‹ Antoine CourtChapitre 188 sur 251 · S PREMIER SYNODE NATIONAL · texte numérisé non relu

S PREMIER SYNODE NATIONAL

Quarante-sept membres y assistaient : trois pasteurs, liuit proposants, trente-six Anciens.

Que d'événements s'étaient succédé depuis le jour où, près de Nîmes, obscurément et misérablement, s'était tenue la première assemblée de ce genre ! Ni les rigueurs n'avaient été suspendues, ni la persécution ne s'était arrêtée : une déclaration terrible venait de couronner ce sombre écliafaudag-e de cruelles mesures. Cependant, après onze armées de maux et de souffrances, les religionnaires , loin de succomber, relevaient plus fièrement la tête. Leur sang avait jailli sous les coups des soldats au Désert et sous la corde des gardes aux galères; mais telle en avait été la puissance fécondante que chaque g'outte avait été un g'erme de vie. Leur nombre augmentait de jour en jour, et avec leur nombre, leur courage, leur fermeté et leur audace. Ils n'étaient plus comme autrefois rares, tremblants et pâles ; ils étaient hardis et puissants, et ils formaient déjà presque un peuple. Les despotes, depuis l'origine du monde, s'obstinent follement à vouloir étouffer la liberté. C'est une hydre quia plus de cent tètes, et qui, comme le géant de la fable, reprend sans cesse des forces, en se plongeant au sein de l'humanité.

Une des premières mesures du Synode fut de prescrire la soumission aux Puissances supérieures : au Roi, aux gouverneurs, commandants et magistrats, et d'ordonner des prières publiques en leur faveur.

On débattit ensuite et on accepta les règlements qui depuis longtemps déjà étaient observés dans les églises du Languedoc : rétablissement d<i culte public, en re.s-

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pectant les iisag'es traditionnels; — injonctiuii aux pa.stevii's de ne prêcher que l'Ecriture, seule règle de foi, « et ce qui en sort par des raisons claires et simples ; » prudence et réserve dans la convocation des assemblées : nul éclat, ni bruit, ni bandes trop nombreuses; exercice du culte de famille ; recommandation aux fidèles de fournir des guides à leurs pasteurs, dé veiller à leur sûreté et de les recevoir dans leur logis ; censure de ceux qui feraient bénir leur mariage ou baptiser leurs enfants à l'Eg-lise romaine ; exercices catéchétiques dans les familles ; soumission des pasteurs et proposants à la discipline ecclésiastique ; pureté et sévérité des mœurs ; règ'les de prudence pour les personnes qui auraient le malheur d'être arrêtées ; réunion annuelle des Synodes nationaux ; caisse de réserve alimentée par les collectes pour soulager les malheureux ; établissement de secrétaires dans les consistoires pour recevoir, distribuer et examiner l'emploi de l'argent; ordre enfin aux corps synodaux de se taxer et de payer aux pasteurs une pension, comme marque de reconnaissance ' .

Mais les troupes « roulaient ; » après avoir délibéré pendant quelques jours, l'assemblée dut se séparer.

Avant que les députés regagnassent leurs églises, Pierre Durand, un des rares survivants du Synode de 1715, demanda à être consacré au ministère. (!'était un homme courageux et patient, qui dans le Vivarais s'était dévoué à l'œuvre de la restauration et, seul, l'avait terminée. L'assemblée lui duiina l'ordination et

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la France ])rotestante compta un nouveau ])a.steui- : c'était le quatrième ' .

Tandis qu'Antoine Court faisait prendre ces mesures d'intérêt g'énéral, il n'oubliait pas de quelle sollicitude particulière il devait entourer en ce moment les ég-lises et les fidèles. Jusqu'alors, les prédicants avaient

' << Aux lecteurs, paix i-t liénediclidii de Dieu.

» Pierre Durand, du lieu <lu Bouschet, paroisse de Praules, en ^'ivarais, ayant pi-oposé l'espace d'environ sept ans dans les églises qui s'assemblent sous la croix en Vivarais, h la grande édilication de tous les fidèles, avec beaucoup d'érudition, de piété et de zèle, et lui ayant été adressée la vocation au saint ministère par une assemblée synodale, le 11 novembre 1724, continuée aux assemblées synodales du 21 juin et du 29 août 1723, s'est enfin présenté, par l'ordre du Synode national tenu en Vivarais, le 16 mai 1726, pour être examiné et reçu dans le saint ministère, îi quoi nous, les soussignés, ayant acquiescé, il a été examiné dans la vie et dans les mœurs, et par un examen eu théologie, en présence des députés ii ce nommés, et, a])rès avoir heureusement proposé la Parole de Dieu en notre présence, nous avons demeuré ti'é>-satisfaits de l'un et de l'autre, et avons reconnu que le Seigneur lui avait «léparti des talents considérables pour l'édification de son Eglise. C'est pourquoi nous lui avons con'.eré, à la face d'une assemblée publique, l'ordination, selon la manière de l'imimsition de^ mains reçue dans nos églises, pour remplir toutes les fonctions du saint ministère, soit dans la prédication de la Parole de Dieu, l'administration des saints sacrements, soit dans l'e.xercice de la discipline ecclésiastique et dans tout ce qui on dépend, et nous lui avons donné la main d'association.

« Qu'il plaise à Dieu que par son Saint-E^prii il le fortifie et sanctilie dans la vérité, qu'il le remplisse de ses grâces, et qu'il fasse réussir son ministère & la gloire de son saint nom, îi l'avancemeiu du règne de Jésus-Christ.

« Au Désert, le dix-septième mai, mil sept cent vingt-six.

» En foi de quoi, nous nous sommes signés :

« Jacques Roger, pasteur, modérateur; AntoineCourt, pasteur, modérateur adjoint; Corteiz, j)asteur.

« Je rends témoignage au présent certificat: «Boyer, proposant du Languedoc et secrétaire du Synode national : Roux, proposant du Languedoc; Jean Rouvier, proposant: Bernard, proposant; Guilhot. proposant; Fauriel, proposant. >

Pifvre Diiranrl, etc.. p. 22.

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