‹ Antoine CourtChapitre 104 sur 251 · PLAINTES ET REQUÊTES · texte numérisé non relu

PLAINTES ET REQUÊTES

feu Roi avait donné, pendant de si longues années, de si éclatants et si nombreux exemples. La stupeur fut immense. Et la consternation qui suivit fut d'autant plus profonde que les espérances avaient été plus hautes.

« La plupart de ceux qui sont restés, écrivait un protestant, .s'étaient flattés qu'après la mort de Sa Majesté, qui était obsédée par les Jésuites, leurs grands ennemis, ils pourraient jouir de quelque liberté, puisque Votre Altesse Royale sait très-bien que la religion doit se persuader et non se forcer. Mais ils sont bien loin de leur compte, puisqu'ils voient revivre les mêmes rigueurs, et qu'ils sont comme l'oiseau sur la brancbe, prêts à tout moment d'être exterminés*... »

De leur côté, les religionnaires de Guyenne ajoutaient à propos d'une assemblée surprise :

<< Hélas ! combien de maux ne leur a-t-on pas fait souffrir pour leur religion, depuis trente-doux ans que l'on les persécute à outrance, que l'on a ruiné et réduit un nombre infini de gens à la mendicité, que l'on a gardés en prison, renfermés depuis vingt-cinq et trente ans, (d'autres ont été mis dans les couvents pour avoir des prétex tes de leur avoir leurs biens), que l'on a exécutés plusieurs fois, et que l'on a enfin réduits à la dernière extrémité^... »

Antoine Court prit lui aussi la plume et dans une lettre à Roquelaure qui comrnandait eu Languedoc : Le clergé, disait-il en substance, continuait donc de les peindre sous de fausses couleurs, puisqn'après trente années de disgrâces, on renouvelait contre eux les plus sévères édits du temps passé. Malgré leur

1 Archives nationales, TT. 469. (17] G )

* Ibid.. TT, 363 —V. aussi Pi(V,es et documenls, n» VIII

fidélité, ils se voyaient exposés sous la Régence aux mêmes rigueurs qui les avaient frappés sous Louis XIV. De quel crime cependant pouvait-on les charger? D'être attachés à leur religion et d'en faire profession au Désert ? Mais était-ce un crime ! Etaient-ils des factieux ? On savait bien que non. En vain avait-on surpris leurs assemblées, fait des prisonniers, tiré sur une foule inoffensive, ils n'avaient jamais eu recours à des représailles : ils s'étaient laissé emprisonner, tuer « comme des agneaux sans défense. » Ils demandaient peu. Us ne réclamaient ni le droit de s'assembler dans les villes, ni la permission d'élever des temples ; ils sollicitaient simplement la permission d'aller dans les bois, au Désert, invoquer en pleine liberté le Dieu de leurs pères... Au surplus, continuait-il, quel que fût l'accueil fait à leur demande, ils étaient trop convaincus de la nécessité de leurs assemblées pour y renoncer ; et depuis longtemps ils avaient fait le sacrifice de leur vie au triomphe de leur foi. Mais ils mourraient sans murmurer, et quelles que fussent les soufirances qu'on leur réservât, rien n'arracherait de leur cœur les sentiments d'amour qu'ils nourrissaient pour le roi et pour la monarchie ' .

Ces protestations et ces prières demeurèrent sans résultat. La cour, menée déjà, poussée et dirigée par le clerg'é, avait résolu de poursuivre jusqu'à son accomplissement l'œuvre entreprise par Louis XIV. Rien ne pouvait, en ce moment du moins, la faire dévier de la ligne de conduite qu'on lui avait tracée. Quelques mois

1 X-46, cah II. (1716.)

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