eu sur la physique une doctrine arrêtée ; arrivons à la morale qui était pour eux la vraie philosophie.

Dans leur admiration pour la philosophie cynique les

^ Laërt., VI, 24. — Ps. Diog. , ep. 9, p. 259, Boiss.

2 Laërt., VI, 39. — Juliari. , Orat. , Vil, p. 238, a. — Il tourne les pratiques en dérision. Laërt., VI , 37.

3 Stobse. , Sermo 29, De assid. et exerc. — Dio Chrysost. , Orat.t VI, p. 205.

^ Schol. ad Hom. II. , A. , 591.

^ Sur Démonax, voy. Lucien. — Sur OEnomatis, Euseb. , Prœp, tvang.^ V, c. 18, sqq.

Stoïciens ont dit : Elle est la route abrégée pour arriver à la vertu*. Et en effet l'idée de la vertu ne domine-t-elle pas toute la doctrine et toute la conduite des Cyniques? leur école tout entière n'a-t-elle pas accepté et appliqué ce grand principe proclamé par Ântisthène : Il faut vivre conformément à la vertu*.

Mais ne demandons pas à Diogène, ne demandons pas à ses successeurs de s'expliquer sur la nature de la ▼ertù , sur l'origine de nos devoirs , et d'établir ces principes de la morale que leur maître lui-même avait négligés. Tout ce que nous savons , c'est qu'ils pensaient conune lui que la vertu est la même pour tous les êtres'

Ils professent aussi qiie la vertu s'apprend*; mais peu soucieux de rehausser la dignité de l'âme par le culte de la science, ils ne parleront plus de la q>ç6vriai^: faisant dépendre toute notre valeur morale de l'action seulement et de la peine, ils ne reconnaîtront qu'une seule condition de la vertu, l'exercice, la tension de l'âme, la persistance à dompter, à asservir le corps. Diogène dit avec son maître, qu'il faut avoir de la raison ou semuiîir d'une corde, et parle des avantages de l'instruction^; mais il se hâte d'ajouter que le goût et l'étude des arts et des sciences pourraient nous détourner de notre véritable but , et qu'il est d'autres soins bien plus

1 Laërt., VI, 104, et VII, 121 : tov Kuviff[i.bv (TvvTO[i.QV in dpe-n^v 6$ov.

— Cf. Soldas, art. Kuvia{AOç. — Plut., Amat. , c. 16.

2 Laërt., VI, 104. ^ Craies ap. Julian., Orai.y VI, p. 199, et VII, p. 213.

— Âmmonius ad Arist. Categ. cité par Ménage ad Laërt., VI, 13. — Ps. Diogène, ep. 25, p. 81 , CommeL — Id., ep. 12, p. 271, Boisson.

3 Ps. Crates, ep. 14, 15, 16, 17, 19, p. 33, sqq.. Boisson.

* Laërt., VI, 105 : r^v àper^y $idaxry)v etvai. — Diogène nommait la

pauvreté «ùxooiSaxTov dlpen^v (Stobe., Senno98, Lmupaup.). 5 Uërt., VI, 24, 68.

importants, d'autres exercices bien plus réels et plus efficaces*. Cratès, il est vrai , qui par sa naissance et son éducation se distingue de son maître et des Cyniques ses contemporains , ne dédaigne pas de chanter dans ses vers les bienfaits des muses ^. Mais il ne trouve pas d'imitateurs et les Cyniques continuent de répéter que l'érudition est bien inutile et que les livres n'apprennent rien.^

La vertu , disent-ils , est daps les actions , et c'est de la conduite qu'elle doit tirer toute sa gloire; c'est donc par les actions qu'il faut s'y former. Le chemin du bonheur est long par les préceptes ; on l'abrège par les œuvres journalières*.

Diogène montre combien il est nécessaire d'exercer et l'âme et le corps ; il montre que rien dans la vie ne peut être bien fait sans l'exercice, âaxrjoiç^ yvfivaaia, l'effort, la peine, novoÇy et que cette application soutenue triomphe de tout^. Il fait plus; il reproche à Socrate et à Antisthène trop d'indulgence et de faiblesse pour eux-mêmes * ; et , parlant de cette énergie intétérieure avec plus de force que son maître , il crée des

^ Laërt., VI, 27, 28. -^ Ib., 48 : J'admire ta simplicité, Hégésias; quand tu veux des figues , tu n'en prends pas de peintes , mais de vraies ; comment donc négliges-tu le véritable exercice de l'intelligence pour t'attacher aux livres?

2 Laërt. , VI, 86. — Plut. , De sut laude.

3 Julien a dit des Cyniques en général ; ouTe ^lêXouç àveXé^ai Bel uiupiaç* TroXufAaOïa yap , cpaci , vdov ou SiSaaxei , ouxe aXXo xt twv toioutwv ira- Ôeîv Orat,, VI, p. 187. — Voy. l'opinion du Cynique Démétrius, Senec. , De Benef.^ VII, c. 1.

* Ps. Diog. , ep. 21, p. 277, Boiss. — Ps. Cratès, ep. 7, p. 25, Boiss.

5 Laërt., VI, 70 et 71. — Arrien, Epict. Diss., 1, 24. to YU{Jivaaiov. — Sur Diogène cpiX^Trovoç, Julian. , Orat., VI, p. 194.

6 Sur Socrate, iËlian., Var. hist., IV, 11. — Sur Antisthène, Dio Chrys., VIII, p. 275, Reisk. — Stobae., XIII, De dicendi libert.^ p. 146, Tiguri.

expressions que le stoïcisme â depuis rendues célèbres : il ne veut pas un seul instant se reposer, se relâcher^ amvat, etne consent pas à interrompre ce t acte permanent d'effort, cette tension constante, ro èjtixeîvat^. Cette peine qu'il recherche est celle qui a pour but, non le bon état du corps , mais le bon état de l'âme , etnimxicc, c'est-à-dire sa tension, vovoç ^.

«La peine est un bien,]i> tel est le principe dominant, l'idée mère de toute la morale des Cyniques ; aussi les anciens en ontrils souvent fait mention , et les Sophistes qui ont composé des lettres sous les noms de Diogène et de Cratès , ont-ils longuement développé les préceptes qui s'y rapportent. Ils recommandent sans cesse la peine, l'exercice, la fatigue, la lutte, l'effort, la tension ^. Si l'on ne recherche pas, disent- ils, la peine qui améliore et fortifie, on est bientôt assailli de toutes parts par les peines qui nous accablent et nous tiennent en esclavage*; si l'on doit peiner, il faut peiner; si l'on doit éviter la peine, il faut peiner encore ^; car la peine seule peut préserver de la peine •.

1 Laërt., YI , 34.

2 Stobœ., Senno VII, 18, De fortit. oûSeva xaXov cTvoti irovov, oS jat)

T^oç .etY] txji^jid xai tovoç ^/^Çj «XX* où/l awfxaTOç. — Il se comparait au chef d'orchestre qui force le ton, ÔTrgp xdyov iv8iSovai, pour que les autres puissent arriver au ton convenable. Laërt., VI , 35.

* TTOvoç, àaxTiffiç, YuuLvaaCov. Voy. passim et surtout Ps. Diogène, ep. 1, 2, 8, Boiss. — Ps. Cratès, ep. 11, Commel, p. 92 ; ep. 1,2,5, 6, 22, Boiss. — pio; Ittiitovos, lîréTîiva piov, ep. U, Commel., p. 76.

^ Ps. Cratès, ep. 12, p. 75, Commel.

5 Ps. Cratès, ep. 2, 89, Commel. ttô' dlperov ô iro'vo;, ttovci, cÏte «peuxxiv, irovei , tva {x^ irovTJç • Sii Y^p fou \i.\ Troveiv où çcu^cxai iidvoç • tS) 8è Iv«vt(u) xa\ 8ui>xcTai.

^ Ps. Cratès, ep. 20, Boiss., p. 88. xb irovelv aiTidv ^ttitou (a^ ttovûv.

Puisque les nouveaux Cyniques, à l'exemple de leur maître, identifiaient le travail, la peine avec le bien ; ils devaient, comme lui , proscrire le plaisir. Ceux qui en ont contracté l'habitude, disait Diogène,n'y renoncent pas sans peine ; mais celui qui s'est fait des habitudes contraires est plus heureux du mépris de la volupté que de sa jouissance*. En effet, rechercher le plaisir, c'est se condamnera de perpétuelles agitations, c'est s'exposer à bien des dangers , à bien des souffrances , et. rien n'est plus contraire qu'un tel état à cette paix intérieure qui est le vrai bonheur. Apprenons» à nous dominer nousmêmes et à dompter ces passions qui jettent le trouble dans notre âme; autrement nous devenons leur esclave, et, plus nous leur accordons, plus elles sont insatiables ^. Diogène leur oppose donc toute la force de sa raison ^, et il se vante d'avoir remporté de toutes les victoires la plus difficile, en triomphant de la colère, des désirs, des craintes et de cet ennemi le plus dangereux de tous , la volupté *.

De même , Cratès montre le danger qu'il y a de s'abandonner aux séductions de l'amour et aux désordres d'une vie voluptueuse^, et l'on prête à un Cynique* des siècles suivants ces belles paroles : «Vous ajoutez à

1 Laërt., VI, 71.

- Siobœ., Sermo 10, De injustitia, Diogène compare dans ce passage les avares à l'hydropique tourmenté d'une soif insatiable.

3 Laërt., VI, 38.' àvTiTiôsvai Traôei Xoyov.

^ Dio Chrys., Orat. IX, p. 291, Reisk. — Voy. Ps. Cratès, ep. 1, p. 16, Boiss. Fuyez , dit-il , non-seulement l'injustice et l'intempérance qui sont les plus grands maux , mais encore les voluptés qui les produisent.

5 Laërt., VI, 86. — Julian., Orat., VI, p. 198. — Clem. Alex., Strom., II, p. 493. — Laërt., VI, 89.

6 D^monax ap. Anton, et Maxim. , Sermo De vitce virt. et vit. , TOiroutov eIç âpcTV irpoadrjffeiç^ 6Vov àv ôf éXv;ç tcov ^Sovcov.

votre vertu- tout ce que vous retranchez à vos plaisirs.» Les nouveaux Cyniques proscrivent, avec l'amour de la volupté, toutes les autres passions ; et , sur ce point, leur pensée semble plus arrêtée , plus précise que celle, d'Antisthène. Diogène va plus loin qtîe son maître lorsqu'il parle d'une indifférence, d'une insensibilité absolue, et prononce le mot ditdd'eia^. Plus modéré, Cratès recherche seulement la force d'âme et l'empire sur soi-même , èyxçdveia; mais il n'est pas douteux que l'idée de Yànd&eiaj qui était en germe chez Antisthène et que Diogène venait de développer, n'ait été fort répandue chez lesnouveaux Cyniques*

Tous les Cyniques opposent, comme l'a fait Antisthène, aux biens apparents et trompeurs, les biens réels , les biens conformes à la vérité , xav àXijd'eiav *. Ils témoignent comme lui de leur mépris pour les ri-

> Laëri. , VI, 15. 'AvTiaôévYjç fjyT^ffaTO Tyjç Aioyevouç diraÔefaç xa\ t^ç KpanriTOç l^xparetotc

2 Julian., Orat.^ VI, p. 192. 'AirâÔEioiv iroiouvTai xo tikoç. Voy. le Ps. IMo^ne passim él surtout, ep. 21, p. 278 , Boiss. : «L'auguste philosophie que n'aveugle jamais aucune passion, ^ç à^YipTJaOai to aufiirav Troédoç : > «t ep. 21, p. 79, Commel. où il s'appelle ô r^ç àita^tiaç WfXKpiqTTiç. — Le Ps. Gratès passim et surtout, ep. 22, p. 42, Boiss., où il admire Vàm- Oeia de Diogène.

3 Diogène a distingué : àyaô^ xh, toîç àyOpcoitotç SoxouvTa xal xjc xol'c^ iXi^ÔEiav. Laërt., VI, 42. — Il parle de rdfaxy|<Ji; àXyjOivi^, ib., 48. — Monime méprise les vaines opinions et poursuit la vérité seule , 3d^v)ç fxâv xaTxeppovsîv , irpo; Bï àXi?)Oeiav 7;apop{xav. Ib., 83. — De même le Ps. Diogène, ep. 10, p. 74, Commel. — Le Ps. Gratès (ep. 4, p. 90, Commel.) parle des biens extérieurs xà 1^) , xà éxxdç ; il distingue (ep. 14 , p*. 95 , ib.) les biens de l'âme , les biens du corps , les biens de la fortune. Ces pensées et ces expressions sont toutes stoïciennes , et rien ne nous autorise i en faire honneur à Diogène : il n'avait pas plus qu'Antiathène désigné et caractérisé d'une manière scientifique les différentes espèces de biens.

428 nocTRiNE

chesses*, pour les louanges et les flatteries , pour la no-, blesse et ce vain bruit qu'on nomme la gloire^; ils montrent combien il est honteux de s'attacher à la beauté visible en négligeant celle de Tâme ^, combien les soins donnés ail corps nous asservissent* et combien nous dégrade la recherche de la parure et de$ ornements ^. Tous ces biens, dont la possession fait la joie et le tourment des autres hommes, le sage les regarde comme une vaine fumée *, et, se dégageant de tous les liens qui nous attachent à la vie, il apprend à ne pas craindre la mort '.

Mais ce n'est pas assez , disent-ils , de mépriser les richesses , la gloire , le plaisir, la vie ; il faut rechercher, il faut chérir la pauvreté , une condition obscure , la douleur même^. Diogène se plaît à répéter que touteè les imprécations des tragiques sont retombées sur lui ^ ; il se réjouit de toutes les épreuves qu'il subit, de tous

1 Voy. notamment les paroles d^ Diogène , ti^v cptXapY^piav fXYjtpoTCoXiv TcavTwv Twv xaxwv^ Laërt. , VI, 50; et celles de Monime : xov tcXoutov Tuyri^ lf[/.eTov etvai. Stobœ. , Sermo De vitup. div.

2 Voy. Diogène (Laërt., VI, 24, 72; Arrian., Epict Diss.y I, 24), Monime (Laërt , VI, 83), Gratès (ib., 93), le Ps. Diogène et le Ps. Cratès passim. •

3 Diogène ap. Laërt., VI, 58.

^ Cratès ap. Anton, et Max. , Sermo De gulos, et ineontin.y irauaai xaÔ' lauTou TToiwv t6 SefffxoTTQpiov lajç^upov.

^ Diogène ap. Laërt., VI, 46, 54, 66, et Athen. , XIII, p. 565. — Gratès ap. stobœ. , Sermo Nuptial, prœc.

6 Monime , déjà cité. — Gratès : xà Bk TroXXi xa\ ^Xêta tucpoç lp.apij/e (Laërt., VI, 86, et Plut., De sut laude).

7 Diogène ap. Arrian., E!pict. Diss.y I, 24, et IV, 1; et Laërt., VI, 18, 44, 68. — On pense qu'il regardait la sépulture comme une inutile cérémonie (Laërt., VI, 79, et Menag., Àdnot.) et permettait de manger de la chair humaine (ib. 73).

8 stobœ., sermo 84, De nobilitate.-

9 Laërt., VI, 38.

les maux qu'il souffre; il remercie la fortune qui lui donne de si rudes leçons *. Il regarde comme un bien cet exil , sans lequel il n'eût pas été le disciple d'Antisthène*, cette pauvreté qui le contraint de faire ce que la philosophie cherche à nous persuader , et du sein de laquelle la vertu naît, pour ainsi dire, d'elle-même ^.

Ces mêmes pensées sont familières aux autres Cyniques qui , désireux surtout de s'affranchir de toute servitude, de ne point dépendre de la fortune*, s'appliquent à diminuer leurs besoins et se rendent célèbres par la simplicité de leur vie et leur sévérité, leur dureté pour eux-mêmes. Antisthène avait loué la vertu ; Cratès célèbre dans ses vers une condition obscure , la modération, la frugalité, la pauvreté; il chante sa besace ^.

Mais Diogène et ses disciples ne se contentent pas d'i-

miter l'exemple d' Antisthène et de reproduire son enseignement sous des formes variées ; ce n'est pas assez , à leur gré, de se détacher de tous les biens , ils exigent un renoncement complet ; se faisant gloire de privations imposées et recherchant la douleur même avec un zèle fanatique, ils substituent à la fermeté, à la tranquillité

1 Stobœ., Serin. 106, Quod eventta rer. fort, fer, sint,

2 Laërt., VI, 49. — Plut., De exilio, — Aman., Epiet, dise. y Ilf, 22. — - Ps. Diog. , ep. 1 , p. 66 , Commel.

3 Stobae. , Senn. 93 , Laue paupert. : rijv irsvCav fAs^cv «ùroSi^axTov elvat àprriQv ... auToStôoxTov eTvai l7rixOupT)(Aa 7rpo< çiXooofiav. Voy. encore sur la pauvreté, Serm. 1, Devirtute; Senn. 91, DevUup.dw,; Senn. 95, Camparatio virt, et paup.; .— le Ps. Diogène, ep. 4, p. 238, et ep. 7, p. 250, Boiss.

^ Laërt., VI, 105 : tu^t) (AT)$àv iiriTpcitciv.

^ iti^pT) Ti< icoXtc , Laërt. , V! , 85 , etMenag. , Adnot, — eÙTcXir, , AnthoL Pîanud,, 1, tit. 12. — eyeiv 5* iraTpiSo àSoÇiavte xa\ icevCav. Laërt., VI, 93. — Bans ses Vers aux muses (Julian. , VI et VU) , il prend pour exemples les animaux, et demande le bonheur des insectes et la richesse des fourmis.

d'âme, à la résignation digne et forte du disciple de Socrate , une sorte de rigorisme et d'ascétisme.

Quand Diogène, pour égaler dans leur simplicité les enfants et les esclaves, rejette sa tasse et sa cuillère*, quand il prend les animaux mêmes pour modèles^, quand il marche nu-pieds en toute saison, se roule l'été dans un sable brûlant, l'hiver se jette dans la neige ou embrasse les statues d'airain^, il y a chez lui une intention , un parti pris de dépasser Socrate et Antisthène. Placé par sa naissance dans une condition élevée, Cratès semble n'avoir reçu des Dieux sa fortune que pour donner un grand et mémorable exemple d'abnégation et de libéralité. Il abandonne tous ses biens pour s'attacher à Diogène et se vouer à la philosophie ; et, de ce jour, il compte l'ère de sa liberté*.

«Vis conformément à la vertu )i>, avait dit Antisthène; mais à ce principe socratique était venu se joindre un principe nouveau : «Vis conformément à la nature, 3> disait Diogène ^ ; parole qui marque un changement pro-

^ Laërt., VI, 37, etMenag., Àdnot, — Ps. Diog.,€p. 6, p. 69, et ep. 13, p. 75, Gommel.

2 II imite la sourie, Theophrast. ap. Laërt., VI, 22. — iËlian., Var. hisU, XIII ,26. — Plut. , De prof, in virt, — Il donne les animaux comme modèles : Dio Chrysost., Orat, VI, p 202, 205, 207, Reisk.

3 Laërt., VI, 23, 34, et Menag., Adnot., DioChrys., VI, p. 203, Reisk. ^ Laërt., VI, 87, et Menag. , Adnot. — Voy. Ps. Diog. , ep. 9, p. 72,

Gommel., et M. Boissonade, Extr. des mss., vol. X, p. 163. — Le Ps. Diog. suppose un fait analogue , ep. 9, p. 261 , Boiss. — Saint Jérôme {adv, Jovin., II, c. 14, ep. 66 et 71) et, d'après lui, Jean de Salisbury {Folier., V, c. 17), ont supposé, sans raison, qu'Antisthène était d'abord riche et avait, comme Cratès, renoncé à ses biens.

5 Laërt. , VI , 38 : vofMo Si «puaiv âvTiTiÔÉvai. — Ib. 71 : [atiSev outo) toîç xarà v($[AOV b>ç toîç xatà çuatv 3iSou(. — Ib. : tc($vouç xaxÀ (puaiv , j)assage d'où il ressort que ce qui est naturel est bien. — • Ps. Diogène, ep. 7, p. 71»

fond, une transformation dans la morale cynique. S'il faut vivre conformément à la nature, il faut se refuser tout ce qui n^est pas nécessaire à nos besoins ; c'est un devoir absolu de renoncer à tout ce qui peut être regardé comme superflu , de se ramener à cet état de nature dont les animaux seuls nous présentent le parfait modèle.

Au milieu des rigueurs exercées sur eux-mêmes , les nouveaux Cyniques s'occupèrent fort peu de l'esprit du sage et arrivèrent à ne plus considérer que l'action , les pratiques , c'est-à-dire ce qui est extérieur et apparent : « Tu ne sais rien , disait-on à Diogène , et tu te prétends philosophe. Quand bien même, répondit-il, je n'aurais du sage que les dehors, ce serait déjà être philol$ophe^» La sagesse cynique consistera désormais à boire de l'eau , à manger du cresson , à mendier, à insulter les passants, à mépriser toute pudeur; et, pour imiter ce beau mot d'Ântisthène : iicLa vertu est de toutes les armes la plus sûre,]» on appellera le manteau, la besace et le bâton des armes divines*. Ainsi, à l'ascétisme or-

Commel. ^mv ou xardi So^xv, iXkii xa-:k çuaiv. — Id. : ep. 25, p. 81, Gommel. Iyw Si txavov f,YOUfxai , to xaT '«j^etJiv xat çufftv Crj^ai xal tout* £ç' -^pLiv elvat. — Id. , ep. 13, p 271, Boisson, b yip xuvtfffxoç cpuffg(0(; loTtv àvaC^^^K* — SehoL ad ArUt. , p. 23 , Brandis, touto Sa eiro^ouv TQo (puaet xaXou SpeYOïxEvoi. — Julian. , Orat., VI, p. 193. t^ç xuvixTjç fiXo90^ta< axnrtzoç fxév iaTi xsi xikoç to EOSaitAOveîv , to Sa EuSatjAovEîv Iv Tfu C?iv xttzk cpufftv.

« Laërt., VI, 64.

s Voy. le Ps. Diogène , ep. 8 , p. 2S5 , 256 , Boiss. , où fl met la sagesse dans la pratique et le régime de vie; ep. 1, p. 225, suiv. où il raconte qu'il vient de recevoir des mains d'Antisthène l'accoutrement des Cyniques; et d'autre part, sur ces armes divines , voy. Ps. Gratès , ep. 2, p. 17, Boisson. Ta Oecov foXa; ep. 9, p. 28. ÀiOY^vEta foXoi ; ep. 21, p. 40; Ps. Diogène, ep. 5 , p. 240 , Boiss.

gueilleux des nouveaux Cyniques s'allie un formalisme puéril; telles sont les conséquences fatales de cette conformité de la vie à la nature et de ce mépris de la réflexion et de la science.

L'homme qui est parvenu à la vertu , possède le souverain bien; la sagesse, une fois acquise, comble tous nos désirs et ne peut plus nous être enlevée^

Formé par l'exercice et par la peine, habitué à la perpétuelle tension de l'âme, le sage a comme qualités dominantes l'énergie , la mâle fermeté , la patience qui résiste à toute épreuve, l'inébranlable constance^.

Dès lors maître de lui-même, dominant ses passions, il vit dans l'absence de trouble et d'agitation, dans Vanad-eia; trouvant en lui-même tous les vrais biens, méprisant tous les biens trompeurs , il se suffit à luimême ; il jouit de Yavvdçxeia.

Tandis que les autres hommes sont esclaves de leurs passions, de leur attachement à des biens apparents, le sage par YdTtd&eia et Yamdçxeia arrive à l'indépendance absolue. La liberté est le premier des biens , disait Diogène^. Si Cratès renonce à ses richesses et consacre sa vie à la philosophie, c'est pour s'affranchir et jouir delà liberté*. Leur conduite, comme leurs maximes,

ï Laërt., VI, 105.

2 Diogène de Laërte (VI, 15) dit qu'Antisthène prépara riiraÔsia de Diogène, Yèyy.pd'ztiaL de Cratès; il dit que Diogène recommandait dàpvoç tu^t) àvTiTiÔevai (VI, 38), to -repbç irSaav 'zuyy^v -reapeffxeudijôai (VI, 63). — Ps. Cratès, ep. 27, p. 82, Gommel. u-reojxov^ twv Seivcov. — Id.,ep. 22, p. 42, Boiss xaptepta xal lY^paxEia.

3 Laërt., VI, 71. — Cf. ib., 66.

^ Voy. ses vers ap. Julian., Orat^ VI et VII, et Glem. Alex., Strom., 11,

témoigne qu'ils sont dominés à tout instant par ce besoin de se soustraire à l'influence de la fortune et des autres hommes et de ne relever que d'eux-mêmes; aussi les Sophistes qui ont écrit sous le nom de Diogène et de Cratès n'ont pas négligé ce côté de la doctrine cynique, et leurs lettres célèbrent à tout propos la parfaite liberté du sage^

Cette ànd^ua qui met le sage à l'abri des craintes et des déceptions, de tout ce qui troublerait la parfaite tranquillité de son âme, cette avvdçxeia qui lui fait trouver en lui-même tous les biens vraiment désirables, rendent le sage parfaitement heureux. Le malheur , dit Diogène, n'a d'autre cause que notre aveuglement; celui qui possède la sagesse ne peut manquer d'être heureux , et le mépris même du plaisir sera pour 4ui la source de joies infinies*.

Enfin YavTciçxeia et VândS-auz , en donnant au sage la parfaite indépendance, une paix de l'âme et un calme intérieur que rien ne peut troubler, l'égalent aux Dieux mêmes. « Le sage est l'image des Dieux , dit Diogène '. Les Dieux, dit-il encore, n'ont besoin de rien;

p. 412 ; — les textes déjà cités à propos de l'abandon qu'il fit de ses richesses , et M. Boissonade, vol. XI des Extr, des ms$. , p. 10 suiv.

1 Ps. Diog. , ep. 7, p. 71 , Commel. (b>v ou xoct^ oo^av , dXXit xatk cpuiriv iXeuOepoç. — ep. 29, p. 83, ib. — ep. 5, p. 242, Boîss. — Ps. Cratès, ep. 7, p. 91, Commel. Travtàç xaxou iXeuOepo;. — ep. 8, p. 91, ib. àirc fiâv Tou icXouTOu iîj8y) IXeuÔcpiaÇofiiev. — ep. 16, p. 86, Boiss. — ep. 22, p. 42 , ib.

2 Uërt., VI, 71.

3 Laërt., VI, 51 : to6ç dfyaôoi; «vôpotç ÔcSv IXeye eixovaç slvcti. — Julien a dit des Cyniques : 'ÂiraOetav icoiouvTsi xh tikoç ' touto $2 fffov lori x& 6i^ Ycv^ttt. Orat., VI, p. 192.

on s'en rapproche d'autant plus qu'on a moins de besoins ^ . »

Ainsi se précisait et s'exagérait chez les nouveaux Cyniques la doctrine de leur maître.

L'idée de Yamdçxeia était déjà chez Antisthène, mais celle de Yàjtd&eia ne s'y trouvait qu'en germe , et, s'il avait exalté la liberté du sage, il n'était jamais allé jusqu'à dire qu'elle le rendait semblable à Dieu même.

Mais comment le sage se procurera-t-il ce qui est nécessaire à ses besoins? la réponse des nouveaux Cyniques à cette question leur est inspirée par la sentence pythagoricienne : a: entre amis tout est commun , y> et par un vague souvenir des enseignements de Socrate sur la divine Providence. Diogène répète souvent que les Dieux ont mis sous la main de l'homme tout ce qu'il faut pour vivre heureux ^ ; et, pour rassurer le sage , il lui démontre fort pertinemment que rien ne peut lui manquer: «Tout appartient aux Dieux; les Dieux sont les amis du sage; entre amis tout est commun; donc tout appartient au sage^. »

De ce principe, il suivait que tout ce qui appartient aux autres hommes appartient aussi au sage. Telle était la pensée d'Antisthène ; mais il est curieux de voir quel

1 Laërt. , VI, 105, etMenag., Adnot,, — Ps. Gratès, ep. 10 , p. 92, Gommel. — Voy. sur cette opinion de Socrate, Xénoph. , Mem., I, 6, 10.

2 Laërt., VI, 44. — Diogène ajoutait que si nous nous plaignons de la fortune , c'est que nous demandons aux dieux ce que nous prenons pour des biens et non les biens véritables: Laërt. , VI, 42.

3 Laërt., VI, 37 et 72. — Voy. la même thèse développée par le Ps. Diogène, ep. 10, p. 74, Commel., et le Ps. Cratès, ep. 12 et 13, p. 31, suiv. Boiss. — Quand les hommes leur refusaient l'hospitalité, les Cyniques allaient la demander aux Dieux, c'est-à-dire passer la nuit dans les temples ou sous les portiques. Ps. Diog., ep. 8, p. 253, Boiss. et la note 9, ib.

développement elle reçoit chez les nouveaux Cyniques. Le sage, disent-ils , en s'adressant à ceux qui possèdent, ne fait que redemander son bien, que rentrer en possession de ce qui lui appartient*: les besoins du sage sont à leurs yeux comme une sorte de droit divin au nom duquel il s'approprie ce qui lui convient*. De là son orgueilleuse mendicité^: il croit obliger et honorer l'homme chez lequel il daigne prendre sa part des biens départis par les Dieux au genre humain; loin de témoigner de la reconnaissance, il en exige, et* se détourne à jamais de ceux qui ne se sont pas montrés heureux de le recevoir et ne lui ont pas su gré d'avoir été choisis et distingués par lui*.

Si nous considérons les rapports du sage avec les autres hommes , sans doute les nouveaux Cyniques n'ont pas oublié les belles paroles d'Antisthène sur l'affection qui unit entre eux les hommes vertueux, l^e sage, disentils, est digne d'être aimé^; et Diogène ajoute qu'un ami

^ Oiogèae ap. Laërt. , VI , 46. ^pY)[xàT(i)v dEO{X£VOç aTraiTelv IXeye touç çiXouc, oux aiTslv. — Ps. Diog. , ep. 10, p. 74. Gommel. — Ps. Gratès, ep. lî et 13, p. 31, Boiss. ; — ep. 3, p. 90, Commel. aTcaixeiv xi fôia. — Voy. les paroles de Diogène à un avare, Laërt. , VL, 56.

2 Quelqu'un réclamait à Diogène un manteau : Si tu me l'as donné, dit-il, je le garde; si tu me Tas prêté, je m'en sers, ei Bt e^p7)<Taç, ^pM^ai. Laërt., VI, 62.

3 On ne dit pas qu'Antisthène ait mendié : son disciple donna l'exemple. Laërt., VI, 49, 67. — Voy. la justification de la mendicité par le Ps. Diogène, ep. 5, 240, Boiss. et le Ps. Cratès, ep. 3, p. 18, ib. etc...

'^Diogène ap. Laërt., VI, 34. — Ps. Diog., ep. 9, p. 260, Boiss. — Ps. Gratès, ep. 8, p. 27 et ep. 24, p. 46, Boiss.; — ep. 3, p. 90, Gommel. — Antisthène avait dit : /pv) TOiauTaiç icX7)0iaCciv Y^vai^ty^ olÏ X"P^^ efoovrat. Laërt., VI, 8.

SUërt., Vl,i05.

vertueux est le meilleur secours, le plus puissant soutien pour l'homme qui s'efforce de parvenir à la sagesse* .

Mais le sage réserve son affection pour ceux qui lui ressemblent, ne trouve dans son. cœur aucun lien qui l'attache aux autres hommes et se montre à leur égard plein de dédain et de sévérité. Diogène se vante de savoir commander aux hommes et d'être fait pour leur servir de maître ^ ; il les compare tous à des enfants ou à des esclaves et ne trouve nulle part un homme vraiment digne de ce nom^. Il se considère lui-même comme un médecin au milieu des malades * et dans son zèle indiscret, appliquant aux misères d'autrui de violents remèdes , il va partout donnant des conseils avec une rude franchise , blâmant avec amertume , effrayant tout le monde par ses reproches amers et ses impitoyables railleries : on le craint , on fuit à son approche^. ^

1 Ànecd, grœca de M. Boiss., t. 1, p. 125. oux Ijtiv oôûevi àvSpi xocTa- 7covou(X6V(o cpdtpfxaxov (T(oTY)p(ai;, ôç ^^pTQGTOç cpiXoç. Cf. Plut., De prof, in virt.; et sur les rapports de Tamitié et de la vertu d'après les Cyniques, Plut. Amator., c. 16, p. 759, éd. Paris. 1624.

2 Laërt., VI, 29, et Menag. Adnot. — Ib. , 74 ; cf. Philo Jud., QxtodoriMiis probus lib. — Laërt., VI , 30 et 36 ; cf. Ps. Cratès, ep. 22, p. 43. Boiss. — Laërt., VI, 33 et 43. — Ib., 75.

3 Laërt., VI, 27, 32, 35, 40, 41 (et Menag. Adnot.), 60.

* Laërt., VI, 30 , 36. — Dio Chrysost., Orat. VIII, p. 276, Reisk. — Stobae., Serm. 11.

5 Laërt., VI, 24. Seiviç ?iv xaTaffoêapeucajôai twv àXX(i)v. — Ib., 74. —

iElian., XIII, 26. epTjfxoç ^v >ta( (xovoç àir^^fiTcro . . . Sià to tou Tpoirou sXsYXTixdv , xai 8xi ^v irpoç tÀ wpaTTOfxsva xai XsY^Jp-eva Su<jàp£<jToç. — stobae. , Serm. 13 , de dicendi libertate : oujç^ uTréjjtEivav t^jv Tfa^âY)a{av. — Sur les Cyniques en général, voy. Âmmonius, Ad Arist. caL^ cité par Ménage, Jrflaèrt., VI, 13: Kuvixot oStwç sxaXouvto Bik to ica^- ^YjffiaffTtxov xal eùeXeYXTOv. Cf. Philopon. Ad Arist. j Brandis, p. 35.

Ce n'est plus, comme Socrate, un homme qui, entraîné par l'amour de la vérité et du bien , par une puissante affection pour les autres hommes , les appelle à réfléchir sur eux-mêmes , leur communique le goût de la vertu , leur inspire le désir et la force d'y atteindre. Si Antisthène adressait des conseils et des réprimandes , c'était encore avec la modération et la réserve de son maître ; et puis n'était-il pas ce bon appareilleur si habile à réunir les autres dans un commun amour de la sagesse? Mais Diogène ne connaît pas de mesure , et s'abandonne à toute la verve de son esprit critique et mordant: si parfois il obéit au désir d'être utile , le plus souvent il est dominé par le sentiment d'une orgueilleuse supériorité.

Cratès pour s'exercer se mettait à injurier les courtisanes*; il entrait dans les maisons pour y donner des conseils et fut surnommé Youvreur de portes^. Il paraît cependant plus modéré que Diogène , plus habile à faire écouter et aimer ses conseils , plus désireux d'établir et de conserver son influence: on s'adresse à lui, et, au sein des familles, il accepte volontiers le rôle d'arbitre et de conciliateur^. Après lui vient Ménippe qui tourne tout en dérision, et dont les plaisanteries, les perpétuelles bouffonneries ne sont qu'un vain et stérile jeu d'esprit. Faut-il nommer encore ce Ménédème qui , au milieu du peuple , apparaît déguisé en Furie , et se dit envoyé par les Dieux infernaux pour observer les méfaits des honmies? Nous ne citerions pas de semblables extravagances si leurs auteurs ne s'étaient crus excusés ,

« Uërt. , VI , 90.

2 Laërt. VI, 86 et Menag., Adnot,

3 Hat., Symp., U. — Apul., Florid., IV, c. 22. — Julian., Orat,^ VI, p. SOI. — Aatonius Meliss. , De earitate et paee.

i 38 DOCTRINE

ne s'étaient sentis autorisés par la doctrine et par l'exemple de Diogène.

Par ces habitudes agressives les nouveaux Cyniques cherchaient é justifier ce nom de Chiens dont ils se montraient si fiers ^ ; mais ils le méritaient surtout par leur genre de vie et l'étrangeté de leur conduite.

On leur pardonne aisément cette humeur bizarre qui les porte à marcher nu-pieds , à manger sur la place publique, à dormir sous les portiques; mais ils ont étonné, ils ont révolté par le mépris de toute pudeur, par la publique dépravation de leur vie licencieuse- On nous pardonnera de ne pas insister sur les obscénités et les dégoûtantes pratiques qui ont rendu le Cynisme si tristement célèbre et ont fait passer son nom dans les langues modernes en y attachant une honte éternelle.

Ce qui nous importe , c'est de rechercher quels sont les principes qui provoquèrent et légitimèrent aux yeux des Cyniques les désordres de leur conduite.

Il faut, disaient-ils, vivre conformément à la nature; tout ce qui est conforme à la nature est bien , tout ce qui est bien est beau ; enfin tout ce qui est bien et beau , l'est indépendamment des circonstances, c'est-à-dire d'une manière absolue^ Dans leurs plus étonnants excès ils s'exerçaient, disaient-ils, à suivre la nature et prétendaient obéir à l'amour de ce qui est beau naturellement, ajoutant que, si une chose est bonne, elle doit se faire en public comme en particulier, que, si elle est

1 Laërt., VI, 33, 45, 55, 60. — Dio Chrys., Orat., VIII, p. 279; IX, p. 288. — Ps. Diog., ep. 7, p. 70, Commel. — Ps. Crates, ep. 2, p. 17, et ep. 7, p. 25, Boiss.

mauvaise , elle ne doit pas plus se faire en particulier qu'en public*. D'autre part ils soutiennent que la vertu est le seul bien, que rien n'est mal si ce n'est le manque de vertu; ils tiennent tout le reste pour indifférent*. Le sage qui possède \A vertu est , grâce à elle , à l'abri de toute atteinte; car, une fois acquise, elle ne peut se perdre, et quelles que soient nos actions, elle est comme le soleil dont la pure lumière éclaire toutes choses sans que rien ternisse son éclat ^. Enfin, le sage , affranchi des opinions et des vains préjugés des hommes, tient à agir autrement qu'eux*, et, pour témoigner de son indépendance et de sa liberté , brave la pudeur même qu'il regarde comme un sentiment factice et une pure convention.

Ainsi les principes qui ont fait la grandeur de l'école d'A'ntisthène , et bientôt après l'éternel honneur du Stoïcisme, servaient à légitimer les plus honteuses iaberrations; et la dépravation cynique avait pour excuse l'immutabihté absolue du bien , l'identité du bien et du beau, la conformité de la vie à la nature, l'indifférence

1 Sehol. ad Àrist. , p. 23. Brandis, aôxot âStacpop^av siren^SEuov , J>ç o\ XUV6Ç, ^YifAoatcK èaOïsiv xat à^poStotdcCEdOai xocl àwico^exoi irEpiTraTEÏv xai té TTtOoi; xal iv xpidSoi; xaOsu^Eiv. touto S* etco^ouv too (pu9Ei xaXou 6pfiYO(JLevoi * IXeyov Y^p Sxi e! àyadov èati, SeT xotvYJ xo^i IBia irpaTTEoOai. ^ oux sffTiv dYocôbv^ xai oote xoivvj oute IBicl SiaitpaxTsov. — Laërt., VI, 69. El TO aptorSv (X7)Sèv eiy) ofTOirov, oo8' Iv àyoçidj, eotiv octotcov oùx fiOTi ùk oftOTTOv TO dpiffiSv • où5' apa Êv ayopS Iœtiv ofroTrov. Voj^ Ps. Diog., ep. 13, p. 271, Boiss., Tusàge qu'il fait du principe 6 Kuviff^uoç <pu9E(o; ^ffTiv àvaCi^Ty)aiç.

2 Laërt., VL, 105, en parlant des Cyniques : tk [uvalh âpsTriç xal xaix(aç titSia^opa X^youoiv. Sehol. ad Arist. , p. 23, Brandis, déjà cité.

3 Laërt., VI, 63. — Anton, et Maxim. De vitmvirt. et vit. * Uërt., VI,64.

de toutes choses en comparaison de la vertu qui est le seul bien , l'infaillibilité du sage et cette liberté même qui régale aux Dieux! Cette orgueilleuse philosophie qui voulait élever l'homme au-dessus de lui-même et le transformer, le laissait enfin se dégrader et s'abaisser au niveau de la brute.

La plupart de ces principes invoqués par les nouveaux Cyniques sont, il est vrai, empruntés à Antisthène; mais l'idée de conformer notre vie â la nature appartient à Diogène; ce principe eut une influence #cisive sur ses successeurs et les entraîna dans une voie malheureuse. Que l'on compare leur conduite à celle d'Antisthène: sans doute il a laissé au sage une grande facilité de mœurs et il a dans sa vie même usé d'une extrême liberté: mais jamais on ne l'a accusé d'avoir blessé les regards, offensé la pudeur de ceux qui l'environnaient et révolté leurs plus généreux sentiments : enfin , la recherche de la nature y comme disaient les nouveaux Cyniques , les conduisit à des habitudes contre nature dont le disciple de Socrate n'avait jamais donné l'exemple. Diogène et Cratès auraient étonné Antisthène; eux surtout sont coupables d'avoir par leur enseignement et leur conduite autorisé cette honteuse dépravation qui fit descendre la philosophie cynique au-dessous de celle d'Épicure*.

Avant de résumer et de préciser notre pensée sur la morale des Cyniques, nous avons à considérer encore un côté curieux et important de leur doctrine, je veux

* Lucian. , Fw^fitiv. — August. , Civ, Deij XIX, 1. — Greg. Naz., Carm, de virt., 265, sqq. -^ Sidon. , Carm,, II, 167.

dire leurè idées sociales et politiques , leurs opinions sur la propriété , la famille et la cité.

Les droits accordés au sage par les nouveaux Cyniques, entraînent la négation formelle , la destruction radicale de la propriété. Le disciple de Socrate avait dit seulement: ce qui appartient aux autres hommes appartient aussi au sage , et il était difficile de bien fixer le sens et la portée de ces paroles : celles de Diogène, au contraire , sont parfaitement nettes et précises. Suivant lui , les besoins du sage ^c'est-à-dire ses besoins conformes à la nature et par là même légitimes et sacrés, constituent un droit qui ne peut se perdre et qu'il est libre d'exercer à toute heure, une sorte de droit divin au nom duquel il vient revendiquer sa part des présents faits par les Dieux au genre humain et la reprendre aux mains de ceux qui se sont indûment approprié des biens superflus.

Sur ce point Diogène ne se borne pas à reproduire la pensée de son maître, il la développe, il l'exagère; et cela sous une influence qui fut puissante sur son esprit et qui se fait sentir dans toute sa doctrine : il obéit à son admiration pour les institutions et les coutumes deLacédémone*.

D'autre part les nouveaux Cyniques cherchaient à détruire la famille. Ainsi Diogène félicite ceux qui prennent le parti de ne pas se marier ou renoncent à élever leurs enfants^; et comme on lui demandait à quel âge il faut se marier: les jeunes gisns, disait^il, pas en-

1 Voy. sur ce sujet, Laërt., VI, 27 et 59. (Théon, Progym., c. 5, 45^ attribue ce dernier mot à Antisthène.) — Stobie. et Plut, in Menag. , Adnot . ad Laërî., \l ^ 6. — Ps. Gratès, ep. 3, p. 53, Boiss. — M. Boissonade Extr, de» mM., vol. X, 2« part., p. 180.

2 Uërt. VI, 29.

core et les vieillards jamais*. Mais, s'il faut en croire son biographe, il ne se serait pas borné à détourner les autres du mariage; préférant, comme il le disait souvent, la nature à la loi, il aurait rejeté cette institution pour lui substituer les hasards d'unions passagères dues au consentement réciproque; il aurait demandé la communauté des femmes et par là même celle des enfants*.

Epictète y d^ns le discours où il fait l'éloge de la vie Cynique, et le Pseudo-Diogène , dans une de ses lettres, se bornent à dire que le sage ne se mariera pas , n'élèvera pas d'enfants , crainte de s'imposer des devoirs nouveaux, et mille soins qui le détourneraient du culte de la vertu ^. Mais leur silence ne prouve pas que Diogène de Laërte se soit trompé, et il n'est pas impossible que sur ce point encore les opinions de Diogène aient rappelé les usages de Sparte. C'est ce que l'on est porté à croire lorsqu'on songe au ipariage que Cratès réserve à son fils et au procédé révoltant par lequel il marie sa fille*.

Enfin, les Cyniques, pour briser tous les liens de la famille, enseignaient que l'homme ne doit aucune reconnaissance aux auteurs de ses jours ^.

^ Ib., VI, 54. — Lucien lui prête ces paroles : y^l^O'^ -^' afxeXTQceiç xai TuaC^cov xal 7caTp{Soç. Vit» auct,^ c. 9.

2Ib., VI,72.

3 Arrian., Epict. Diss,, III, 22, p. 348, trad. de M. Thurot. — Ps. Diog., ep. 18, p. 274, Boiss. — Ils se demandent tous les deux comment se perpétuerait la société des hommes.

^ Saint Grégoire de Naziance, Orat,, 23, et ses commentateurs, Basile de Gésarée et Élie de Grète, prêtent à Gratès l'idée de la communauté des femmes; mais M. Boissonade (Extr. des mss.^ vol. XI, 2^ partie, p. 139) pense qu'il faut lire xuvOYapiia et non pas xoivoYafAia , et le sens même de la phrase indique cette correction : l'auteur reproche à Antisthène sa forfanterie, à Diogène sa gloutonnerie, à Gratès ses cyniques rapports avec Hipparchie.

^ Leur raison, c'est que la naissance est due au mélange des éléments.

Sans doute , Diogène avait trouvé dans l'enseignement et les exemples d'Antisthène le germe des opinions que nous venons d'exposer; mais n'oublions pas qu'Antisthène a dit : le sage se marie pour avoir des enfants , et que ce mot seul marque une profonde différence entre les deux doctrines. ' •

Quelles étaient les idées politiques des nouveaux Cyniques ?

Diogène dit, comme son maître, qu'il faut suivre la voix de la nature plutôt que les lois instituées par les hommes*, et, en s'exprimant ainsi , il fait bon marché de l'état, de la cité, qui, de son propre aveu, ne peuvent exister s'il n'y a des lois établies et respectées *. Chassé de sa patrie , il a appris à mépriser cette idole des temps antiques; il se réjouit de cet exil qui l'a conduit à la philosophie; devenu philosophe, il n'a plus rien du citoyen : la sagesse a tué en lui l'esprit de cité ^. Il engage ses disciples à ne point se mêler des affaires publiques *. Quel état est assez parfait pour que le sage daigne prendre part à son administration ? Il n'est qu'un seul gouvernement régulier, digne de notre admiration , le gouvernement du monde ^ : Le monde , voilà la vraie cité ; et, quand on demande à Diogène d'où il est, il répond par cette belle parole : Je suis citoyen du monde , xocfiono"

Uttjç *.

De même, Cratès méprise toutes les dignités, tous les honneurs auxquels les hommes peuvent nous élever :

Ps. Diog., ep. 21, p. 79, Commel., et Alciphron, cité par M. Boissonade, Extr. àes nui., vol. X, 2» part., p. 174.

» Laërt., VI, 38, 71. ♦ Ib., VI, 29.

2ïb., VI,72. 5ib., Vl,72.

3 Ib., VI , 49. 6 Ib., VI, 63, et Menag., Àdnot,

Appliquez-vous à la philosophie , dit-il , jusqu'à ce que vQus regardiez les généraux d'armée comme des conducteurs d'ânes*. Peu lui importent ces villes, ces états, ouvrages de nos mains, fragiles institutions des hommes ; il n'a pas pour patrie une seule ville, un seul toit: l'univers eùtier, voilà la ville , voilà la demeure qui lui est préparée^. Il se soucie peu que Thèbes, où il reçut le jour, se relève de ses ruines ; un autre Alexandre la détruirait de nouveau ; sa vraie patrie , c'est l'obscurité , c'est la pauvreté ; il est citoyen de Diogène ^. Les Cyniques continuèrent de se tenir éloignés des affaires publiques, ne daignant pas s'occuper des intérêts et des rivalités des états , regardant tous les hommes comme membres d'une même cité et le monde comme leur commune demeure *.

Ainsi, il était réservé aux Cyniques, à ces hommes sortis pour la plupart de la plus humble condition, à ces voS-ov, à ces proscrits, à ces esclaves, de concevoir fortement et de répandre cette grande idée de la cité universelle, et de l'égalité des hommes. Il est probable que Diogène et Cratès la devaient à Antisthène qui , luimême, l'avait empruntée à l'enseignement de Socrate; mais il faut reconnaître qu'ils ont eu le mérite de la mettre en lumière et de la propager. Autant ils avaient abaissé et dégradé l'homme en supprimant la famille , autant ils relevaient et l'ennoblissaient en effaçant les limites des états et le proclamant citoyen du monde.

Ub., VI,92. Mb., VI, 98.

8 VI , 93 , et Menag., AdnoL *

^ Voy. Arrian., Epiet, Disi,, III , 22, p. 351, dé la trad. de M. Thurot, — ' et J)émétrius ap. Senec. , De benef. , VII , 1.

Telle fut la doctrine philosophique de l'école cynique après Antisthène , doctrine que l'on pourrait appeler le Diogénisme ; car elle ne renferme aucune idée qui n'ait été présentée par Diogène. Cratès reproduisit avec esprit les opinions de son maître, et elles furent acceptées par tous les Cyniques de l'époque suivante.

Résumons et ramenons à quelques points précis cette longue comparaison de l'Ântisthénisme et du Diogénisme.

Nous ne reviendrons pas sur les rapports que nous croyons avoir rendus sensibles en recueillant avec soin toutes les expressions ingénieuses sous lesquelles les autres Cyniques ont présenté les pensées d' Antisthène , toutes les opinions ou tous les faits qui ne sont que le développement ou l'application naturelle de sa doctrine. Tout le monde sait que Diogène a été le disciple d'Antisthène, qu'il a accepté les opinions et continué l'œuvre de son maître; ce n'est pas là ce qu'il s'agit d'établir. Mais il est nécessaire de connaître sur quels points, dans quelle mesure et dans quel esprit Diogène a modifié la doctrine d' Antisthène, comment et pourquoi il s'en est éloigné; il faut énumérer et apprécier exactement les différences qui les séparent. L'antiquité s'est beaucoup occupée de Diogène; par la singularité de sa vie, par l'étrangeté de ses opinions et par la vivacité de ses réparties, il est aux yeux du vulgaire le personnage le plus considérable et le vrai représentant de l'école cynique. Plus le disciple est célèbre , plus il importe de rechercher quels traits le distinguent de son maître ; c'est être vrai et juste envers l'un et l'autre; c'est, d'une

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part, déterminer plus nettement la primitive doctrine de l'école cynique, reconnaître le vrai caractère de la philosophie d'Antisthène et l'opposer à des idées nouvelles et à des exagérations (fu'il eût sans doute désavouées ; d'autre part , c'est assigner à Diogène son véritable rôle, marquer son incontestable originalité, mais aussi faire peser sur lui la respdnsabiUté de ses innovations.

Les différences entre la doctrine d'Antisthène et celle de Diogène se rapportent à trois points principaux : au mépris de la science et de la réflexion, à l'idée de la tension de l'âme , à l'idée de la conformité de la vie à la nature. *

Antisthène , sans avoir les sciences en grand honneur, n'avait pas laissé de les cultiver, et il avait considéré la réflexion, la connaissance de soi-même, la prudence, les fortes convictions, comme une importante condition de la sagesse. Diogène va jusqu'au mépris absolu des sciences et regarde l'instruction et la réflexion comme inutiles pour former l'homme à la vertu.

De là, chez Diogène et ses successeurs, l'absence de toute recherche relative à la physique et à la logique, l'absence d'ouvrages qui embrassent la morale dans son ensemble et l'exposent d'une manière complète et régulière, la préférence donnée à la forme légère de l'épître, enfin les plaisanteries, les bouffonneries qui remplissent leurs écrits.

De là, chez les successeurs de Diogène, l'idée que la sagesse est indépendante de l'état intérieur de notre ânïe et consiste seulement dans les actions, dans le fait extérieur, que la pensée n'est rien^ que la vertu est dans les pratiques et les dehors; de là ce ridicule formalisme qui

autorisa tant d'ignorants et d'insensés à prendre le nom de Cyniques et provoqua tant d'extravagances célèbres.

Si les nouveaux Cyniques dédaignent les secours de l'instruction et de la réflexion , c'est qu'ils croient trouver un appui suffisant dans l'extrême énergie de leur volonté et la puissante concentration de leurs efforts. Diogène reproche à Antisthène trop de faiblesse et d'indulgence pour soi-même, et, poussant plus loin que son maître, présente l'idée de la tension, topoç; idée qu'Antisthène n'eût sans doute pas désapprouvée , mais qui , exprimée pour la première fois par Diogène , marque chez le disciple un degré supérieur d'effort et d'énergie.

C'est par la tension de l'âme que, triomphant de toutes ses passions , il atteindra à cette insensibilité , à cette impassibilité absolue , à cette aTtad-eia^ que le disciple de Socrate n'avait osé imposer au sage.

C'est par la tension de l'âme que le sage, non content de. la fermeté et de la résignation d' Antisthène , va jusqu'à la renonciation volontaire, aux privations imposées, aux rigueurs contre soi-même, et le premier donne, au milieu du peuple grec , l'exemple de l'ascétisme.

C'est par la tension qu'il arrive au complet affranchissement, à la parfaite liberté ; plus le sage a exercé sa volonté, multiplié ses efforts et peiné avec énergie, plus aussi il se sent libre et ajoute de prix à ce privilège de sa vertu. Les nouveaux Cyniques sont donc plus pénétrés et plus fiers qu' Antisthène de ce sentiment de leur liberté ; il les rend semblables aux Dieux mêmes , et désormais, divinisés djins leur orgueil, ils regardent tous les autres hommes comme de vils esclaves ; enfin , pour témoigner de leur parfaite indépendance, ils s'appliquent à faire le contraire de ce que font les autres 9

et afîectent de braver les lois , les usages , les convenances, la pudeur même. ^

Antisthène avait enseigné la conformité de la vie à la vertu, c'est-à-dire une vie simple et sévère, la modération dans les désirs , le mépris du superflu , et il avait proposé comme exemples Socrate, Hercule et Cyrus. Mais Diogène parle le premier de la conformité de la vie à la nature; c'est lui qui présente, comme modèle du sage, l'homme tel que l'a fait la nature, l'homme primitif, enfant ou esclave , et enfin les animaux euxmêmes. Dans l'histoire de la philosophie cynique cette idée lui appartient en propre; elle a dans sa doctrine un certain nombre de conséquences grandes et admirables, mais elle est aussi le principe d'aberrations nouvelles : en même temps qu'elle impose la simplicité et la sévérité, elle autorise cette conduite révoltante à laquelle s'est attaché le nom de Cynisme ; dans l'ordre social, si elle porte le sage à considérer tous les hommes comme membres d'une grande et parfaite cité qui est le monde lui-même , elle amène la communauté des femmes, des enfants et des biens.

Telles sont les différences qui séparent la doctrine de Diogène de celle d' Antisthène ; mais il en est une qui domine toutes les autres, c'est celle de la tension de l'âme. Cette tension porte le sage à rejeter, comme désormais inutiles, à mépriser comme une faiblesse et un relâchement, la science, l'instruction, la réflexion; elle l'affranchit des passions, des préjugés, des usages et des lois , le réduit à l'état de nature , l'élève par là même au-dessus d' Antisthène et de Socrate et l'égale aux Dieux.

De même qu' Antisthène s'était séparé de Socrate en marquant plus fortement la nécessité de l'exercice et de

la peine, de même Diogène se sépare d'Antisthène par une énergie et une concentration plus fortes, par cette tension de l'âme. Diogène a exagéré Antisthène , comme Anlisth^ne a exagéré Socrate, et, suivant la belle expression de Platon, Diogène c'est un Socrate en délire.

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