‹ Antoine CourtChapitre 197 sur 251 · ARRONDISSEMENTS, AMENDES · texte numérisé non relu

ARRONDISSEMENTS, AMENDES

ti'ibuei" à l'établissement de garnisons effectives. On fit plus. C'étaient les prédicants qui convoquaient et présidaient les assemblées; la cour ordonna, lorsqu'ils seraient pris, que l'arrondissement, dans lequel aurait eu lieu la capture, payerait une somme de 3,000 livres. Les dénonciateurs seuls étaient exemptés de ces cbarg-es, et ceux des nouveaux convertis qui remplissaient leurs devoirs de catholiques et pouvaient le prouver par un certificat del'évèque. « L'ennemi, écrivait Court, n'est pas seulement attentif à la destruction du pasteur, il ne néglige rien de ce qui peut contribuer à la destruction du troupeau*. » On le dissipait, en effet, par la famine.

Le système était ingénieux. Dans une ville du diocèse d'Alais, quelques jeunes protestants, pris de vin, maltraitèrent des bergers qui revenaient de la messe. Ils furent enfermés en prison. Peu de temps après, ils parvinrent à s'évader. Cela fit g-rand bruit. On prétendit que des protestants masqués, pénétrant dans la prison, en avaient forcé les portes et avaient mis en liberté leurs coreligionnaires. D'Yverny, qui commandait à Alais, arriva aussitôt à la tête de deux compagnies de soldats. Il réunit ces derniers à ceux qui se trouvaient déjà en garnison dans la ville, et de deux en deux les envoya chez les nouveaux convertis. Ceux-ci durent payer à chaque homme « dix sols par jour avec les ustensiles, » cela pendant vingt-deux jours '\ La punition était suffisante.

Quelque temps avant cette expédition, un tragique

« V. Pièces et documents, n" XXI (172!).)

* V, iristnirf (If VEqlisc d' Andme, ftc, p. 7cS4 et suiv.

SUPPLICE dp: ROUSSEL

événement avait profondément ému les protestants. Un de leurs collègues, Alexandre Roussel, prêt à quitter le quartier qu'il avait, suivant l'usag-e, évangélisé pendant six mois, ^■oulut convoquer nue dernière assemblée. Il s'y rendait, accompagné d'un liomme de confiance, lorsque, tout à coup, sur la route, il se vit entouré de quatre cavaliers : il était tombé dans une embuscade . 11 fut garrotté aussitôt, et, après avoir subi un premier interrogatoire, conduit à Montpellier sous bonne escorte. Son procès s'instruisit rapidement, et encore (prun puissant personnag-e eut intercédé pour lui, il fut condamné à mort. L'échafaud se dressa sur l'esplanade de Montpellier , et le jeune prédicant subit avec une liéro'ique fermeté le dernier supplice. C'était eu 1728, au mois de novembre

La reprise de la persécution n'aA ait étonné ni lesprédicants ni Antdine Coiirt; depuis 1724, ils s'v attendaient ^.

' V. Pièces et docuuieiiiî, u" XX.

2 Comme Malesherbes, nous eiiteiidous. par pei-.>éoutioii, la grauilf persécution, celle qui consistait h surprendre les assemblées, fusilloi', L-ondamner aux galères et pendre les prédicants; l'autre, la petito. n'avait point cessé depuis 1724; il suffit, pour s'en assurer, de parcourir les registres du secrétariat de la maison du roi. Bien que iré-^incomplets, ils sont instructifs. Ainsi pour l'année 1725 :

Lettre ;> l'évêque de Poitiers et îi l'intendant de Limoges. (Mars 1725.) Paiulin du Treuil, gentilhomme d'Angoumois. « L'intention du roi, informé de sa conduite, est qu'il mette incessamment hors de chez lui cette prédicante, et que, s'il ne se dispose à faire instruire ses enfants d'une manière convenable, S. M. y mettra ordre. » Cette prédicante était une gouvernante. — A M. de Bouville, intendant d'Orléans. (Avril.) Ordre « de mettre aux N. C. d'Orléans la nommée Couvret, que son père, religionuaire, empêche de suivre les instructions de son curé. » — A l'évêque de Soissons. Un père est mort relaps. Ordre de metire en liberté sa lille qui était au couvent.

LE CONSEII- EXTRAORDINAIRE 313

Les circonstances devenaient cependant assez criti- (jues pour s'en préoccuper. Dès que les premières mesures de répression furent appliquées, Court essaya de constituer un corps, investi d'une puissance illimitée, composé d'un petit nombre de membres, et qu'il serait facile de convoquer pour faire face aux événements et prendre les décisions nécessaires. Il proposa son dessein à l'un des Synodes de 1726, et le Synode l'approuva'. Telle fut l'origine du Conseil extraordinaire. ( 'e conseil se recrutait parmi les hommes de talent et d'énergie choisis dans les colloques % et devait être présidé par un pa.steur ''. Il se tint pour la première fois, en 17'2(5, vers la fin de l'année. Neuf articles y furent mis en délibération et adoptés. Les uns regardaient les prédicateurs et les Anciens, les bons exemph>s

— A (le Houville, intendant ilV )rlo;ins. Prière de rehicher une fille Babault qui était au couvent. — A l'intendant de la Rochelle. Ordre de séparer un nommé Bechet, marié sans les l'ornialité.s, avec une nommée Goribau. — A l'intendant d'Orléans. Ordre de mettre au couvent du Saint-Sépulcre de A ierzon les nommées Pichery et du Plain, et à celui des Hospitaliers d'.4idjigny, la nommée Babault. — A l'ambassadeur du i-oi d'Angleterre. (Septembre.) Louis Moquet et Suzanne Chateigner, de Pouzanges, en Poitou, sont allés se marier à Jersey. Prière de faire défendre aux recteurs des paroisses de Jersey et Guernesey de marier les sujets du roi. — A l'intendant de la Rochelle, l.'ne veuve Boutiron s'est l'efaite protestante. Ses hls demandent qu'on la fasse mettre au couvent. Prière d'informer. — A l'intendant de Poitiers. Transférer Mlle Brouard aux N. Conv. de Poitiers, et de Parthenay Mlle de la Darroterie. — Archives nationales, 0'372, p. 139, 141, m, 230,247, 260, 391.

» N« 7, t. II, p. 61 et 247. (1727.)

^ Ibid. On venait en effet de décider que le bas Languedoc et les Cévenues seraient divisés en sept quartiers et seize colloques oti l'on ne résoudrait que les moindres affaires, celles qui concerneraient les églises comprises dans lesdits colloques.

» N" 7, t. III. p. 202.

ATTITUDE DES RFXIGIONNAIRES

qu'ils devaient donner, et la manière dont ils devaient se conduire dans l'exercice de leur chargée ; les autres réprimaient les jeux, les danses, les débauches, « les masquarades, » et indiquaient les mesures qu'on devait prendre contre ceux qui persévéraient « dans ces licences eflPrénées; » d'autres encore déclaraient que les assemblées continueraient malg"ré les édits, mais qu'on les tiendrait avec la plus g-rande prudence. Ces articles se terminaient enfin par la prescription d'un jeûne solennel ^

Une chose heureusement rassurait les prédicants, c'était l'attitude résolue et calme des relig-ionnaires. La persécution ne les avait ni effi'ayés ni abattus; et les idées de révolte semblaient même avoir perdu tout empire sur leur esprit. Ils attendaient avec résignation des jours meilleurs. Si, douze ans après la mort de Louis XIV, le régime de terreur qu'il avait adopté était encore une fois rétabli, et si l'on voyait reparaître les plus mauvais jours du règne précédent, la cour cependant avait beau multiplier les amendes, — on citait tel village dont les amendes d'un seul mois s'élevaient à mille livres, — élever les gibets, et, pour combler la mesure, ordonner de remettre entre les mains des consuls tous les livres de religion^, elle s'acharnait en vain contre des hommes endurcis à la souffrance, qui dès le premier jour de leur naissance avaient appris à faire peu de cas de la mort, "quand il s'agissait de leur vie à venir. « Les peines afflictives, écrivait Court, soit

1 N" 7, t. III,. p. 172. (1727.) — V. aussi Bullet., t. II, p. 240 * Il y eut, en avi'ii 1729, une ordonnance royale qui défendait de posséder des livres de religion, sous peine d'amende, et, en cas de récidive, de bnnnissement. Archives de l'Hernult, C. 234.

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