‹ Antoine CourtChapitre 100 sur 251 · LE RÉGENT ET SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

LE RÉGENT ET SAINT-SIMON

il était même animé d'intentions bienveillantes à leur égard, et un jour, en 1716, il les manifesta clairement.

Les relig-ionnaires ajoutaient à tous les embarras que lui avait légués le feu roi ; ils s'adressaient à lui pour mille procès, et la difficulté de concilier les édits et déclarations de Louis XIV le jetaient dans de g-randes perplexités. Ce jour-là, il se prit donc de pitié pour ses sujets huguenots. « Louis XIV les avait traités avec cruauté ; l'Etat avait souffert de la révocation de l'Edit de Nantes ; cette mesure avait ruiné le pays et excité des haines mortelles : pourquoi ne rappellerait-on pas les réfugiés dans leur patrie ? » — Il parlait ainsi devant Saint-Simon. Le noble duc fut d'abord stupéfait. Mais reprenant quelque calme , il se hâta de ramener son royal interlocuteur à de plus justes sentiments. Il lui rappela les désordres et les guerres civiles dont les huguenots avaient été les instigateurs depuis Henri II jusqu'à Louis XIII. 11 parla de leurs prétentions et des embarras qu'ils avaient donnés à Henri IV. Louis XIV avait abattu l'hydre; pourquoi, au lieu de jûuir en paix d'un si grand repos domestique, irait-il de son gré faire ce que le feu Roi avait eu le courage et la force de rejeter avec indignation, « quand, épuisé du blé, d'arg-ent, de ressources et presque de troupes, et à la veille des plus calamiteuses extrémités, ses nombreux ennemis voulurent exiger le retour des huguenots en France, comme l'une des conditions sans lesquelles ils ne voulaient point mettre de bornes à leurs conquêtes ni à leurs prétentions ? » — Le Régent fut déconcerté. Il rompit brusquement l'entretien, et ne parla plus désor-

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