DUPLAN
belles, cerf orgueilleux, ces hérétiques, ces scliismatiques, » mais il croyait aux communications du Saint- Esprit, il croyait aux révélations. Ni les fourbes ni les fanatiques n'avaient pu ébranler sa conviction. Il détestait les impostures et les superstitions, mais ayant été témoin, jeune encore, de faits toucliants et qui l'avaient profondément ému, lisant la Bible avec piété et avec foi, voyant à chacune de ses pag'es l'intervention miraculeuse de la divinité, il était fermement persuadé de la possibilité et de la réalité de certaines prophéties. Aussi disait-il hautement qu'il n'aimait pas « les jug-ements téméraires, ni les voix aigres qui sous apparence de piété et de zèle, criaient sans connaissance et sans intelligence : Ote ! ôte ! crucifie , crucifie ! » Il n'avait jamais sur ce sujet partagé l'opinion d'Antoine Court. « Nos sentiments, lui écrivait un jour son jeune ami, ont toujours été sur ce chapitre les antipodes les uns des autres, votre expérience vous persuadant qu'il y a des Inspirés, et la mienne qu'il n'y en a pas. » Le pieux gentilhomme d'Alais fréquentait donc les Inspirés et assistait à leurs assemblées ; leurs réunions lui étaient chères, et leur mysticisme plaisait à sa sensible imagination ; il en était l'hôte assidu et le principal personnage ^
Il fallait prendre des mesures énergiques. Ce péril devait être définitivement écarté, et l'on devait attaquer sans hésitation un parti qui compromettait chaque jour la cause du protestantime. — Les Synodes, les prédicants et les pasteurs étrangers furent chargés de ce soin.
> N" 12, 11. 19. — V. aussi n» 7, t. II, p. 81 cl 311,
RÉSISTANCE DE \ ESSOX
Les Synodes de 1721 déclarèrent que l'Ecriture sainte devait être tenue pour seule règ*le de foi, et que ceux qui soutiendraient Vesson dans son schisme ne seraient pas admis à la sainte Cène ' . Ils censurèrent en outre Duplan qui encourageait et autorisait les visions et les songes de « ces femmelettes *. »
On résolut en même temps de faire suivre Vesson de villag'e en village ''. Le Synode de 1721 confia cette mission à Bétrine et à Pierredon, et bientôt Corteiz et Rouvière vinrent les rejoindre. « Nous avons résolu, écrivait Corteiz, de faire quelque séjour à la Vannage. Je crois qu'il nous y faudra tenir un colloque à cause de \ esson. » Ils poursuivirent ainsi leur adversaire, eux le cliercliant, lui les évitant. Parfois ils parvinrent à le rencontrer; ils lui parlèrent d'ordre, d'union, de discipline; mais celui-ci se plaçant toujours sur le terrain de l'inspiration évita de répondre à leurs exhortations sentimentales. Ils s'adressèrent alors à ses partisans ; ces derniers se montrèrent intraitables et menaçants. Un jour qu'ils se trouvaient dans un village, ils virent deux hommes armés de bâtons leur demander ce qu'ils voulaient de Vesson. Jamais d'ailleurs la vraie question ne fut traitée : ils firent appel à l'union. C'était habile, car ils se sentaient incapables de réfuter certains arguments ; mais ils répandirent en grand nombre des traités et des discours où le sujet était élucidé. L'écrit contre les fanatiques du pasteur suisse, Merlat, courut ainsi tout le bas Languedoc.
» N» 1, t. II, p. 477. (Mai 1721 ) « p. 581 (Octobre 1721.)
' Thid., p. 288, (1720.)