‹ Antoine CourtChapitre 140 sur 251 · SUCCÈS QU'ELLE OBTIENT · texte numérisé non relu

SUCCÈS QU'ELLE OBTIENT

les pasteurri, à cause du iiuuibre croissant des prétendus Inspirés, de donner une explication publique de rinsi)iration '. On voit encore que Samuel Turrétin fit soutenir j)lusieurs thèses sur ce sujet i)ar les étudiants de l'Académie ^.

l'ictet avait une yraude autorité sur les relig'iounaires. Aussi, dès 1720, Corteiz mandait-il à Court : « Dites à M. Pictet d'écrire contre; il le faut prier de se sig'ner, car ces prétendus Inspirés seraient capables de dire (|ue c'est nous qui l'avons faite. » La lettre ])arut. Cet opuscule ne reproduisait gaière que les sentiments bien connus de l'auteur sur ces matières, mais il était imi)rimé, sig'né et appuyé par la vénérable Compagnie de Genève. Il produisit une immense émotion. Nos fanatiques sont pour ainsi dire aux abois, » écrivait Durand, et Corteiz réclamait des exemplaires ])our les distribuer :

" J'ai déjà aji^rit^ que le livre contre les prétendus Inspirés en a ébranlé plusieurs et afl'ermi un bon nombre d'autres qui variaient, et a donné, comme vous êtes tout persuadé, une véri* taille j'jie à plusieurs autres qui étaient affliaés de voir tant de jicrsonnes cliancelcr et entrer dans des sentiments justement improuvés. Mais il n'y a pas assez en France de ces livres; il on faudrait trois ou quatre cents. S'il se découvre quelque moyen pour en faire passer, profitez- en pour la guérison de ces pauvres malades. »

Le vide commença de se faire autour de Vesson. Il comprit que le seul mo3^en de relever sou autorité était

1 Archives de la vénérable Compagnie de Genève, 334, 335. (1714 ) ' Préservatif contre le Fanatisme, ou Réfutation des prétendus Inspires des derniers siècles, par S. Turrétin. Genèvej chez Du Villard et Jacquier. (1753.)

1^6 DISCRÉDIT DE VESSON

de la faire consacrer d'une manière solennelle. Il écrivit à Pictet et, peu de tem])s après, il montra une lettre du savant professeur où celui-ci lui disait que « sans exception, un troupeau pouvait élire un pasteur, et lui donner le pouvoir de faire toutes les fonctions du ministère. » Aussitôt il assembla ses partisans, et leur fit entendre qu'ils pouvaient légitimement lui donner l'ordination. Ces gens, prévenus en sa faveur, ne regardèrent pas si, dans le cas actuel, la chose pouvait se faire, si Vesson avait les qualités requises, s'il avait été déposé, ni si son renvoi était juste. Ils le reconnurent comme pasteur et promirent de le soutenir jusqu'à la mort. — Vesson, rassuré, convoqua avec une nouvelle ardeur les assemblées, administra les sacrements et annonça hautement qu'il ne voulait plus se laisser gouverner par tous « les réformateurs et docteurs , car il avait reçu plus de Dieu que tous ces bons personnages. » Il signa : Jean Vesson, berger du Christ*.

Il y avait eu cependant une supercherie ou un faux : Pictet n'avait jamais écrit au fougueux Inspiré.

J'apprends encore, écrivit-il, qae le sieur Vesson montre une lettre, qu'il dit venir de ma part, qui porte qu'on peut et qu'on doit le recevoir ministre et lui donner plein pouvoir d'en faire les fonctions, sans recevoir l'imposition des mains. Je crois qu'il serait embarrassé de montrer cette lettre, ou quelqu'un l'aura écrite en mon nom ^. »

Le grand crédit dont jouissait Vesson s'évanouit subitement. On l'abandonna ; seuls, quelques amis lui

1 N» 1, t. II, p. 553. (Décembre 1721.) s N° 7, t. I, p. 260.

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restèrent. Désespéré, il courut de tous cotés, parla, se justifia, montra des lettres supposées. Vains efforts : il était perdu. Un jour, du côté de Sommières, il tint une assemblée ; quelques fidèles seulement s'y rendirent. « Qu'est-ce que je vous ai fait, mes frères, s'écria-t-il, ne vous ai-je pas prêché l'évangile du Christ'!' Pourquoi voulez-vous m'abandonner'? » Pressé de toutes parts par le parti de l'ordre, délaissé par les siens, chargé en outre d'une nombreuse famille qu'il ne pouvait plus entretenir, poursuivi par les huissiers et les serg-ents qui faisaient des exécutions dans sa maison, il commença de désespérer de la fortune. Tout à coup, au mois de juin 1722, il disparut avec plusieurs de ses partisans. Un profond silence se fit autour de son nom.

Le parti des Inspirés était bien ébranlé. Hue commençait de perdre toute autorité ; Vesson venait de quitter la Vaunag-e, les prophètes étaient en discrédit ; Monteil se maintenait seul dans le Vivarais. Les principaux chefs disparus, leurs adhérents, s'il en restait encore, ne devaient pas tarder à rentrer dans l'ordre, à revenir aux doctrines officielles de l'Eg-lise. Mais il fallait, avant que le parti ne reçût les derniers coups, qu'il comptât, lui aussi, ses martyrs.

Le 6 mars 1723, on eut à Montpellier un curieux spectacle*. Une centaine de soldats du régiment d' Auvergne conduisaient à la citadelle deux chaises à por-

> X" I, t. Il, p. 57. (Mai 1722.)

* N° 30. — V. aussi Nouvelles recherches sur la secte des Multipliants, par M. Germain, professeur d'histoire îi la Faculté tles lettres de Montpellier. Montpellier (1857).

198 LES MULTIPLIANTS

teur, et, vêtues de costumes étrangles, treize personnes armées de bâtons chargés de lauriers. Il y avait six hommes, six femmes et un jeune g-arçon. Trois de ces hommes étaient coiffés d'un bonnet de papier doré en forme de casque ; ils tenaient à la main un roseau d'où pendait un étendard de taffetas; ils étaient revêtus d'une aube sur laquelle tombait en g-nise d'étole une espèce de baudrier. Deux de ces femmes étaient elles aussi vêtues d'une aube et portaient un bonnet de moire d'argent, bordé de taffetas blanc, avec une aigrette attachée par un ruban vert. Derrière eux marchait la maréchaussée. — Les habitants étonnés , croyant voir une bande de masques surpris dans une orgfie, se pressaient sur les portes; quelques-uns imaginaient que c'était la suite du Chevalet que l'on menait en prison

Parmi ces prisonniers se trouvait Vesson.

Montpellier comptait peu de protestants. Le spectacle des exécutions capitales, la vue des placards chaque jour affichés contre les religionnaires, la multitude des prêtres et des confréries en avaient singulièrement diminué le nombre. Un an plus tard, en 1724, Corteiz écrivait :

u Gomme il n'y a ni ministres, ni proposants, ni assemblées, ni sacrements, ni disci]iline, la corruption y est f;rancle, les préjugés funestes ; autant de personnes à qui je parlais, autant de religions je trouvais. 11 y a une crasse ignorance; quelques-uns sont de la religion parce que seulement leur père et mère en étaient ^. "

* N" 17, vol. H, p. 534. Relation historique, eic.

MADKMOISRLLK A ERCIIAXn

Villes peu snves eu effet pour les réformés, celles où résidaient k la fois les jésuites, le g'ouverneur et l'iuteudaut ! C'est cependant à Montpellier ([ue les derniers Inspirés avaient cherché un asile.

Au temps où le parti j ouissait de son plus grand crédit , et où les mesures prises par le Synode de 1720 n'avaient fait qu'accroître sa popularité, une demoiselle Wrchand, hahitant cette ville, mais originaire de Sommières, avait eu pendant un voyag'e dans les Cévennes une étrang-e vision. Elle avait vu le ciel s'ouvrir et Dieu lui apparaître. Bientôt la peste avait éclaté, et le souvenir de ce qu'elle avait contemplé n'avait plus quitté son e.sprit. Ue retour à Montpellier, elle s'était mise en relations avec Duplan. Celui-ci lui avait écrit plusieurs lettres. Il lui parlait « de la g-rande affaire du règ'ue de Dieu, et de la délivrance de son Eg-lise; » il demandait à l'Eternel de lui accorder de plus en plus « les lumières et les vertus de son esprit pour lui faire connaître les g-rands mystères de son amour, » mille autres choses semblables Mademoiselle Verchand, a son instig-ation et sous le coup des derniers événements, avait aussiot réuni chez elle quelipies corelig'ionnaires pour prier Dieu en commun. Une secte s'était ainsi formée.

On connaît les extravagances des Inspirés et l'on sait que ceux du bas Languedoc se disting'uaient parmi les plus exaltés. Il a été parlé plus haut du « Livre de l'Esprit. » Mais à Lunel, la folie avait atteint son plus haut deg'ré. Un nommé Delord réunissait dans sa

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