EXPLICATIONS DE MAI,ESHERBES
tion couvrait « une einbùelip, » et « qu'elle u'était qu'une espèce d'arsenal pour foudroyer quelque jour tout le corps du clero-é. » Le but réel, immédiat, de la Déclaration n'était pas, d'après lui, la conversion plus ou moins sincère des relig-ionnaires ; elle cachait sous ses inconséquences apparentes le projet de soumettre un jour le clerg-é aux parlements, et de V\ soumettre dans
fussent ))ien pénétrés de rette vérité qui doit les mettre en garde contre toute la classe des magistrats qui conspirent (?) eavec le gouvernement.
« M. JolydeFleury remplit ou crut remplir plusieurs vues ;i la l'ois j)ar In déclaration de 1724 : 1° celle de tenir tous les protestants du ressort du parlement de Paris sous la main du procureur général, par la crainte des dispositions comminatoires, qu'on ferait seulement exécuter (comme on l'a fait) une jurisprudence tous les dix ans, pour qu'on les craignît toujours; 2" son système, qui était celui de tous les dévots ou de ceux qui se donnaient pour tels depuis 1685, qui était de laisser oublier le nom de protestants en ne laissant aucune ditlerence avec eux et les catholiques dans les actes extérieurs; 3° l'espérance secrète que, si quelqu'un des évêques, qui consentiraient à adopter le nouveau système, imaginaient de refuser le sacrement de mariage, ce serait une heureuse occasion de les y contraindre par la puissance séculière.
« Je crois qu'il ne fit pas confidence de cette troisième vue au cardinal de Fleury, le champion du clergé; mais vous la voyez clairement dans son mémoire de 1752, et vous voyez toutes ses recherches faites d'avance, car il n'eut pas sûrement le temps de les faire, quand on lui demanda son mémoire. Vous y voyez que, comme le roi de Prusse et l'empereur, il tenait (?) ses forces sur pied pour les faire marcher dans le moment de la guerre, et en effet, cette artillerie qui ne servit pas en 1752, pour l'affaire des protestants, est celle qu'on employa, deux ans après, dans l'affaire des jansénistes.
« Je n'écrirai pas cela en ternies toutauss'i clairs dans le mémoire, mais, entre vous et moi, c'est \h tout le secret de la déclaration de
« (Nota.) Dans le passage que vous avez remarqué, il ne parle pas lie l'évoquer la loi contre les relaps, mais d'employer la prudence à ne la pas faire exécuter.
« Il s'oppose aux actes de violence, c'est-ii-ilire îi ceux dont
Je crois qu'ils lui répugnaient, et il n'est pas possible qu'ils ne répugnent il tout homme élevé dans la loi La grande persécution
n'est pas favorable îi la puissance de la magistrature, elle entraîne la
RÉPUTATION Dl'] RIJLHIÈKK
le point le plus sensible : l'administration des sacrements, espérant bien, par nne extension du même principe, forcer les deux partis qui divisaient l'Eg-lise de France, l'un à marier les protestants, sans épreuves, et l'autre à donner la communion aux jansénistes, sans examen.
L'explication est curieuse, mais il est impossible de l'accepter. Rulliière, qui eut bien des documents entre les mains, la repousse énerg'iquement.
(I LavergneiU' Tressan, dil-il, issu d'aïeux calvinistes etaumùiiier du Régent, était devenu, par la faveur de ce prince, évèque de Nantes et secrétaire du conseil de conscience... Dès qu'il se vit membre d'un conseil, la vanité de faire, l'amhition de parvenir et l'exemple de Bissy qui avait conquis la pourpre j^ar la guerre ilu jansénisme, le décidèrent à tenter la fortune dans la persécution des protestants; et il s'y porta sans ordre, sans piété, sans passion, avec le calme d'un entrepreneur (pii reprend les travaux d'une raine délaissée.
» Mais il lui fut plus facile de compiler quelques lois anciennes i|ue de les faire consacrer de nouveau par. l'autorité. Dubois rejioussa son plan avec le brusque mépris dont il payait tous les novateurs. Après la mort de ce ministre, Tressan sollicita sans
révolte, et, quand il y a révolte (?), les exécutions mili(aires et oomniissions du conseil pour juger prévôtalement les coupables ; mais c'est ia petite persécution, celle de menacer les parents d'un protestant qui est mort en déclarant qu'il persiste, de faire poursuivre sa mémoire et de confisquer ses hiens pour se laisser ensuite fléchir aux prières (le la famille et ne pas poursuivre, celle de forcer ceux qui ont fait un mariage caché a venir le réhabiliter dans l'église, îi quoi il n'est pas impossible de les amener, qunnd on est sûr que l'Eglise les recevra, et aujourd'liui celle de pouvoir demander aux enfants de pi'oduire l'acte lie céléliration de mariage de leur père, en se réservant de n'user de ce droit que quand on le voudra, — c'est, dis-je, cette petite persécution qui ne prorluit pas tout h fait la révolte et amuse lo magistrîit
« .te viiu-; prie de jeter cette lettre au feu. »
Iiililiotli(Vpic n.'iiinnale, Mss. n" 7017, p (U'i.
RÉFUTATION DE HULHIKRE m
IVuit le duc tlOrléant;. La })ai'esse et la bonté ilo cp prince répui;n("'rent également au rôle de persécuteur que lui proposait son aumônier, c'est-à-dire l'homme qu'il avait coutume do regarder comme le plus inutile de ses serviteurs.
« Mais quand sous le gouvernement de M. le Duc, la puissance législative fut mise au pillage, l'olistiné prélat fit adopter ce rebut de la Régence, sans mémoire, sans examen, comme un hommage au feu Roi et une simple formule d'exécution. La foudre étant ainsi allumée, il engagea M. de Bàville à en diriger les coups. Le vieillard expirait; mais sa force sembla renaître pour une tache si conforme aux passions de sa vie. L'instruction secrète qu'il dressa pour les intendants est un chefd'œuvre de ruse et d'oppression. Sa mort surprit M. deBâville achevant cet ouvrage.
» L'étonnement que causa la déclaration de 1724, est attesté par tous les contemporains. Le clergé, les intendants, les Iribunaux ne l'avaient ni demandée ni prévue'. »
Ces derniers mots exceptés, Rulliière dit vrai.
Ne fait-il pas cependant peser sur Tressan une trop lourde responsabilité '? Tressan est-il le seul, l'unique auteur de la Déclaration? — Vraiment Rulliière laisse échapper avec trop de facilité la foule de ceux qui doivent assumer leur part de cet acte, si petite (ju'elle soit.
Il faut revenir à la vérité. L'évèque de Nantes, — aidé d'ailleurs de Bàville, — fut le rédacteur de la Déclaration, sans doute; mais celui qui en fut l'instigateur, ce fut le clergé tout entier. On ne peut en douter, lorsqu'on a suivi ses démarches depuis 1715, année par année, presque jour par jour. Abbés, curés, évêques, ils ne cessaient tous d'écrire à la cour, aux
1 ^' Ei hiirci.s^Ciiiriils liisi uriqiies, otc, p. 152.