EXPLICATIONS DE MALESHERBES
« l\ap|ielons-nous réjioque do ['r2'i, où le ministère, d'après rimpulsion des règnes de Louis XIII et de Louis XIV voulait l'aire montre, en apparence, de protéger la religion, mais oi!i le ministre, M. le Duc, n'était rien moins que dévot, et où on prévoyait le règne d'un jeune Roi qui vraiseml)lalilement, ainsi que les autres, serait pendant longtemps plus conduit par des maîtresses que par des confesseurs...
H La déclaration de 1724 étant rendue, enregistrée sans réclamation, ainsi d'evenue loi de l'Etat, et les protestants se soumettant à se marier dans l'Eglise, pourvu que l'Eglise voulut l)ien les y admettre sans les tourmenter, il est certain que 1« malheur de la bâtardise ne pouvait arriver que parce qu'il y aurait quelques évèques qui les tourmenteraient, ou par le refus définitif de marier ceux ([ui seraient notamment reconnus pour protestants, ou par la tyrannie des longues épreuves,
« L'auteur de la déclaration de 1724 n'ignorait pas qu'il y avait quelques évêques, soit ceux de l'ancien système du cardinal de iS'oailles, soit ceux qui par une politique abominable voulaient fonder leur despotisme sur le refus du mariage, qui dès lors se disposaient à se rendre les maîtres d'accorder ou de refuser cette faveur.
" L'auteur de la déclaration le savait et en était encliauté.
« Il se préparait à prouver que les évêques étaient l'unique cause des troubles, qu'ils étaient réfractaires à une déclaration rendue par le Roi, approuvée par le clergé entici', enregistrée dans tous les parlements, et à proposer, pour forcei' les évèques fanatiques, factieux et rebelles, tout ce i|ue vous voyez proposé par M. J(oly) de F(leury), dans son mémoire de 1752. Voilà le vrai secret de la politic{ue de l'auteur de la déclaration de 1724, qui était un homme très-conséquent, quoique sa déclaration fût inconséquente.
« Malheureusement, il n'avait [)as prévu que, deux ans après, il y aurait un premier ministre cardinal, pendant seize ou dixsept ans, (jui ne consentirait jamais que la justice temporelle fit la loi au clergé sur l'administration des sacrements, et que, de-
■M) EXI'LICATIUN.S DE MALESHERBEb
puis ce premier ministre, le Roi serait toujours fidèle à ses promesses sur cet objet*... •>
Ces lig-nes étaient adre.ssées à Rulhière, el le sens en est bien clair*. Maleslierbes croit que la Déclara-
' Bibliothèque nationale, Mss. n" 7047, )). 050. Développement du système [wlitique de l'auteur de la déclaration de 1724.
- A ce mémoire était jointe une lettre confidentielle très-curieuse de Maleslierbes k Rulhière, oU il insistait de nouveau, revenait à la charge. La voici :
« Lettre de M. de Maleslierbes, servant d'envoi au mémoire ci-joint sur la déclaration de 1724, qu'il a composé à la suite d'une discussion que j'eus avec lui sur cette déclaration. J'ai dit mon avis sur ce sujet dans mes Eclaircissements historiques. » (Note de Rulhière.)
« Je suis parfaitement de votre avis, Monsieur, sur ce que la persécution proprement dite, c'est-k-dire les procédures criminelles, n'étaient pas du goût du cardinal de Fleury. Mais votre observation, que je trouve très-juste, me prouve encore plus que la déclaration de 1724 n'a pas été rendue dans l'intention de rendre ces procédures communes. Le cardinal de P'ieury était au conseil en 1724. M. le Duc ne travaillait avec le Roi qu'en sa présence, nous l'avons vu dans les mémoires de Villars.
« Avec sa modestie politique, il évitait de paraître influer sur les grandes affaires d'Etat; mais sur celles de la religion, auxquelles il croyait devoir être attaché eu sa qualité d'évèque, on se concertait sûrement avec lui.
« Je crois qu'à présent que vous ave^ vu le mémoire de M. Joly de Fleury, vous ne doutez pas que ce ne soit fort de son gré que cette déclaration fut rendue.
« Les dispositions menaçantes de la déclaration furent regardées comme ce que nous nommons lois comminatoires. M. de Fleury et en général tous les procureurs généraux et tous les magistrats intrigants sont grands partisans des lois comminatoires. Il n'y a que celles-lii qui leur donnent de la puissance, parce qu'ils sont maîtres de les faire exécuter ou non. Il n'y a aucun plaisir j)Our eux d'être juges, quand ils sont obligés de rendre une loi stricte, au lieu qu'il y a à négocier tous les jours aveceux pour l'exécution d'une loi comminatoire. C'est ce qui fait d'un procureur général du parlement de Paris une puissance aussi redoutable que celle d'un ministre. Il y a longtemps que je le sais, et j'ai eu sur les lois comminatoires plus d'une dispute surtout avec M. Pasquier qui, de tous les magistrats despotes, était celui qui se déboutonnait le plus.
« Je voudrais que tous les ministres qui ont à se mêler de législation