‹ Antoine CourtChapitre 131 sur 251 · TROIS PHASES JUSQU'EN · texte numérisé non relu

TROIS PHASES JUSQU'EN

g-uerre nouvelle. Heureusement elles ne parvinrent à provoquer qu'une agitation passagère. Mais ces belliqueux discours, héritage d'un temps qui n'était plus, étaient rares. Les propliétesses, avant tout, prècliaieut la repentance, relevaient les courages, gourmandaient les faibles. Elles arrêtaient le protestantisme dans sa décadence, elles tenaient le drapeau autour duquel leurs exhortations appelaient les victimes de ces temps malheureux. Le jour de la grande réparation, imaginaient-elles, ne devait pas tarder avenir, et toutes, dans le haut et le bas Vivarais, aimaient à répéter cette promesse que l'Esprit leur avait faite : « Il se tiendra luie assemblée célèbre dans un pré nommé Lacour, proche Chalançon. Des Anglais y assisteront ; un arbre merveilleux croîtra et fleurira dans une nuit; sous son ombrage, on distribuera la Cène *. » Les prophétesses croyaient à la réalisation de cette prédiction. Elles l'attendaient avec joie, elles aimaient à la regarder comme le commencement des temps meilleurs à l'établissement desquels elles consacraient leurs efforts et leur vie.

Tels avaient été jusqu'en 1715 les trois phases du mouvement prophétique. Né, on l'a vu, de l'excès de la souffrance, entretenu par la souffrance, il avait sans doute entraîné les protestants à de graves extrémités, mais il les avait arrachés à une ruine certaine. Petits prophètes, prophètes, prophétesses, tous avaient travaillé à raviver les dernières lueurs de la foi. Ils avaient , par leur héroïque activité,

1 N» 46, cah. I.

Viti LE PROPHÉTISME EN 17i5

groupé les fuyards, prêché l'espérance, et dojiné pour but à tous les efforts, la restauration prochaine de l'Eg-lise persécutée. Si, à la mort de Louis XIV, les protestants existaient encore, si ving-t ans de persécutions n'avaient pu les lasser, si l'édit de 1715 n'était qu'un mensonge, c'était g-râce aux prophètes, depuis le jour où ils s'étaient fait entendre sur les montag-nes du Peyra et du Castrois, jusqu'au jour où, Louis XIV mourant, ils continuaient à exhorter dans leurs assem • blées nocturnes les survivants de la grande persécution .

En 1715, lorsque Court commença son ministère, de tous côtés, en tous lieux, surgissaient prophètes etprédicants. « La licence de s'ériger en prédicateurs était telle, que quiconque en formait le dessein pouvait l'exécuter sans obstacle, qu'hommes et femmes se mêlaient du métier, et qu'il n'était pas rare de voir dans les assemblées, si peu nombreuses qu'elles fussent, deux, trois femmes et quelquefois des hommes tomber en extase et parler tous à la fois. » Le Vivarais, les Cévennes, la Vannage, étaient remplis d'Inspirés ^ On en rencontrait surtout dans cette partie de la province qui avait été le principal théâtre de la guerre des Camisards. Brenoux, Alais, Cong*eniès, Nîmes, Ganges, Loriol, Lunel, étaient les lieux ordinaires de leurs prédications. Duplan a laissé le récit

' N" 17, vol. G. — Non-seulement cette partie du Languedoc, mais encore le Dauphiné tout entier avait des Inspirés. (N° 17, vol. B. Mémoire sur le Daupbiné.) Roger s'en expliqua fort bien la cause. « M. R., dit son biographe, reconnut d'abord que ce qui attirait la plupart des protestants dans les assemblées des fanatiques, c'était la famine de la Parole de Dieu. »

MULTlTl'Dli iriNSPIRKS

d'un voyag-e qu'il fit du côté de Ganges; dans clia- (jue lieu qu'il traversa, il trouva des femmes ou des lionunes qui tombaient en extase, racontaient leurs visions, priaient Dieu en public, prècliaient et prophétisaient. On n'entreprenait plus rien sans consulter rEsjirit. Devait-on faire une course, aller à une assemblée, accomplir l'acte le plus ordinaire de la vie, aussitôt l'Inspiré de l'endroit était interrogé : sa réponse devenait ordre de Dieu. Les Inspirés allaient plus loin ; ils se vantaient d'exorciser et de guérir les malades. A Nîmes, une jeune fille de vingt ans était souffrante. Claire et la veuve Catou, la croyant possédée du démon, voulurent l'en délivrer; elles appelèrent Court à la séance, et se mirent à questionner le démon. Celui-ci répondit qu'il s'appelait « Belle Oreille. » On lui ordonna de quitter le corps de la pauvre malade. On pria, jeûna, mais le démon ne voulut point obéir, et la jeune fille resta dans le même état où elle se trouvait précédemment. A Ganges, dans une réunion, arriva un homme qui avait le corps enflé. L'Inspirée lui imposa les mains, « et, après l'avoir censuré de ses défauts et l'avoir exhorté à la repentance, lui ordonna de prier Dieu pendant trois jours, après quoi il se trouverait guéri. » Il faut croire que la promesse de l'Esprit ne se réalisa point, car l'auteur ajoute : « Depuis, il a été inspiré à cette femme qui lui avait imposé les mains, que ces trois jours voulaient dire trois semaines h Dieu, le maître de ces événements »

1 Aivhives Je l'Hérault, G. 139, u" 2'Ji.

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