LA HENRIADE
le riujet ordinaire des conversations. Je vous avoue ([ue, selon notre manière de penser, elle ne fait g-uère d'honneur à ceux qui sont présentement à la tète du g'ouvernement de votre royaume »
Quant à la France, elle vit promulguer sans étonnement le- nouveau décret. Elle fut vraiment complice de la cour. Peut-être n'était-elle plus disposée à rire, comme Madame de Sévigné, des pendaisons des huguenots, mais comme Racine, La Fontaine, Bossuet, elle accordait toujours au Roi le droit de poursuivre et de condamner les hérétiques de son royaume. La tolérance en matière de relig'ion n'avait encore ni prôneurs ni défenseurs.
En 1723 cependant, venue de Rouen par frautle, avait paru dans les salons de Paris la Henriade. Voltaire y faisait l'élog'e de Coligny , s'y montrait sévère aux catholiques et favorable aux réformés ; il recommandait surtout l'esprit de paix et de tolérance. Mais le nonce Maffei avait dénoncé à la cour de Rome le poète et le poème. On avait dit à Fleury qu'il était indécent et même criminel de louer Coligny et la reine Elisabeth; et peu s'en était fallu que le cardinal de Bissy, président de l'assemblée du clergé, ne censurât juridiquement l'ouvrage '.
En dénonçant, en condamnant, en proscrivant, on
' V. Lettres à un proteslunt fran(;uis, etc., tome I, p, 1 et 2. Dans un Recueil tnanuscrit de pièces coyicei^nant l'histoire de France, qui se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal (V. tome II, n"151), un critique anonyme, qui rendait compte de la Henriade, et qui .<o disait Anglais, écrivait :
« Qu'on dise tout ce qu'on voudra, les Français font peut-être la révérence aux étrangers mieux que nous, mais nous les recevons mieux