IRRITATION DU PARTI DES INSPIRÉS
scission funeste, les membres du Synode la croyaient moins périlleuse pour le })rotestantisme que le fanatisme et le désordre. Convaincus par Antoine Court et par une lettre récente de Pictet de la nécessité de la discipline, ils voulaient avant toutes clioses et à tous risques la faire respecter. Ce fut donc avec un profond sentiment deleurdevoir que, le 13septenibre 1720, usant encore une fois du pouvoir dictatorial dont ils avaient été investis, ils imposèrent silence à Vesson et lui ordonnèrent « d'obéir à la voix de l'Ecriture qui dit que l'esprit des prophètes est soumis aux prophètes »
Cette décision combla l'irritation des Inspirés. Jusqu'à ce moment Hue et Vesson avaient exercé une incontestable influence sur ce parti ; dès ce jour, ils en devinrent r;!me,le personnifièrent, ^\^sson se jeta dans le bas Lang-uedoc , Hue dans les Cévennes. Hue, on l'a vu, s'était séparé depuis longtemps de ses coUèg-ues ; la démission de Vesson réveilla son ardeur. Il se trouvait dans les hautes Cévennes, où depuis long'temps déjà, g'râce à ses opinions hardies sur la messe, sur les mariages et sur l'Inspiration, il s'était g'ag'ué des partisans. Corteiz s'engag-ea dans la montagne pour ébranler son crédit ; il ne réussit pas. En 1722, un jeune proposant, Combes , fut envoyé de nouveau par le Synode pour dissiper dans l'esprit de ses adhérents le prestige dont était encore entouré le vieux Camisard. Cette mission eut un peu plus de succès. Combes agit avec habileté et finit par s'attirer, non sans peine, la confiance des protestants.
' V. Pièces et documents, n° X.
ACCUEIL QU'IL FAIT A VESSnX 191
La résistance de Vessoii fut encore plus long-ue. Dès qu'il a])prit la mesure qui le frajjpait, il parcourut les villag"es dont il connaissait les svinpatliies, et s'efforça d'exciter en sa faveur par sespressantes exhortations leur zèle et leur dévouement. Il se posa en victime, se prétendit calonniié, méprisé, injustement condamné. Il rejeta l'autorité des S3 nodes, accusa d'hérésie ses persécuteurs, exalta surtout la puissance de l'Esprit. Un jour (|ue Corteiz le poussait à bout, il répondit : « Vous vous opposez aux conseils de Dieu , en vous opposant aux révélations, et je ne veux me réunir qu'à la condition que vous ne parlerez ni contre les révélations, ni contre ceux qui les croient. »
Ainsi banni de l'Eg'lise, il fut accueilli par les fidèles avec enthousiasme. Tous ceux qui voyaient avec peine le nouvel état de choses, tous ceux qui ajoutaient foi aux discours des Inspirés et qui sentaient leurs convictions ojjprimées par les règlements nouveaux , firent cause commune avec lui. Durfort, Congéniès, toute la Vannage tint pour lui : il devint « le grand timon ' . » Une chose aggravait la situation. Si le parti de l'ordre, dont Antoine Court était le chef, se composait d'hommes sages et instruits, et si celui des Inspirés se recrutait surtout parmi les ignorants, on ne peut nier qu'il n'y eftt parmi ces derniers des religionnaires éclairés et de mérite. Ils pouvaient ne point soutenir \'esson, mais toutes leurs sympathies appartenaient au parti et aux idées dont il était le représentant. Parmi ces derniers se trouvait Duplan. Il n'aimait ni Vesson ni Hue, « ces re-
» N» 1, t. II, p. 348. (4721.)