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COMTE

demeure quelques relig-ionnaires, et deux fils de cordonnier, Antoine et André Comte, y faisaient les fonctions de prédicants et de prophètes. La chambre où ils s'assemblaient était tapissée de feuilles de papier sur lesquelles ils avaient écrit des versets de la Bible et dessiné maladroitement la figure de saint Paul, d'Elie et d'autres. Un bâton portait en g-uise d'étendard une vieille serviette sur laquelle on lisait les commandements. Dans le fond se trouvait la chaire. Or, vers 1721, Antoine et André Comte quittèrent Lunel et se rendirent à Montpellier dans le but probablement de répandre leurs doctrines et de recruter des partisans. Ils réussirent au delà de leurs espérances. Mademoiselle Verchand était naturellement désignée à leurs visites; ils .se présentèrent chez elle, lui firent accroire que la peste n'éclaterait pas dans la ville, et, comme celle-ci cherchait à échapper à leurs instances, « ils lui arrantèrent sa maison par ordre de Dieu. » Mademoiselle Verchand se laissa persuader ; les frères Comte s'établirent dans sa maison et devinrent les grands directeurs de la secte qu'elle avait fondée. Quelque temps après, un commis de Montpellier, natif du Pont-de-Montvert, fort ignorant et fort exalté, Jacob Bonicel, fut admis parmi les membres de la société. D'autres personnes, inquiétées probablement par les progrès du parti de l'ordre, vinrent accroître ce petit noyau ; la nouvelle Eglise prit de jour en jour une importance croissante.

C'est alors que Vesson arriva. Il avait sans doute entendu parler à Somraières de Mademoiselle Verchand ; il savait qu'elle possédait quelrpie fortune et que les

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chefrf de la secte touchaient des émoluments. Aussi, lorsqu'il se vit traqué par ses créanciers, abandonné par ses adhérents, poursuivi par les Synodes, il partit pour Montpellier. La petite communauté le reçut avec de grands honneurs. Elle le nomma ministre et pasteur en titre. Par son intermédiaire, elle entra aussitôt en correspondance avec les villes où Vesson avait compté ses plus chauds partisans. Elle fît même écrire à Duplan pour l'eng'ag-er à venir, lui offrant la présidence de l'Eglise. Duplan refusa. On employa menaces et promesses ; il resta inexorable. Il ne voulut jamais se renfermer « dans ce résidu, » soit que les pratiques auxquelles on s'y livrait lui parussent ridicules, soit qu'il ne voulût point faire cause commune avec Vesson « que l'orgueil et quelque autre passion criminelle avaient séparé du corps de l'Eglise *. »

La secte ne perdit point courage. Elle travailla nonseulement à grouper autour d'elle les débris du parti des Inspirés, mais elle prétendit encore tenir entre ses mains les seules chances de salut du protestantisme. Un de ses membres écrivait :

« Jésus-Christ est venu à présent en esprit et en vérité

pour montrer la lumière au peuple nouveau de la Ghanaan céleste par les opérations du Saint-Esprit. Nous sommes ici postés pour recevoir toute nation qui voudra être du parti de la fille de Sion. Elle fera voir la délivrance à tous les élus qui seront dans la France, et aux autres aussi, s'ils partent promptement pour venir voir la gloire qui va arriver sur la terre avec le triomphement. C'est à présent le rappellement des enfants de Dieu*. »

5 V. Nouvelles reelierclifi sur la secte dex M l'it ipl iani.i, plc.p CM

iii-i SYSTÈME THÉOLOGIQUE

La réunion de ces visionnaire?^, tous Inspirés et prophètes à divers deg-rés, devait nécessairement faire éclore quelque système bizarre, étrang-e. C'est ce qui arriva. Un des membres, Bonicel, en fut le théoricien.

Dieu, disait-il, avait envoyé une première fois Jésus au monde pour le sauver; mais le monde, sous l'influence de sa nature perverse, ne l'avait pas écouté et avait persisté dans ses errements. Il fjiUait donc une nouvelle création du règne de Jésus-Cliri.st; cette création, le Saint-Esprit en pouvait seul être l'auteur. \'oilà pourquoi Dieu avait institué dans son ciel et baptisé de son Saint-Esprit trois mages pour instruire et reprendre de sa part les peuples, les avait appelés Paul, Jean, Moïse, leur avait donné le baudrier, la robe blanche et le casque comme marque de leur charg-e, et leur avait confié le soin de faire entrer les nations dans le temple saint, où il avait placé une nouvelle arche mystique. Qu'on se gardât surtout de fermer l'oreille aux prophéties de ces mages suscités par Dieu; la coupe de malédiction était pleine, la chaudière brillait et allait consumer ceux qui les auraient méprisées. Il fallait, à moins de périr, devenir hommes de la nouvelle création et entrer dans le royaume que le Saint- Esprit allait fonder.

Mais comment y entrer et par quels moyens ï Par le baptême du Saint-Esprit. Un des trois mages, le mage Jean, — Bonicel, — appelé par Dieu à administrer le baptême de la repentauce, avait été chargé de répandre sur les élus « les eaux de la grâce divine. » Bienheureux qui recevait le billet de ce baptême et possédait « le numéro de ce jour de bieuveillauce. r> Il

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