DEMANDE DE PASTEURS
lilàmaii, qu'on roniliimnait avec hnnf.Piir, on lo louo, ou du moins on doniouro dans un rospertuoux silmmo »
Le succès l'avait enliardi. Après avoir défeu'lu les protestants et leur conduite, il exposa francliement leurs l)esoins. Il n'y avait dans le Languedoc que deux pasteurs, et le nombre des proposants était encore petit. Etienne Arnaud était mort , Hue s'était séparé de ses collèg"ues, et Vesson venait d'être déposé par le Synode. Les recrues, — « des cardeurs de laine, des tailleurs d'habits , des g-arçons de boutique , des jeunes g-ens sans étude, » — étaient rares et malhabiles ; ne fallait-il point d'ailleurs prévoir le moment où cette petite troupe serait diminuée par l'ennemi et par les supplices? Cependant le protestantisme français se réveillait de son sommeil. Non-seulement le Lang-uedoc renaissait à la foi et à la vie, mais encore toutes les provinces du royaume. Il fallait donc des hommes pour encourager et soutenir ce réveil religieux. Il fallait que les pasteurs chassés par la révocation de l'Edit de Nantes revinssent dans leur patrie, comme le vieux Roger du Dauphiné, ou que les églises étrang'ères, qui avaient attiré et gardé chez elles la plupart des ministres français, consentissent, en manière de retour, à envoyer leurs pasteurs pour prêcher sous la croix.
Antoine Court revint souvent sur ce sujet. Mais on accueillit ses ouvertures sinon avec peu d(î bienveillance, du moins avec froichnir. Personne ne se sentait « de vocation pour le martyre. » Cependant dans les
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long-ues causeries, le soir, chez Pictet ou chez une de ces grandes familles que leur dévouement au protestantisme avait illustrées, tandis qu'il parlait et qu'à ses chaleureuses paroles on opposait les objections, peu à peu on conçut et on développa un projet qu'Antoine Court caressait depuis longtemps, mais dont il n'osait espérer la réalisation. Puisque les églises étrangères ne voulaient point envoyer leurs pasteurs en France, pourquoi ne fonderaient-elles pas im établissement, un séminaire, où seraient placés, pour y acquérir les connaissances nécessaires et s'y mettre en état de servir les églises, les jeunes Français qui voudraient se consacrer au ministère ? Il n'y avait que deux difficultés à résoudre et le projet s'exécutait : trouver de l'argent pour le séminaire, trouver des étudiants pour le ministère. Le jeune prédicant promit des étudiants ; il ne restait donc plus que la difficulté pécuniaire. A vrai dire, ce n'était pas la moindre.
Court s'adressa aussitôt à Basnag'e et à tous ceux qu'il croyait capables de l'aider dans son dessein. Il n'hésita point à écrire encore au premier prélat de l'Eglise anglicane, l'archévèque de Cantorbéry, William Wake. Les consistoires sont établis, lui disait-il, l'ordre règne, les Synodes fonctionnent, les églises se multiplient, mais la moisson est abondante et les ouvriers manquent. Georges II doit honorer de sa protection le protestantisme français , et lai accorder des preuves royales de sa munificence. Wake communiqua la lettre au Eoi, et le Eoi, si l'on en croit la réponse de l'archevêque, ne dissimula point sa joie à ces nouvelles. Il promit de s'intéresser aux églises, quand
LETTRES A A\ AKK, A SAUIUN til
l'uccariiou se présenterait, et témoig"iia son déplaisir de ne pouvoir leur donner autant de marques de sa protection qu'il en donnait à celles du Palatinat ' .
Le projet cependant était encore loin de se réaliser, et Court ne l'ig-norait point. Ce n'était qu'un dessein, conçu non certes à l'aventure, niais <|ui avait encore besoin d'être long-uement examiné, avant qu'on passât H son exécution. Quand le rêve de^■iendrait-il une réalité i On ne savait. Il fallait en attendant subvenir aux besoins les plus pressants.
Court écrivit au yrand orateur de la Haye, à Saurin, pour le prier d'envoyer des prédicateurs en France.
'< 11 y a une aboudaïUe inuifesuu à l'aire, disait-il; les eampai^nes sont blanchies. La Normandie, le Poitou, le pays d'Aunis, la Saintofige, le Béarn, le Languedoc ot le Dauphiné, n'attendent ijue des ouvriers armés de leurs faucilles »
Mais Saurin ne se laissa pas toucher par cet appel ; comme ses collègues de Genève, comme tous ceux que la Révocation avait chassés et qui avaient trouvé à l'étrang-er une seconde patrie, il répondit évasivement et ne promit rien. Les églises de France étaient depuis long-temps oubliées.
Antoine Court cependant ne désespérait pas de l'avenir. Il s'était trouvé des hommes pour relever une cause qui paraissait perdue, il s'en trouverait bien, pensait-il, pour la faire triompher.
La peste , on le sait, avait éclaté vers cette époque.
1 N" 37, p. 0. Mémoire aux arbitres. — V. aussi u" 7, 1. 1, [). 21^. 2N° 7, t. I, p. 415. (Août 1722.)
MADEMOISELLE CORTEIX
Court n'osait point, quel qu'en fût son désir, rentrer en France. Les bulletins qu'on lui adressait sur les ])rogTès du fléau, l'étroite surveillance qui faisait g'arder toutes les routes, étaient bien propres à le faire rester à Genève. Ses amis d'ailleurs, non ses coUèg-ues cependant, l'eng-ageaient à ne point s'exposer aux périls d'un semblable voyag-e. Il prolong'ea donc son séjour dans la vieille cité.
Il était d'abord descendu au logis du Lion d'or; de là, il s'était transporté dans la maison de Mademoi- • selle Corteiz, la femme de son collèg'ue. Sa pension était de cinq écus ' . Il vivait de cette somme modestement, simplement, au milieu de ses amis, des réfug-iés et de tous ceux qui lui avaient ouvert si amicalement la porte de leurs demeures. Son temps se ])assait à ser- \ ir ses frères , à parler d'eux , à clierclier des soulag-ements à leurs maux. La France l'occupait tout entier.
Quelles loug-ues conversations n'aA ait-il pas a^•ec Mademoiselle Corteiz ! Cette pauvre femme inquiète, seule, isolée, l'accablait de questions sur l'Egiise qu'elle considérait un peu comme sienne, sur son mari surtout, sur ses travaux. Souvent une pi'ofonde tristesse l'envaliissait et la craizite des dang-ers que courait chaque jour Corteiz triomphait de sa virile fermeté. Alors celui dont la tète était mise à prix essayait de consoler celle qui pouvait à chaque courrier apprendre la mort de l'homme dévoué qui était sa vie ^.
1 C'est le Syuode de 1721 qui les lui yv<iit alloués, » N"?, l. L j). 195. (Noveml.re 1721.)
ANTOINE COURT ET PICTET m
Mairi le jeune prédicant oubliait ces discours en allant chez Pictet. Dès qu'il pénétrait dans cette maison, il s'arrachait à ses lug-ubres pensées, et (juit tant les tristesses présentes, il s'abandonnait à la joie du triomphe à venir. Là, dans le cercle de la famille, il aimait à lire les lettres qui venaient de France. On se félicitait mutuellement des prog'rès que faisait le protestantisme, on déplorait les. erreurs de ceux qui suscitaient des obstacles, on travaillait à remédier aux maux, on remerciait Dieu des merveilles (|u'il faisait en fciveur des relig-iomiaires Dans cette maison, Court trouvait toutes choses : des consolations, des conseils, des secours.
C'est là probablement que le modérateur de la vénérable Compagnie forma le projet d'inviter les ]jasteurs de Genève, ses coUèg'ues, à adresser des prières publiques à Dieu pour qu'il fît cesser le fléau qui ravag'eait la France ^. C'est de là certainement que partirent les diverses lettres destinées à mettre hn au schisme qui divisait les protestants. L'adversaire le plus redoutable que rencontrèrent Vesson et les Lispirés fut, on s'en sout ient, Pictet, et les coups les l)lus terribles qui frappèrent leur parti furent portés l)ar la main du savant professeur. C'est Genève qui tua les Lispirés de France.
Un triste événement, dont Court racontait souvent les péripéties, était surtout l'objet de la curiosité et de la pitié de tous. En 1720, un peu avant son départ,
1 N- 7, t. I, p, 219. (Novembre 1721.)
* Archives de la vénéi-able Compagnie, p. 43. (Octobre 1726.)
224 KELATIOX HISTORIQUE, ETC.
OU sait (j^u'uue assemblée qu'il présidait près de Nîmes avait été surprise. Les troupes avaient fait un g-rand nombre de prisonniers. On avait jeté trois des captives à la tour de Constance, et les autres condamnés avaient été bientôt dirig-és sur la Eoclielle. Un jour, on avait revu ces malheureux, le carcan au cou, passant lentement dans les rues de Nîmes. D'étape en étape, ils allaient jusqu'au port de. mer. Quand ils avaient traversé Nîmes, il pleuvait; ils étaient mouillés jusqu'aux us et couverts de boue. En entrant cependant dans les faubourg's, ils avaient eu la force d'ôter leurs bonnets et d'entonner un psaume. Le lendemain, ils étaient repartis, et pendant trente-neuf jours ces malheureux avaient ainsi marché, tombant à chaque instant sous la fatig-ue et sous les coups. Arrivés à Lyon, on leur avait enfin accordé un repos de deux semaines. De là, ils avaient été incorporés à la chaîne des forçats de Bourg'og'ne, et par Eoanne et Saumur dirigés sur la Rochelle. Ils devaient être transportés sur les bords du Mississipi pour peupler la colonie de la Nouvelle- Orléans ' .
Cette histoire lugubre avait fait frémir Genève. Ne pouvait-on pas leur procurer des secours N'obtiendrait-on pas leur g-râce ? — Court fit une collecte pour les galériens de Nîmes. Pictet s'inscrivit parmi les donateurs. Madame Vial, Alphonse Turrétin et plusieurs autres personnages de Zurich; on recueillit 440 livres.
On écrivit ensuite, on pria les Puissances étrangères
* V. pour le détail de cette affaire, Bullet., t. IV, p. 134 et suiv. — V. aussi la complaiute qui fut laite sur ces mallicureux. Bullet. t. IV, p. 180.
RE[>ATI()i\ HISTuRigrE, ETC. 225
de s'intéresser aux prisonniers, et Court eut bientôt la joie d'apprendre que le Rég-ent, sur la demande de l'ambassadeur d'Ang-leterre, venait de commuer leur peine en un bannissement perpétuel ' .
Le jeune prédicant fit plus. Mettant à profit l'attention (jue cette affaire avait excitée, il écrivit l'histoire des prisonniers de la Roclielle. Le manuscrit courut Genève sous le manteau. Il produisit une g-rande émotion, et quelques personnes souhaitèrent qu'il fût imprimé. Les amis de Court appuyèrent ce vœu, et les pasteurs de Zurich se charg-èrent de le réaliser. Mais (piand il s'agit de savoir quelle préface on pourrait ajouter au volume, il y eut quelque embarras. Court avait d'abord écrit une épître dédicatoire aux pasteurs sous la croix, malheureusement l'épître était vive, et on s'en effraya. Il se décida alors à publier la même lettre apolog-étique qu'il avait envoyée à Basnag-e et à Pictet, lorsque Albéroni et la prétendue révolte des protestants avaient fait tant de bruit à l'étrangrer. Cet écrit d'un côté qui marquait tant de modération et de résig-nation , cette histoire de l'autre qui témoignait de tant de sévérité, formaient une antithèse qui devait douloureusement émouvoir le lecteur'^.
* Relat ion historique des horribles cruautéz qu'on a exercées envers quelques protestans en France, pour avoir assisté à une asseinblée tenue dans le Désert, prés de Nismes, en Languedoc. On y a ajouté un Abrégé d'histoire apologétique, ou Défense des Réformés de France, qui sert de réponse d V instruction pastorale sur la persévérance en la foy et la fidélité pour le souverain de M. Basnage, datée du 19 avril 1719. (In-12.) Bibliothèque de l'Arsenal. Cet opuscule très-rare et curieux mériterait bien d'être réimprimé.
«Une seconde raison, dit Antoine Court dans sa prélace, qui est entrée I 15