‹ Antoine CourtChapitre 136 sur 251 · DÉCISIONS DES SYNODES · texte numérisé non relu

DÉCISIONS DES SYNODES

g'atiou (le Court, le Synode de 1715 établit : 1" que, selon l'ordre de saint Paul, il serait défendu aux femmes de prêcher à l'avenir; 2" qu'il serait ordonné de s'en tenir uniquement à l'Ecriture sainte comme à la seule règ'le de foi, et qu'en conséquence on rejetterait toutes les prétendues révélations qui avaient vog'ue parmi les protestants, non-seulement parce qu'elles n'avaient aucun fondement dans l'Ecriture , mais encore à cause des g-rands abus qu'elles avaient produits. — Le second Synode, tenu en 1716, s'occupa de nouveau de ce triste sujet :

» On doit écoiitor la Parole do Dioii commo la soûle règle de foi, et on mémo temps refuser toute prétendue révélation dans laquelle nous n'avons rien qui puisse soutenir notre foi ; et, à cause des grands scandales qui sont arri^és de notre temps, les pasteurs sont obligés d'y voilier avec soin *. »

Malheureusement deux des pasteurs qui avaient sig'né ces règlements furent les premiers à les violer, et devinrent les chefs de ces mêmes Inspirés qu'ils avaient promis de combattre. C'étaient Jean Hue et Jean Vesson. Le succès que l'on attendait de ces mesures fut sing-ulièrement amoindri.

Singulier homme que Vesson ! On a vu qu'il avait été déjà déposé par les Synodes et réintégré peu de temps après, en 1718, dans sa charge ^. Des signes de mésintellig-ence ne tardèrent pas à se manifester. Vesson, qui avait jadis été un des Inspirés les plus populaires, devint-il jaloux de la prépondérance croissante

* Synode de 1710.

» V. chap. III, p. 103.

18N JEAN VESSON

d'Antoine Court"!' Sou parti que les règ'lements synodaux tendaient à ruiner lui reprocha-t-il sa désertion '! Ou plutôt, sa foug'ue naturelle, son amour d'indépendance, son impatience de tout frein, l'empècliaientils de se plier à la discipline récemment instituée ? On ne sait. Quoi qu'il en soit, il reprit bientôt ses habitudes, prêchant à sa guise, administrant la Cène et n'assistant pas aux Synodes. En 1719, il reçut une lettre de Court qui le rappelait au devoir. Ses sentiments n'étaient pas encore hostiles, car, dans une lettre à l'iui de ses partisans, il protestait de son dévouement à l'Eglise et de son amour pour l'union. « Sans doute, il n'avait pas assisté au Synode , mais quel besoin l'y eût conduit, puisqu'il annonçait la parole de Dieu? » Il parlait d'ailleurs en termes excellents de Court et se plaisait à l'appeler « son frère \ » On n'osa point lui susciter de nouveaux embarras, et il continua à mener sa libre vie. « Comment faire de l'interdire ! Nous craig-nons plus qu'il ne se range entièrement du parti des Inspirés qui sont encore en grand nombre dans la Vannage, ce qui formerait une autre secte qui serait très dangereuse ^ » On lui donna cependant pour compagnon le proposant Deleuze, homme sage, éclairé, pour surveiller les discours qu'il tiendrait et les explications de la Bible qu'il pourrait donner. Vesson ne tint compte de lui. Les choses suivirent leur cours. Vesson viola les règlements établis et inclina probablement de plus en plus vers le parti des Inspirés. Les Synodes se décidèrent alors à prendre de vig'oureuses mesures, et ils

i N" 1, t. II, p. 67. (171!».) s N» 7, t. I, p. 2. (1719J

JJÈPfJSlTION I)E VESSON

ras.sig'iièreut cleA aiit une de leurs asseiiil)lées. Les colères longtemps eoiitenues éclatèrent. Vesson qui se sentait appuyé , entouré, à la tète d'un parti, n'hésita pas à calomnier les Anciens ; il supposa des lettres diffamatoires, affecta de ne point paraître à la réunion synodale, et surtout soutint et enseigna des doctrines désapprouvées.

Un Synode fut convoqué en 1720 pour le juger.

« Que fora-t-on de Vesson qui s'oppose à l'ordre, qui no veut point de discipline, qui insulte les Anciens, qui calomnie ses frères? Et à l'instant, on prouva comme à Meyrueis (?) il avait lu une lettre supposée et diffamatoire contre tous ses frères qui prêchent au Désert; on prouva comment il avait baptisé des enfants depuis que l'assemblée l'avait défendu à tous les proposants ; on a mené un très-grand nombre de preuves comme (quoi) il avioléà touségardsce qu'il avait promis à la grotte du château

de Fraisac Après que la vénérable compagnie a eu entendu

toutes les fautes, ils ont dit qu'il ne fallait plus qu'il prêchât. Quelques-uns de la compagnie ont dit : Mais le moyen de l'empêcher? Tous les autres de l'assemblée se sont pris à crier : 11 ne le faut point écouter, et exhorter le peuple à ne point le recevoir. M. Baldy, qui est plein de bons conseils, dit : Parce que cet homme est un flatteur et que le monde ne le connaît pas tel qu'il est, on pourrait regarder cette démission comme injuste. Il y faut ajouter que le sieur Vesson peut revenir dans la paix de l'Eglise lorsqu'il composera un Synode général dans lequel il donnera une pleine satisfaction en se justiliant des crimes qu'on lui im|>ute »

C'était un acte liardi que de bannir de la paix de l'Eglise un homme tel que Vesson ; un schisme pouvait eu résulter. Mais encore qu'ils redoutassent une

1 N° 1, t. II, p. 30'.». (1720.)

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