‹ Antoine CourtChapitre 169 sur 251 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

intendants, se plaig'nant d'être aLandoniiés, réclamant line prompte répression. N'était-ce pas encore en 1723 qne l'évecpie d'Alais exposait d'nne si lamentable façon la situation du protestantisme dans les Cévennes ' '{ — Les intendants de leur côté, fatig-nesde lutter contre des adversaires que rien ne pouvait réduire, s'adressaient à la cour, demandaient des ordres, de nouvelles instructions. Pour satisfaire les uns et les antres, la cour avait, en 1716 déjà, fait connaître ses intentions. Mais depuis lors, se perdant dans le dédale des édits et des ordonnances, excédée, lassée, elle essayait, comme le dit Jolv de Fleury, de les coordonner et de les fondre en une seule loi. — C'est ainsi qu'après huit années d'études, de recherches et de remaniements, fut faite et fut promulguée la Déclaration de 1724. Sans doute Tressan y eut une larg-e part. Il visait au chapeau de cardinal, et, comme le cardinal de Bissy, il espérait l'obtenir par son zèle et par son concours. Il ne fut toutefois qu'un instrument. C'est au clerg*é tout entier que doit remonter la responsabilité de cette loi, dig-ne couronnement de toutes celles qui avaient été dirigées depuis Louis XIV contre le protestantisme.

Cependant les religionnaires entendaient dire que de nouvelles me,sures venaient d'être prises contre eux; et ils se refusaient à y croire.

Mais lorsqu'ils apprirent que les parlements avaient enregistré la Déclaration, et qu'elle avait été lue dans une assemblée du Présidial à Nîmes, ils tombèrent

1 V. plu? Imut. p 2-4fi.

STl PEIiR DES RELIGIONNAIRES 265

dans la stupeur '. Ensuite, mesurant par la réflexion l'abîme du mal, ils s'abandonnèrent à des pensées de révolte. Puisque la résig-nation, le dévouement an Roi, les protestations de fidélité, n'avaient servi qu'à appeler sur eux de nouvelles rig'ueurs, il ne leur restait plus qu'à tenter encore une fois les chances d'un soulèvement g'énéral.

Antoine Coiu't était atterré.

Tous les malheurs fondaient à la fois sur lui. Pictet, son maître et son ami, venait de mourir. Au mois d'avril 1722, il l'avait quitté à Genève souffrant-, mais la maladie, — ag"gTavée peut-être par les ennuis, — avait empiré et l'avait bientôt enlevé à sa famille et au protestantisme. « Vous me parlez de la chose la plus accablante qui eut pu m'arriver, de la mort de l'illustre Pictet, de cet homme incomparable, de cet homme si tendre et si bon qu'il eut pour moi tant de bonté que de me mettre comme au rang- de ses enfiints. Ha! quel coup, mes chers amis, quel funeste coup'! »

Pour comble de tristesse, en même temps qu'il prenait' connaissance de la Déclaration, il apprenait les projets révolutionnaires que les protestants avaient formés dans leur première indig-nation. Il se hâta de parcourir la province pour les combattre, et les protestants promirent heureusement de rester calmes '' .

Il fallait cependant prévenir des maux plus g-rands, et, s'il était possible, obtenir de la cour quelque adoii-

' N» 7, t. II, p. 67.

3 Ibid., t. II, p. G5.

'• N" 40, calr. A'.

260 LETTRE DE DlIPLAN Al' Uni DK PRUSSK

cissement à tle ,si cruelles iiiesiues. Il était superflu de s'adresser au duc de Bourbon et h Louis XV ; on écrivit aux Puissances étranf;'ères ])Our les intéresser aux malheurs des protestants. Antoine Court envoya au chapelain de l'ambassadeur de Hollande et aux « hautes Puissances » de ce pays, une requête, respectueuse entre toutes, où il ne réclamait point le secours de leurs armes, mais seulement leur protection, leurs prières à Dieu, et leurs bons offices auprès du Roi de France. — Duplan s'adressa au Eoi d 'Angleterre, à l'archevêque de Cantorbéry et au Roi de Prusse. Il disait à ce dernier :

« Sire, Votre Majesté a été sans doute informée qu'on apulilié depuis peu une déclaration en France qui renouvelle et quiai;;grave celles que Louis XIV a fait exécuter autrefois contre les protestants de son royaume.

<i Le poste suprême que Votre Majesté occupe, les vertus héroïques qui éclatent en sa personne, la profession qu'elle fait du pur christianisme, les fortes marques de protortion quVll(>a données et qu'elle donne actuellemont aux réformés, à quoi l'on peut ajouter l'exemple de ses ancêtres, de glorieuse mémoire. — tout cela nous donne de vives espérances, Sire, que vous écouterez favorai3lement les plaintes et les gémissements d'une infinité de honnes âmes (ju'on n'a pas seulement privées depuis longtemps du culte public, de la vraie religion, mais qu'on se met en devoir de forcer, parles voies les plus illicites et les plus dures, à pratiquer un culte idolâtre et superstitieux.

« Notre Roi ne peut pas se plaindre de notre fidélité ])0ur son service. Nous n'avons garde aussi de nous jdaindre de Sa Majesté. Nous savons qu'on a surpris sa jeunesse, sa ])iété el sa justice, nous ne nous plaignons pas non ])lus des grands seigneurs, ni des magistrats, ni des officiers de guerre; au con-

» N" 17, vol. G, p. 307. (1724.)

LETTRE DE GAl'BKRT A LuUlS X\ 2C,~

Iraii'p, non^ nous louons do ieur proljitô et île leur (loucoiir , c'est uniquement contre le papisme, c'est contre (juelques personnes vendues à la cour de Rome que nous implorons, Sire, votre royale et puissante protection,

« Yous connaissez, grand Roi, ce que vous devez à Dieu et ce que vous pouvez faire en faveur des Eglises qui sont sous la croix. Ainsi nous nous contentons de vous exposer nos misères. Toutes les Puissances protestantes se feront un devoir et un plaisir de concourir à cette bonne œuvre avec Votre Majesté.

" A Dieu ne plaise qu'il soit dit que tant de puissants et d'illustres princes chrétiens fassent paraître moins do zèle pour soutenir la vérité, que quelque petit nombre de prélats ambitieux et quelques prêtres et moines, avares ou passionnés, font paraître d'ardeur pour faire triompher la superstition.

u Nous sommes persuadés, Sire, que Votre Majesté, pénétrée d'amour pour Dieu et do charité peur l'Eglise, et aspirant à une gloire immortelle sur la terre et à un bonheur infini dans le ciel, nous sommes persuadés, dis-je, qu'elle jettera les yeux sur notre triste état, et qu'elle emploiera les moyens les plus efficaces et en même temps les plus justes et les plus doux pour arrêter les funestes effets de la persécution. Cependant, Sire, nous ne cesserons point de faire les vœux les plus ardents en faveur de Votre Majesté et de la famille royale. Dieu veuille, grand prince, bénir tous vos justes desseins et répandre la terreur de vos armes sur tous vos ennemis. Dieu veuille vous conserver longtemps pour être les délices de votre peuple et le protecteur de l'Eglise. Dieu veuille enfin, après que vous serez rassasié de jours et do gloire sur la terre, vous couronner d'une immortalité bienheureuse dans le ciel »

Un proposant osa s'adresser directement à Louis X\' . Il se faisait petit, liumljle, il en appelait au Roi et à son bon cœur : « Sire, pour l'amour de Celui qui vous a mis le sceptre en mains et qui vous a t'ait heureusement

m SYNODE DE 1724

monter sur cet auguste trône pour rendre la justice au peuple qu'il a confié à votre sag-e prudence et c(ui sont ses enfants et vos sujets, ayez compassion de ces pauvres innocents opprimés sans cause, faites qu'ils ne soient plus violentés en leur conscience. Us attendent de votre bonté et douceur quelque adoucissement à leurs maux ' . »

Apologues, requêtes, suppliques, rien n'ébranla la volonté de ceux qui avaient fait signer la Déclaration. Elle resta intacte, nullement modifiée, dans son impitoyable rigueur. « Notre àme est agitée, écrivait Corteiz, nous sommes dans l'affliction et dans la tristesse, mais nous espérons que Dieu mettra un jour fin à tous nos maux, qu'il essuyera toutes larmes de nos yeux, et c'est ce qui me console ■. »

Cependant, sous le coup des derniers événements, un Synode avait été immédiatement convoqué •'. Quelle conduite allait-on tenir? A quoi fallait-il se résoudre? C'est ce qu'il allait débattre. « En examinant l'état dans lequel les réformés se trouvent aujourd'hui en France, disait l'auteur des Lettres sur la Déclaration de 1724, il me semble qu'ils n'ont que l'un de ces trois partis à prendre : Celui de la révolte, ou celui de la dissimulation, ou celui de la fuite. Je n'en connais point d'autres... » Beaucoup pensaient comme lui. Mais l'auteur en négligeait un : celui de la résignation.

Les circonstances étaient g-raves. Depuis longtemps,

> N° 17, vol. G, p. 294. (Août 17-34.) ^Ihid., p. 60. (Juillet 1724.) s N° 7, t. II. (Oo(,,l,re 1724.;'

SYNODE DE llZi 269

aucun Synode ne s'était réuni dans un moment aussi solennel. On expédia d'abord quelques affaires courantes, et on reçut Boyer au nombre des proposants, encore qu'il eût fait preuve d'une sing-ulière ig-norance à son examen. Cela fait, deux g-raves questions furent posées. Les protestants devaient-ils émig-rer? ou devaient-ils rester eu France malg'ré la persécution ? On en délibéra longuement, mais sans aboutir à une décision. Les relig'ionnaires furent maîtres comme auparavant de fuir ou de rester, d'affirmer solennellement leur foi , ou d'aller à l'étrang-er adorer librement leur Dieu. On décida néanmoins que les prédicants les encourag'eraient à rester et à souffrir patiemment les maux dont ils étaient menacés *. Le Synode déclara ensuite que, dans les tristes conjonctures oii l'on se trouvait, les colères devaient s'éteindre, les procès s'arranger, la haine faire place à l'amour. Plus de dissensions, plus de luttes : un sentiment commun de respect et de soumission devant la main qui les frappait. Il se sépara, après avoir ordonné

' Il y eut des éiuigrants, malgré les exhortations du Synode. On volt ainsi que des religionnaires de l'Aisne passèrent la frontière.

« On a l'ait lecture d'une lettre de Tournay, adressée au Synode, par laquelle elle nous marque que depuis la dernière déclaration du Iloi de Krance contre ses sujets réformés, il sort tous les jours de Picardie et dus frontières de cette province, des familles entières qui se retirent dans des Etats protestants, sans compter celles de la dél)endance de Saint-Arnaud, qui sont vivement persécutées, et que la plupart de ces familles passant par Tournay, et se trouvant dénuées de tout, les charités qu'elle est obligée de faire l'ont tellement épuisée qu'elle sera bientôt hors d'état de les continuer si nous ne les aidons à soutenir le fardeau. » Synode de Lewaerde. (Août 1725.) Kxsai sur les Eglises de V Aisne, etc., j). 12G. — V. aussi la correspondance du de Brou et tle Mellier. Histoire des Eglises de Bretagne, etc., t. III, p. 22>}.

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un jeùue g'énéral pour apaiser la colciv de Dieu, (>1 arrêter « le torrent de vices qui étaient la houtc de la Kéfbrme ' . »

Une chose étoiuie. Ces nouAelles riyueurs ne i)roduisirent au dehors (ju'une très-petite émotion. (Quelques pasteurs de Berlin saisirent cette occasion pour eng'ag-er leurs frères sous la croix à ne plus fréquenter les assemblées du Désert. De Suisse et de Genève arrivèrent aussi de stériles marques de sympathie. Les protestants déploraient le triste sort de leurs corelig-ionnaires, mais quelle aide pouvaient-ils leur offrir, quels secours leur donner? Il ne leur était permis que de prier le ciel de faire cesser ce douloureux état de cho.ses et d'intercéder auprès des Puissances^.

Enfin en 1725, parurent à Londres, imprimées, les Lettres a un pi'otestant français touchant la Déclaration du Roi ^.

L'auteur s'y montrait très-modéré. Il condamnait 1 altitude de la cour, blâmait les mesures, admonestait les protestants et leur donnait des conseils. Point de colère d'ailleurs, ni d'indig'uation. « Il y a déjà quelques mois qu'il s'était répandu un bruit confus, que l'on minutait en France un nou\ el arrêt contre les relig'ionnaires, mais la plupart ne pouvaient se le persuader... L'événement nous a désabusé. 11 n'y a presque personne ici qui n'ait lu la nouvelle Déclaration, et vous jugez bien qu'elle a été pendant plusieurs jours

1 N" 7, t.. II. (Octobre 172-1.) "- N" 1, t. III, p. 154. (172.5.)

3 2 vol , rhez 'rhonias Litonne, Londres, (172.5)

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