PRÉDICANTES ET PROPHÉTESSES
terrible insurrection qui avait un moment effrayé Versailles, il ne restait plus qu'un douloureux souvenir et un immense écrasement.
Plus de chefs, plus de pasteurs, plus de prophètes. Les chefs étaient morts ou réfug-iés, les pasteurs étaient bannis, les prophètes avaient cherché un asile dans les pays étrang-ers.
Peu à peu cependant, les choses avaient repris leur cours naturel. Quelques femmes avaient été les héroïnes de cette restauration. Quand tout paraissait désespéré, elles avaient pris en main la cause vaincue , et avec leur foi, leur dévouement, leur abnégation et la puissance invincible de leurs espérances, elles avaient résolu de la rendre victorieuse.
Elles s'érig-èrent en prédicantes ; elles tinrent au Désert des assemblées, et dans ces mystérieuses réunions, composées presque exclusivement de femmes, elles ranimèrent les esprits abattus, fortifièrent les volontés chancelantes. La première fois qu'Antoine Court, jeune encore, accompagna sa mère au « prêche, » il entendit les exhortations d'une prédicante et en fut édifié. C'était la veuve Bancel, de Vallon, qui, cette nuit, officiait. Elles couraient ainsi de pays en pays, du Vivarais dans les Cévennes, des Cévennes dans le bas Languedoc, à travers les villes et les villages, s'arrètant ici, prêchant là, lorsqu'on les en priait, et que l'Esprit les y poussait. C'est ainsi qu'en 1709 passèrent à Villeneuve-de-Berg Balastière et Isabeau Chalençon; elles descendirent vers Nîmes et furent faites prisonnières dans cette ville. A quelque temps de là, Antoine Court pria Martine et Suzanne Roug-e dont il venait d'appren-
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(Ire l'arrivée à Vais de donner une })rédication à ses coreligionnaires. Plus tard survinrent la veuve Caton, la fameuse Claire et surtout Isabeau Dubois, cette courag-euse et charmante femme, (|ui fit sur l'àme de l'enfant une profonde impression et dont l'homme fait aimait à vanter la haute sag'esse et la modestie.
Ces femmes ne se contentaient pas de prêcher ; elles prophétisaient. Lorsque Court, en 1713, quitta la maison paternelle , il rencontra sur son chemin Claire et Caton qui tombèrent en extase et lui présagèrent uue brillante destinée. Elles étaient les héritières des prophètes camisards exilés et s'en g-lorifiaient. Mais quelque chose de profondément humain, d'affectueux, animait leurs discours. Nul cri, nulle fureur; des paroles tendres, (les larmes. Ces prédications et ces prophéties leur donnaient une immense influence. Dans chaque village , dans chaque ferme , elles avaient leurs partisans. Là, dans un langag-e bizarre mêlé de citations l)ibliques et du récit naïf de leurs visions, elles leur prêcliaient la repentance, et leur faisaient concevoir, au delà des malheurs présents, l'espérance d'un état meilleur. Parfois elles poussaient à la révolte, sur les indications des chefs. Ainsi, quoique rien ne l'assure, il n'est pas douteux qu'elles n'aient été les agents de Coste et de Claris, quand ces derniers essayèrent en 1710 d'exciter dans les Cévennes un second soulèvement. Et plus tard, après la paix d'Utrecht, lorsque la cour maintint ses mesures de rigueur, ce furent elles qui éclatèrent en menaces, se rendirent dans les assemblées, ordonnèrent à Court de paraître sur les places publiques, et qui poussèrent de toutes façons à une