SOUMISSION DE BOYER
core plus étonné de ce qu'il vit que cliarmé. Sans doute bien des points laissaient encore à désirer^ les règ-lements étaient violés parfois, des difficultés et des embarras se présentaient chaque jour, mais il n'y avait plus de sérieux obstacles à redouter. Il était déjà possible de fixer la date prochaine où tous les anciens convertis marcheraient d'un pas ég-al sous le même drapeau et obéiraient au même commandement.
Les deux dernières difficultés venaient d'être dénouées cette année même.
Cortei;? avait, en 1721, rencontré dans les Cévennes un ancien drag'on qui s'était fait prédicant. Ce drag-on était natif de Lausanne et s'appelait Boyer. Corteiz lui avait défendu de prêcher, s'il ue s'y faisait autoriser par les Synodes ; mais celui-ci soutenu par (juelques relig"ionnaires avait refusé d'obéir aux règlements, et il avait fallu porter l'affaire devant Antoine Court.
« 11 est de l'intérêt de l'Eglise et da devoir de ma charge, lui écrivit ce dernier, que tout se passe dans l'ordre, et queje prenne garde qu'il no se fourre parmi nous, sous prétexte de ])iété, de zèle et de religion, des esprits vains, libertins et téméraires. J'espère, Monsieur, que vous aurez de tout autres caractères, que l'humilité, la piété, la jirudcnce et le zèle, l'amour de l'ordre et la charité seront vos vertus ordinaires »
Il avait ainsi obtenu que Boyer fût attaché à Bombonnoux, comme proposant. Boyer cependant n'avait pas tardé à enfreindre de nouveau les règiements. Il avait des partisans dévoués, et l'on devait craindre une scission dans l'Eg-lise, si on usait contre lui de mesiirefs
SOUMISSION DES VESSONIENS
trop rig-oureuses. Antoine Court convoqua un colloque où il réunit les mécontents, et, en leur présence, il fit promettre à Boyer de se soumettre à la discipline établie. Il lui permit en même temps de visiter quelques ég-lises dont il lui donna la liste et lui amionça qu'il serait examiné au prochain Synode pour être officiellement reçu proposant ' .
La seconde affaire était plus ^rave. Au commencement de l'année, on avait appris la condamnation des Multipliants et le supplice de Vesson. Mais quoique le parti des Inspirés eiit singulièrement diminué depuis la fuite et la mort de leur chef, il s'en trouvait cependant encore qui vivaient à l'écart, en dehors de l'Eglise. Un Synode fut assemblé où se trouvaient tous les prédicants, un seul excepté, et près de cinquante Anciens. Duplan, soupçonné par les fidèles de soutenir les Inspirés, s'y était rendu, sur la prière de Court. Après les préliminaires d'usag-e, on parla de Vesson. Le fameux prédicant avait des défenseurs parmi les assistants et son innocence fut chaleureusement soutenue. Mais si l'on pouvait vanter la pureté de ses intentions, et se faire l'avocat de ses doctrines, il était malaisé de prétendre qu'il n'eût point troublé l'ordre, rempli d'ag-itation les Cévennes et le bas Languedoc, refusé de se soumettre aux règlements, et occasionné un véritable schisme. Le débat se termina heureusement à la satisfaction de tous. Les « Vessoniens, » comme on les appelait, s'engagèrent à signer et à faire signer une déclaration par laquelle ils avouaient leurs torts et